‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 365 sur 563 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

effrayante disproportion de nombre, que les tiles anglaises étaient profondes de quatre hommes, et les leurs de trente â. Le connétable commandait lui-môme la première division, les ducs de Bar et d'Alençon la seconde, les comtes de Marie et de Falconberg la troisième. La distance entre les deux armées n'était guère que d'un quart de mille ; mais le terrain élait humide et spongieux; et d'Albret, fidèle à son plan, ordonna à ses hommes de s'asseoir près de leurs bannières, et d'attendre patiemment que l'ennemi s'avançât. Leur inaction déconcerta le roi, qui espérait être attaqué. Il profita, toutefois, de l'occasion pour faire distribuer dans les rangs des rafraîchissements en abondance, tandis que deux détachements s'éloignaient a ttnsudes Français : l'un d'eux avait pour instruction de se tenir en embuscade dans une prairie de Tramecourt, sur leur flanc gauche, et l'autre de les alarmer pendant la bataille en mettant le feu aux maisons situées sur leurs derrières. A l'instant où le roi venait d'achever tous ses préparatifs pour l'attaque, il fut surpris de voir arriver trois chevaliers français qui demandèrent a lui parler. L'un d'eux était le baron de Helly, qui avait été prisonnier en Angleterre, et avait, dit-on, violé sa parole. 11 saisit cette occasion de nier l'imputation, et offrit de se mesurer en combat singulier entre les deux armées avec tout homme qui oserait la répéter. Le roi, qui voyait son but, répondit aussitôt : « 11 ne s'agit, pas en ce moment de combat singulier. Allez dire à vos compatriotes de se préparer pour la bataille avant la nuit, et ne doutez pas que, pour . avoir manqué à votre parole, vous ne perdiez une seconde fois votre liberté, sinon votre vie. » — « Sire, » répliqua Helly, « je n'ai point d'ordre à recevoir de vous ; Charles est notre souverain. C'est h lui que nous obéissons, et pour lui nous vous combattrons, toutes les fois que nous le jugerons convenable. « Partez donc, » répliqua le roi, « et prenez garde que nous n'arrivions avant vous*2. «Aussitôt, faisant quelques pas, il s'écria : « Bannières en

1. Livius et Rlmham remarquent qu'on avait placé dans les lignes françaises un grand nombre de machines de guerre ou canons pour jeter des pierres au milieu des Anglais (Liv. 18. Elm. 62). Suivant Livius, les Français étaient plus de sept contre un. Monstrelet (i, 228) dit seulement six. Je soupçonne que dans Elmha , lorsqu'il parle des files , nous devons lire xxx au lieu de xx, comme nous faisons dans Livius. Un écrivain contemporain évalue le nombre des ennemis à cent mille. Apud Ra\nald, v, 473. C'est aussi le calcul de Hardyng, qui était présent. Hard. 395. Juxtà computacionem haraldorum. ld. 391. Fabyan les réduit à « quarante mille combattants, » 579. (iaguin , outre l'infanterie, compte dix mille hommes de cavalerie daus l'armée française. Ibid. î.

Livius, p. 17. Kl m ha m fait mention de l'arrivée de ces chevaliers, mais non

avant! » Au même instant, sir Thomas Erpingham jeta son bâton en Fair ; et les soldats, tombant à genoux, mordirent la terre se levèrent, poussèrent un cri et coururent vers l'ennemi. A la distance de vingt pas, ils firent halte pour reprendre haleine, puis ils poussèrent un nouveau cri. Il fut répété par le détachement delà prairie qui, sortant de son embuscade, assaillit aussitôt le flanc gauche des Français. Au même instant, les archers ayant planté leurs pieux, coururent devant eux, déchargèrent leurs flèches, et se retirèrent derrière leur rempart. Le connétable avait désigné un bataillon d'élite de huit cents hommes d'armes pour rompre ce corps formidable. Sur ce nombre il n'y en eut pas plus de cent quarante qui prirent part à l'action. Ils furent promptement détruits; les autres ne pouvant affronter cette grêle incessante de flèches, détournèrent la tête, et ne furent plus maîtres de leurs chevaux, qui, furieux de douleur, se jetèrent sur différents points dans les rangs serrés de la première division. Ce fut un moment de confusion irrémédiable. Les archers ne laissèrent point échapper cette occasion : jetant leur arc en arrière, et prenant en main leur épée ou leur hache d'armes, ils se précipitèrent au plus fort de l'ennemi, tuèrent le connétable et les principaux commandants , et en peu de temps dispersèrent totalement ce corps 2.

Henri, qui avait suivi avec les hommes d'armes, ordonna aux archers de se reformer, et chargea aussitôt la seconde divisiou. Les Français, quoique le sort de leurs camarades eût abattu leur •présomption, reçurent le choc avec courage, et soutinrent pende leur objet, p. 63. Mais la ballade contemporaine dit qu'ils le sommèrent de se rendre :

« The lord Haly un trewe knyzt untel oure kyng ne come in hye, and sayd : « Syre, zeld zou witnoute fyzt and saye zoure self and zoure meyney. >

film. 868.

Le lord Haly, vrai chevalier, auprès de notre roi il vient en hâte, et dit : « Sire, rendez-vous sans combat et sauvez votre personne et vos hommes. »

1. A singulis in ore capta terrar particula. TU. Liv. 18, 10. Elmh. 65. Cette singulière coutume avait été introduite par les paysans de Flandre avant la grande victoire qu'ils remportèrent sur la cavalerie française à Courtray en 1302. Un prêtre se tint en tète de l'armée , tenant l'hostie consacrée dans sa main , et chaque soldat, s'agenouillant, prit un peu de terre dans sa bouche, pour témoigner son désir de recevoir la communion , et reconnaître qu'il en était indigne. Spondan. n, 339.

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