CHAPITRE SIXIÈME
frète et perpétuelle, sur l'avis des lords, jusqu'à cette époque, toute trace de lui semblait perdue. Personne en Angleterre n'avait la prétention de savoir où il était, ni de quelle manière il était traité. Mais après la constatation publique de sa mort parle roi de France, lë secret ne pouvait se garder plus longtemps. Il devenait nécessaire de reconnaître sa mort ou de montrer qu'il était encore vivant. Un jour que le conseil était assemblé, le premier article sur la liste des sujets de délibération (qui avait donné Tordre de l'inscrire? on l'ignore) était relatif à la manière dont Richard, le dernier roi, s'il était encore en viey comme on le supposait, serait bien et sûrement gardé pour le maintien de l'état du roi et du royaume. La réponse trahit une ignorance réelle ou affectée, mais en même temps de violents soupçons de la part des lords. « Il semble, » disent-ils, « convenable au conseil de parler au roi afin que, dans le cas où Richard, précédemment roi, etc., serait encore en vie, il soit mis en lieu sûr, conformément à l'avis des lords; mais, s'il n'est plus de ce monde, qu'alors il soit montré ouvertement au peuple, afin que celui-ci puisse en avoir connaissance1. » Peu de temps après, le corps du prince détrôné fut transporté avec une pompe funéraire du château de Pontefract à la capitale; et alors pendant deux jours qu'il resta à Saint-Paul, il fut montré ouvertement au peuple : c'est- a-dire qu'il fut exposé la face nue des sourcils au menton, aux regards des spectateurs, dont le nombre s'éleva, nous dit-on, à vingt mille personnes. Henri assista lui-même aux obsèques — ce qu'il dut éprouver nous le laissons à l'imagination du lecteur. Après la messe, le second jour, le cadavre fut porté à l'église abbatiale de Westminster; on chanta un obit, et le cortège se rendit à Langley, jadis la résidence favorite de Richard. Il y fut enterré : le roi craignait peut-être les souvenirs que sa tombe aurait pu parfois éveiller, si on l'eût mis à Westminster2. Mais, demandera le lecteur, quelle fut la mort de cet infortuné
1. Si... soit encore vivant, a ce que lcn suppose quil est... sil soit alez de vie a trespassement, quadonqes soit monsirez overtement au people. Acts of Coun. 107, 111. Nous devons cet important document aux recnercnes de sir Nicholas Harris Nicolas, qui remarque avec justesse qu'il se rapporte à quelque jour entre le 2 et le 24 février. Dans les Issue Rolls de la première année du règne de Henri IV, est un payement fait à une personne envoyée vers ce temps à Pontefract pour affaires secrètes du roi, un autre à une personne qui en venait pour annoncer quelque chose à son avantage, et un de 100 marcs au gardien de la garde-robe pour le transport du corps de Richard à Londres. Si la date du dernier payement, 17 février, est exacte, le conseil fut tenu dans la première partie du mois.