TU. Liv. 94, 95. Monst. i
CIIÀIMTKK SEPTIÈME.
cédée en pleine souveraineté h la couronne. d'Angleterre. Alors, se tournant vers ses médecins, il demanda à savoir combien il pouvait encore espérer de vivre, et ils lui répondirent que le Tout- Puissant avait le pouvoir de lui rendre la santé. Mécontent de cette parole évasive, il réitéra sa question, et exigea une réponse directe. « Eh bien ! sire , répliqua l'un d'eux en tombant a genoux, songez au salut de votre âme, car vous ne pouvez pas vivre plus de deux heures. » 11 entendit cette imposante déclaration sans s'émouvoir, envoya chercher son confesseur, et consacra les instants qui lui restaient à des exercices de dévotion. Comme les assistants récitaient autour de son lit les psaumes de pénitence, il les interrompit au verset : « Tu rebâtiras les murs de Jérusalem, » et dit d'une voix faible que son intention avait toujours été de visiter la Palestine, et de délivrer la cité sainte du joug des Sarrasins. 11 expira peu d'heures après, le dernier jour d'août de l'année 1422
L'éclat dont la victoire environna Henri durant sa vie reste encore attaché à sa mémoire quatre siècles après sa mort. Mais ce ne fut pas seulement un guerrier, ce fut un homme d'état. Le mérite du courage naturel, il le partage avec beaucoup de ses prédécesseurs ; mais il surpassa la plupart d'entre eux par l'adresse avec laquelle il fomenta des dissensions parmi ses antagonistes, et tira le meilleur parti possible des événements inattendus qui se succédèrent sur la scène affairée de la politique française. Le succès, toutefois, donna une teinte d'arrogance à son caractère. Il ne respectait point assez les préjugés de ses nouveaux sujets, il n'épargnait point assez leur susceptibilité; la pompe et la supériorité qu'il déployait mortifiaient leur vanité ; et la déférence qu'il exigeait des plus orgueilleux seigneurs de France n'était accordée qu'à regret par des hommes qui, sous le faible règne de Charles, avaient été accoutumés à fouler aux pieds l'autorité de leur souverain. Continuellement en guerre, il eut peu de loisir pour s'acquitter des devoirs de législateur; mais il a été loué pour le soin qu'il mit a prescrire une administration égale de la justice, et fut chéri des basses classes, en France comme en Angleterre , pour la protection qu'il leur accordait
F 1. TU. Lit?. 95. Monst. i, 324. Wals. 407. Martin V affirme dans une lettre que le roi mourut dans les sentiments les plus édifiants. In domino mortuus est; nam, sicut accepimus, cor ejus excelsum hurailiavit, et depositis cirris sœculi animum direxit ad Deum, dévote sacramenta ecclesiœ accipiens. Apud Raynald, vi, 50.
contre l'oppression de leurs supérieurs l. Il était pour ceux qui le servaient un maître sévère, mais aussi plein de générosité; et s'il punissait rigoureusement, il récompensait avec munificence. Les militaires l'aimaient, l'adoraient; et les officiers de l'armée, en France, résolurent de prouver la sincérité de l'attachement qu'ils lui avaient (émoigné de son vivant par la pompe extraordinaire avec laquelle ils rendraient les derniers devoirs à ses restes.
Sur le char funèbre, et sous un riche dais de soie, fut placé un lit cramoisi et or, sur lequel reposait l'effigie du monarque dans ses vêtements, une couronne d'or en tête, le sceptre dans la main droite, et le globe surmonté de la croix dans la gauche. Il était précédé et suivi de cinq cents chevaliers et écuyers en armure noire et la lance renversée. Autour du corps marchaient trois cents porteurs de torches, entremêlés de personnes portant des armoiries, des bannières et des pennons. Le clergé de tous les cantons par lesquels la procession passait était rangé en ligne do chaque c&té; et derrière venaient a cheval la noblesse, les princes du sang et le roi d'Ecosse, comme menant le deuil. Après eux, à la distance d'une lieue, suivait la reine Catherine avec une nombreuse escorte. C'est ainsi que le corps du roi fut conduit a Paris et a Rouen, où il fut exposé sur un lit de parade, et de Rouen, à petites journées, à Calais, où une flotte attendait pour le transporter en Angleterre. Quand la procession approcha de la métropole, elle fut reçue par les évêques , les abbés mitrés et le clergé; et les obsèques furent célébrées [10 nov.] en présence de tout le parlement, d'abord à Saint-Paul, et ensuite a l'abbaye de Westminster. Le corps fut enterré près de la châsse d'Edouard le Confesseur, et sa tombe fut longtemps visitée par le peuple avec des sentiments de vénération et de regret2.
Sous le règne de Henri, les communes obtinrent du roi la confirmation de leur prétention à ce qu'aucun statut ne fût valide s'il n'était rendu avec leur assentiment. Elles avaient renouvelé leur ancienne plainte, que les termes de leurs pétitions, qu'elles fussent présentées par écrit ou parla bouche de l'orateur, étaient souvent si altérés par des additions, omissions et prétendues corrections, que la loi, lorsqu'elle était publiée, se trouvait être très-