CHAPITRE SIXIÈME
Henri était maintenant en possession du grand objet de son ambition; mais il apprit bientôt qu'il était plus aisé de conquérir une couronne que de la conserver. L'hostilité des princes étrangers, qui continuaient de le traiter en usurpateur, et la fidélité chancelante de ses propres sujets, dont les uns brûlaient de venger les injures du dernier roi, et d'autres étaient mécontents que leurs services n'eussent pas été plus amplement récompensés, le tenaient dans un état de continuelle alarme. Durant l'espace de neuf ans, il fut constamment harcelé, tantôt par des tentatives secrètes contre sa vie, tantôt par des actes ouverts de rébellion, une fois par les incursions des Écossais, et une autre par les descentes des Français; mais ses moyens semblaient croître avec les difficultés, et par sa vigilance, son sang-froid et son activité, non-seulement il réussit a maintenir la couronne sur sa tète, mais il la transmit paisiblement à sa postérité. La première tentative contre lui fut faite par cinq des lords appelânts qui avaient été si près de perdre la vie dans le dernier parlement. Un mois après la dissolution, ils convinrent de tenir un tournoi à Oxford, et de profiter de cette occasion pour se saisir de la personne du roi, et ensuite proclamer et délivrer Richard. Ils s'assemblèrent pendant les fêtes de Noël ; mais un d'eux manqua au rendez-vous , et, à leur insu, c'était un traître. On dit que le comte de Rutland reçut à table une lettre d'un de ses complices; que son père, le duc d'York, insista pour en savoir le contenu ; et que le fils, se voyant dans l'impossibilité de garder son secret, se hâta de le révéler h Henri. Quoi qu'il en soit, le soir du jour fixé [U janvier 1400] , les conspirateurs, avec cinq cents chevaux, surprirent le château de Windsor; mais Henri, averti par Rutland, l'avait quitté dans la matinée, et était déjà à Londres, où il expédiait [5 janvier] des ordres pour les arrêter comme traîtres et s'occupait à lever des troupes pour marcher contre eux. Alarmés et déconcertés, ils résolurent de se retirer h l'ouest, proclamèrent Richard dans toutes les villes et les villages sur leur route, et le lendemain soir prirent leurs quartiers à Cirencester2 [6 janvier]. Le maire, qui avait déjà reçu l'ordre du roi, réunit les bourgeois et les habitants des
communes furent en réalité élus par le roi. Ils avaient été choisis sur ordonnances expédiées au nom de Richard. Mais quoiqu'il fût reconnu que l'existence du parlement avait expiré à sa déposition, et qu en conséquence Henri eut convoqué un nouveau parlement, cependant les mêmes représentants des communes reçurent ordre de siéger, sans avoir été renvovés par leurs commettants.