‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 333 sur 563 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

furent plus sérieux. Avec une escadre nombreuse, il fit beaucoup de mal aux habitants de nie de Wight et de la côte méridionale de l'Angleterre. Trois princes de la maison de Bourbon , embarqués pour la môme cause, brûlèrent la ville de Plymouth ; et l'amiral de Bretagne balaya les détroits , et ramena comme prise dans les ports de France une grande caraque et quarante-neuf bâtiments plus petits, avec près de deux mille prisonniers1.

Mais ce qui s'enfonça plus avant dans le cœur du roi, ce fut le cartel qu'il reçut de son ancien ami et frère juré2 [7 août 1402], Louis, duc d'Orléans , pour combattre, avec cent chevaliers de chaque côté, dans les marches de la Guienne. Après un silence de plus de quatre mois, Henri répondit par une lettre [15 déc] , dans laquelle il exprimait son étonnement au reçu d'un tel cartel pendant la trêve entre les deux royaumes, et d'un homme qui avait juré de vivre avec lui dans une éternelle amitié : il rappelait à Louis qu'il était roi , et que les rois ne consentaient à so mesurer en combat singulier qu'avec leurs égaux ; et il terminait en disant qu'il irait en guienne quand il voudrait , et prendrait avec lui autant de chevaliers qu'il voudrait , et qu'alors son adversaire pourrait, si bon lui semblait, se mesurer avec lui de la manière qu'il jugerait préférable, et qu'il recevrait la satisfaction qu'il méritait. Cette réponse provoqua un second cartel, avec reproches de rébellion, usurpation et assassinat [26 mars 1403]. Aux deux premiers, Henri ne lit que des réponses évasives [30 avril].

1. Chroniques d'Enguerrand de Mon§trelet, vol. i, f. 13, à Paris, 1596.

a. Afin que le lecteur puisse se foire une idée île ces contrats d'amitié, je vais transcrire celui que Louis avait donné à Henri , qui le lui renvoya lorsqu'il reçut le cartel. Il commence par une longue liste de souverains et de princes, parents et amis des parties contractantes , dont les intérêts ne doivent pas être compromis pur le présent accord. 11 établit ensuite , « qu'il y aurait toujours et sans intermission, la bonne affection de véritable amour entre les ducs de Lancaster et d'Orléans, comme entre de vrais et honorables amis ; que chacun d'eux sera toujours et en tout lieu l'ami et le partisan des amis et partisans de l'autre , et l'ennemi de ses ennemis, comme il convient à l'honneur et à la réputation de tous deux; qu'en tout temps et en tout lieu, en toute chose et affaire, chacun d'eux aimera, poursuivra, gardera et défendra la santé, l'avantage, l'honneur et les biens de l'autre, tant en paroles qu'en actions, diligemment et soigneusement, et en tant que faire se pourra , honorablement et dignement ; qu'en temps et cas de discorde , de débats et de guerre , ils s'aideront et se défendront l'un l'autre, avec grand désir, pure volonté et œuvre parfaite, envers et contre tous princes, lords, barons, inaividus, communautés, collèges, universités, de quelque seigneurie, dignité, état ou condition qu'ils puissent être, par tous les moyens, remèdes, actes, conseils, forces, aides, hommes d'armes, troupes et autres secours qui leur seront possibles ou permis ; et que chacun d'eux se lèvera , résistera et combattra contre tous les adversaires, guerriers et ennemis de l'autre, et s'y appliquera de toute ses pensée, avis et œuvre légitimes et honorables, exceptant toujours les personnes susmentionnées. » Daté du 17 juin 13W». Monstrel.i,'», 10.

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Ils avaient mauvaise grâce , dit-il , dans la bouche d'un homme, qui non-seulement était au fait de ses projets, mais qui lui avait promis assistance pour les mettre à exécution ; et quant a sou droit à la couronne d'Angleterre , c'était assez \>our rassurer sa conscience qu'il la tînt des mains du Tout-Puissant. Mais au reproche d'assassinat, il opposa le démenti le plus énergique : « Si vous entendez que nous avons eu aucune part a sa mort , nous disons que vous mentez et mentirez taussement toutes les fois que vous le prétendrez : comme le sait le vrai Dieu, que nous prenons a témoin de notre innocence, offrant, comme le doit un prince loyal, notre corps contre le vôtre, si vous voulez ou osez le prouver!. » Mais ces valeureux champions sur le papier ne se rencontrèrent jamais sur le champ de bataille. Henri fut beaucoup plus empressé d'imposer silence a son adversaire de par l'autorité du gouvernement français; et ses ambassadeurs se plaignirent fréquemment de ce cartel comme d'une infraction à l'armistice. A leur demande pressante de satisfaction, on fit la réponse laconique que voici : a Ni le roi ni son consej^ n'ont jamais rompu et ne rompront jamais leurs engagements : c'est la seule réponse qu'on puisse rendre2. »

Dans cette situation singulière d'amitié prétendue et d'inimitié réelle, les deux gouvernements s'observèrent l'un l'autre, jusqu'à ce que la fermeté de Henri eût écrasé tous ses ennemis domestiques, et que son étoile , par deux événements extraordinaires, lui eût donné la supériorité sur l'Ecosse et sur la France. 1° Robert, roi d'Ecosse, prince mou, mais inoffensif, avait laissé tomber les renés du gouvernement de sa faible main dans celle de son frère , l'entreprenant duc d'Albany. Albany, qui avait en vue, sinon le trône, du moins la possession et l'exercice paisibles de l'autorité royale, avait réussi à jeter son neveu, le duc de Rothsay , héritier présomptif de la couronne, dans une prison, où, comme on Ta rapporté de l'infortuné Richard, on le laissa périr de faim. Le sort de son fils aîné avertit Robert, qui vivait solitaire dans l'île de Bute, de pourvoir à la sûreté de son second fils, Jacques, âgé seulement de quatorze ans, qu'il envoya, sous la garde du comte des Orkneys, avec une lettre de recommandation à Charles, roi de France. [30 mars 1405.] Malheureusement le jeune prince, dans la (ra-

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