CHAPITRE SEPTIÈME. 4Î
en bataille. Les soldats restèrent à leurs rangs jusqu'à ce qu'il fît sombre; mais comme l'ennemi n'approchait pas, ils les rompirent dans la soirée, et s'avancèrent tfn silence par une roule blanche qui se présentait devant eux. Heureusement elle menait à Maisoncelles, grand village où ils trouvèrent une nourriture meilleure et des logements plus commodes qu'ils n'en avaient .eu depuis quelques semaines l.
C'était avec peine que le connétable avait contenu l'impétuosité de ses troupes, qui montaient, dit-on, d'après les plus basses évaluations, à cent mille hommes. Mais il savait qu'aux fatales batailles de Crécy et de Poitiers les Français avaient été les assaillants, et il était déterminé cette fois à laisser ce dangereux honneur aux Anglais. Un délai ne pouvait qu'augmenter ses forces, et leur amenait la famine et une destruction inévitable. Il avait donc choisi une forte position dans les champs situés en face du village d'Azincourt, par lesquels il fallait que le roi d'Angleterre s'ouvrît un passage, s'il ne voulait consentir h se rendre prisonnier. Ses maréchaux avaient assigné leurs postes aux différentes divisions de l'armée, et chaque seigneur avait planté sa bannière au lieu qu'il comptait occuper durant la bataille. La nuit était froide, sombre et pluvieuse; mais un grand nombre de feux éclairaient l'horizon, et on entendait continuellement partir des lignes françaises des éclats de rire et de gaieté. Les soldats étaient réunis autour de leurs bannières, passaient le temps en orgies et en discussions, calculaient les événements probables du lendemain, et fixaient la rançon du roi et des barons anglais. Aucun d'eux ne supposait la possibilité d'une défaite ; et cependant ils ne pouvaient ignorer qu'ils étaient dans le voisinage des plaines „ de Crécy 2.
Pour les Anglais, ce fut une nuit d'espérance et de crainte, d'incertitude et d'anxiété. Ils avaient été décimés par les maladies, brisés de fatigue, et affaiblis par les nombreuses privations qui nécessairement accompagnent une armée en marche à travers un pays ennemi, et en présence de forces supérieures. Mais ils étaient soutenus par l'énergie et la confiance de k*ir vaillant chef, et par l'orgueilleux souvenir des victoires que leurs pères avaient remportées dans des circonstances semblables. Toutefois, en hommes qui savaient que leur vie dépendait de l'issue de la
1. Elm. 56. Monstrel. i, 337, et Hardyng, 394. 3. Monstrel. 1. 237.
m HISroilŒ b'ANGLETËKKE.
bataille, ils passèrent les moments qui leur restaient à faire leurs testaments et à remplir leurs devoirs de religion. Le roi lui-même prit peu de repos. 11 visita les différents quartiers -de l'armée, envoya, dès que la lune fut levée, des officiers examiner le terrain, régla les opérations du jour suivant, ordonna à des musiciens déjouer successivement pendant la nuit, et avant le lever du soleil il commanda aux troupes d'assister à matines et à la messe [25 oct.]. De la prière il les mena au champ de bataille, et les rangea, d'après sa méthode ordinaire, en trois divisions et deux ailes, mais si près Tune de Vautre, qu'elles ne semblaient former qu'un seul corps. Les archers, sur qui reposait sa principale espérance, étaient placés en avant des hommes d'armes. La réputation qu'ils s'étaient acquise h juste titre dans les précédentes batailles, et leur apparence sauvage en ce jour, frappèrent leurs ennemis de terreur. Beaucoup s'étaient mis nus; les autres s'étaient découvert les bras et la poitrine, afin d'avoir les mouvements plus libres. Outre son arc et ses flèches, sa hache d'armes ou son épée, chacun d'eux portait sur son épaule le pieu dont il a été question, et ils opposaient ainsi un rempart de piques aux charges de la cavalerie française. Le roi lui-môme parut sur un palefroi gris, suivi d'une file de chevaux de main ornés des plus magnifiques harnais. Son casque était d'acier poli, surmonté d'une couronne étincelante de pierreries, et sur son surcot étaient blasonnées en or les armes d'Angleterre et de France1. Comme il allait de bannière en bannière, encourageant et exhortant ses soldats, il lui arriva d'entendre un officier exprimer à l'un de ses camarades le désir que quelques-uns des bons chevaliers qui étaient restés les bras croisés en Angleterre fussent transportés par un miracle sur le champ de bataille. « Non, s'écria Henri, je ne voudrais pas avoir un seul homme de plus. Si Dieu nous donne la victoire, il est clair que nous la devrons à sa bonté; s'il ne nous la donne pas, moins nous serons, moins grande sera la perte pour notre pays. Mais combattez avec votre courage ordinaire, et Dieu et la justice de notre cause nous protégeront. Avant la nuit, l'orgueil de nos ennemis sera humilié, et la plus grande partie de cette multitude sera étendue dans la plaine ou prisonnière entre nos mains2. »
Les Français étaient rangés dans le même ordre, mais avec cette
]. Très flores aurei et très leopartU uurei. Elmh. fîl. i>. Liv. 10. Elmh. «0, 61.