CHAPITRE SIXIÈME
C'était assez pour lui d'avoir -prouvé la mort de Richard ; entrer dans des explications sur la cause de cette mort aurait pu être pris pour un aveu de culpabilité. Mais son silence encouragea les amis du monarque déposé a se persuader que l'objet de leur dévouement vivait encore. Ce n'était pas son corps, prétendaientils, mais le corps de Maudelin qui avait été exposé à Saint-Paul ; de Maudelin, homme si semblable de traits à Richard, que, pour tromper le peuple, il avait été revêtu d'habits de prince pendant l'insurrection, et avait volontairement joué le rôle du royal captif. Mais il est clair que les hommes qui ajoutaient foi à ce conte, avaient laissé leurs sentiments aveugler leur jugement ». Aucun des avantages que Henri aurait pu tirer d'une telle fraude ne pouvait équivaloir au danger qu'elle ne fût découverte, soit par les milliers de spectateurs qui connaissaient bien les traits de Richard, soit par la réapparition possible de ce prince lui-môme dans quelque circonstance future : découverte qui aurait convaincu le nouveau roi aux yeux du monde entier, non-seulement d'imposture, mais aussi de sacrilège.
Son grand objet après les funérailles de sa victime fut d'éluder la demande faite par le roi de France, de deux cent mille francs d'or, dot d'Isabelle. 11 ne pouvait prendre dans ses coffres une aussi forte somme, il n'osait pas la demander k ses sujets. [19 février 1400.1 Son premier expédient fut de proposer un mariage entre la princesse et son fils aîné ; le second fut de consulter les
l.Nous en avons une prouve dans le poète français, admirateur dévoué de Richard, qui écrivait avant la fan de 1401. Quelques-uns disaient que Richard mourut de cliagrin ; mais, dit-il,
Vrayement Je ne le croy pas aisément f Car aucuns dient pour certain Quil est encore vif et sain Enferme dedens leur prison.
Par conséquent, le cadavre exposé était celui de quelque autre.
Pas ne croy Que ce fust le roy ancien , Ains croy que c'estoit Madelien.
Mais en déBnitive il avoue qu'il ne sait pas si Richard est morL
Et se cestoit-il, main et tart Prie je de vray* cuer a Dieu Qui est misericors et pieu , Quil veuille es sains chieulx Avoir lame De \y.
Arch. xx, 408, 9.
HISTOIRE U'ANGLETERKE.
universités sur la question de savoir si les obligations personnelles de Richard avaient passé à son successeur [12 nov.]. L'offre du mariage fut refusée par Charles 1 [27 mai 1401], et la réponse des universités fut défavorable. Mais le monarque français, . avec la sollicitude naturelle d'un père, consentit a recevoir sa fille avec les joyaux, et a renvoyer la restitution de l'argent a une discussion ultérieure. [1er août.] Isabelle retourna près Ae ses parents, et plus tard, à la demande de sa dot, on opposa la réclamation d'un million cinq cent mille couronnes qui restaient encore a payer sur la rançon du roi Jean, qui avait été fait prisonnier a la bataille de Poitiers. Les Français répliquèrent que l'Angleterre n'avait jamais rempli les clauses du traité de Bretigny. Ainsi fut ouvert un nouveau champ à des contestations interminables que Charles finit par abandonner; mais au lieu de renoncer a- sa prétention , il la transmit à sa fille lorsqu'il la maria à son neveu Charles, comte d'Angoulôme 2 [5 juin 1404].
L'une des accusations intentées au malheureux dernier monarque était d'avoir dégénéré des vertus militaires de sa famille. Jaloux d'échapper à un reproche semblable, le nouveau résolut de signaler le commencement de son règne par une expédition en Ecosse. 11 sonda indirectement l'opinion de son parlement; mais on jugea imprudent de hasarder de mécontenter en imposant de nouvelles taxes; et on convint, dans un grand conseil de lords spirituels et temporels [9 février], que les premiers donneraient au roi un dixième de leur revenu, et que les derniers serviraient dans l'armée, avec un certain nombre d'hommes,
1. Si nous croyons que Henri proposa de marier son fils aîné à Isabelle, noug devons en conclure que Richard était indubitablement mort. Le marier à la femme d'un autre, du vivant de cet autre, c'eût été priver ses héritiers de la succession. Or le fait de cette proposition est affirmé par l'écrivain français contemporain qui vient d'être cité, et dont le témoignage est appuyé sur des documents originaux, par Rvmer, vin, 128, où les commissaires ont pour instructions de traiter du mariage du prince de Galles avec une princesse française; par les Actes du Conseil, i, 118, où le conseil est d'avis du mariage d'Isabelle comme moyen d'éviter la restitution de sa personne et de sa propriété; et par le Thrcsor des Chartres, où les commissaires français ont ordre de répliquer à toute proposition de ce genre, que, tant qu'elle est aux mains des Anglais, le roi ne peut honorablement faire aucune réponse, et un messager en outre est envoyé à
mariage sans la permission préalable de son père. Thrés. 67, 6!). Le même raisonnement s'appliquera, comme l'a remarqué sir James Maekintosh, au mariage subséquent d'Isabelle avec son cousin, le fils aîné du duc d'Orléans. Il était bien connu à celte époque qu'on disait Richard en vie et à Sterling en Ecosse. Le roi et le duc auraient-ils néglige de s'assurer de la vérité avant de signer le contrat, surtout la branche d'Orléans étant la plus proche du trône?
2. Pour ces particularités, vovez Rvm. vin, 108, 109, 128, 14$, 152, 161, 186, 104, 203, 217,215. Acts of Couh. i, 130-142. Thrét. des Chart. 06, 67, 230.
Isabelle pour lui défendre
lier de donner son consentement à aucun