CHAPITRE CINQUIÈME
biner une renonciation solennelle de. la part de Richard, avec un acte de déposition de la part des deux chambres du parlement, dans l'espoir que ceux dont les scrupules ne seraient pas apaisés par l'un, pourraient acquiescer à l'autre. Pour obtenir la renonciation, le royal captif fut assailli de promesses et de menaces. Généralement il s'abandonnait aux lamentations et au désespoir : parfois il montrait cette énergie qu'il avait jadis déployée. « Pourquoi suis-je ainsi gardé? » demanda-t-il un jour, ce Suis-je votre roi ou votro prisonnier ?» — « Vous êtes mon roi, sire, » répondit froidement le duc; « mais le conseil du royaume a jugé convenable de placer une garde près de vous. » La veille de la réunion du parlement [29 sept.], une députa tion de prélats, de barons, de chevaliers et d'hommes de loi, se rendit près du captif à la Tour, et lui rappela qu'au château de Conway, lorsqu'il était parfaitement maître de ses actions, il avait promis de résigner la couronne à cause de son incapacité à gouverner. Sur sa réponse qu'il était prêt à accomplir sa promesse, on lui donna a lire un papier dans lequel il déliait tous ses sujets de leur fidélité et allégeance; renonçait de son plein gré à toute autorité royale, se reconnaissait incapable de régner, et digne, pour ses démérites passés, d'être déposé, et jurait par les saints Evangiles qu'il n'agirait jamais, et, en tant que cela dépendrait de lui, ne laisserait personne autre agir contrairement à cette résignation. Il ajouta alors, comme de lui-même, que, s'il était en son pouvoir de nommer son successeur, il choisirait son cousin de Lancaster, qui était présent, et a qui il donna son anneau qu'il avait tiré de son doigt1.
Tel est le récit de cette affaire, inscrit par ordre de Henri sur les rôles du parlement ; récit dont l'exactitude est fortement suspecte. Il est difficile de croire que Richard eut assez d'empire sur ses sentiments pour se comporter avec la gaieté dont il est fréquemment question dans ce document; et l'assertion qu'il avait promis d'abdiquer, lorsqu'il vit Northumberland au château de Conway, est non-seulement en contradiction avec la version des deux témoins oculaires, mais encore extrêmement improbable en elle-même. La destinée d'Edouard II, dont on l'avait si souvent menacé, devait lui avoir appris qu'il valait mieux fuir dans ses états d'outre-mer, qui lui étaient encore ouverts, que d'abdiquer, et de rester prisonnier aux mains de son successeur.