‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 302 sur 563 · Rot. Pari, m · texte numérisé non relu

Rot. Pari, m

:m HISTOIRE D'ANGLETERRE.

Le lendemain [30 sept.], les deux chambres s'assemblèrent à Westminster-hall, au milieu d'un grand concours de peuple. Le duc occupait son siège ordinaire près du trône, qui était vide et couvert de drap d'or. On lut l'abdication du roi : chaque membre, debout a sa place, signifia a haute voix son acceptation ; et le peuple, par des acclamations réitérées, exprima son approbation. Henri procéda ensuite a la seconde partie de son plan, l'acte de déposition. A cet effet, on lut d'abord le serment du couronnement ; il fut suivi de trente-trois chefs d'accusation dans lesquels on prétendait que Richard avait violé ce serment ; et on en conclut que, par ses méfaits, il avait perdu son droit au trône. De ces charges, celles qui pèsent le plus fortement sur le roi sont, la part qu'il était supposé avoir pris à la mort du duc de Gloucester, sa révocation des pardons accordés jadis à ce prince et à ses adhérents, et sa conduite despotique depuis la dissolution du parlement. Quant aux autres, les unes sont frivoles, beaucoup auraient pu aussi justement être imputées à chacun de ses prédécesseurs ; et le reste repose sur l'assertion sans preuves d'hommes dont l'intérêt était de le peindre sous les couleurs les plus noires. On ne s'attendait à aucune opposition, et il n'en est pas non plus fait mention sur les rôles ; mais on nous dit qu'au grand étonnement des Lancastriens, l'évêque de Carlisle se leva et demanda pour Richard ce qui ne pouvait se refuser ail plus vil criminel, le droit d'être confronté avec ses accusateurs ; et pour le parlement, ce qu'il pouvait justement réclamer, la faculté d'apprendre de la propre bouche du roi, si l'abdication qu'on lui attribuait était un acte spontané de sa volonté1. Si Merks fit réellement ce discours, il doit avoir été le seul de son parti; il ne se trouva personne pour le seconder; la chambre vota la déposition de Richard, et

1. Rot. Pari. 417-499. Ce fait fut d'abord mis en question par Kennet, sur le motif qu'il ne s'appuie sur aucune autorité contemporaine. Des deux écrivains frauais contemporains, l'un rapporte le discours de l'évèque , l'autre n'en parle point, lais tous deux commettent tant d'erreurs dans leur récit à partir de l'arrestation de Richard, qu'on ne peut tirer aucune indiction positive du témoignage de l'un ou du silence de l'autre. Ce qu'il v a de certain, après tout, c'est que si Merks ne fit pas le discours qui lui est attribué, il fit quelque autre chose qui offensa grandement Lancaster; car il fut, vers cette époque, enfermé dans l'abbaye de Saint- Albans, et amené devant le parlement comme prisonnier, le 28 octobre. Et je ne suis pas sur qu'il n'y ait pas quelque allusion à son emprisonnement ou à la cause de cet emprisonnement dans l'Histoire de France en vers, où il est dit de I'évèque :

ne pour parole quon lui en dist, oncques nen changea rôle.

Arch. xx, 32*.

huit commissaires montant sur un tribunal érigé devant le trône, le déclarèrent dégradé du rang et de l'autorité de roi, sur le motif qu'il avait notoirement mérité une telle punition , et l'avait reconnu sous sa signature et son sceau le jour précédent. Sir William Thirnyng, chef de justice, fut chargé de notifier la sentence au captif, qui répondit humblement qu'il ne songeait plus • a l'autorité royale, mais qu'il espérait que son cousin serait pour lui un bon seigneur

Le légitime possesseur avait été écarté du trône. Mais en lo supposant vacant, quelles prétentions pouvait y faire valoir Henri de Lancaster? Far la loi d'hérédité, il appartenait aux descendants de Lionel, troisième fils d'Edouard III; et leurs titres avaient, dit-on, été formellement reconnus en parlement. Tous les assistants attendaient dans l'anxiété, quand le duc se levant et faisant avec une grande solennité le signe de la croix sur son front et sur sa poitrine, prononçâtes paroles suivantes : ((Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, moi, Henri de Lancaster, je réclame ce royaume d'Angleterre et la couronne, avec toutes ses dépendances et appartenances, attendu que je descends en ligne directe du bon seigneur le roi Henri III, et que, de par ce droit, Dieu, de sa grâce, m'a envoyé pour le recouvrer avec l'aide de mes parents et de mes amis : lequel royaume était sur le point d'être perdu par défaut de gouvernement et par violation des bonnes lois. » Ce fut dans ces termes extraordinaires que Lancaster fit valoir ses prétentions, mêlant adroitement des droits indéterminés de succession 2 à ceux de conquête et de conve-

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