CHAPITRE HUITIÈME
les règlements faits pour l'armée combinée, avant qu'elle quittât cette ville, sont un monument intéressant de la discipline militaire du temps. L'ordre était que les soldats s'aimassent et se traitassent én frères; que l'avant-garde se composât de cent vingt hommes d'armes, et d'un même nombre d'archers pris par portions égales dans chaque nation ; que lorsqu'on donnerait le commandement de mettre pied à terre en présence de l'ennemi, la désobéissance fût a l'instant punie de mort ; que tous les chevaux fussent conduits à une demi-lieue en arrière, et que ceux qui seraient trouvés en deçà fussent confisqués; que tout homme qui quitterait son poste en ligne fût mis à mort ; qu'on ne fit aucun prisonnier jusqu'à ce que la victoire fût certaine, sous peine de la mort du prisonnier et aussi de celui qui l'aurait pris, s'il faisait résistance; que chaque archer fût muni d'un long pieu pointu aux deux bouts; et que chaque homme portât avec lui des vivres pour deux jours L'ennemi occupait une éminence; mais il fut attiré hors de sa position avantageuse par les manœuvres des alliés, qui, descendant de cheval et marchant à pied dans leur armure, essayèrent de se rendre maîtres du pont. Pen- • dant trois heures, les deux armées se tinrent en face l'une de l'autre, séparées seulement par la rivière. À la fin, les Anglais se frayèrent un passage jusqu'à l'autre rive, et furent suivis par les Bourguignons. Les Eeossais, qui supportaient le fort de la bataille, turent presque entièrement détruits ; et les Français furent trèsmaltraitésparla garnison, qui les attaqua par derrière. Les vainqueurs entrèrent en triomphe dans la place, emmenant avec eux les commandants français et écossais, dont chacun, après avoir perdu un œil dans le combat, avait été fait prisonnier 2.
Cette défaite jeta Charles dans le découragement ; mais il en fut promptement tiré par de puissants renforts qui lui vinrent d'Italie et d'Ecosse. Le duc de Milan envoya à son assistance un corps nombreux de Lombards, et le comte Douglas débarqua avec cinq mille hommes au port de la Rochelle. Le roi, en témoignage de confiance et de gratitude, choisit sa propre garde parmi les auxiliaires écossais ; et de môme qu'il avait déjà octroyé à Stuart de Darnley les seigneuries françaises d'Aubigny et de Concressault [25 mars], il donna à Douglas le duché plus impor-