CHAPITRE HUITIÈME
Gloucester devint amoureux de ses charmes, el plus encore peutêtre de son héritage. Mais Henri, qui voyait qu'un mariage entre eux amènerait une rupture avec le duc de Bourgogne, cousingermain et héritier présomptif du mari de Jacqueline, arrêta l'imprudence de son frère, et à son lit de mort appuya avec une insistance extrême sur la nécessité de faire toute espèce de sacrifices pour conserver l'amitié de son allié. Gloucester était trop obstiné pour tenir compte de l'avis du roi, ou pour céder aux remontrances du conseil. Soutenant que le mariage de Jacqueline avec le duc de Brabant était nul pour cause de consanguinité,
?uoiqu'on eût obtenu une dispense du concile de Constance, il épousa lui-même et réclama ses états. Si son mari avait eu le choix, il aurait probablement cédé; mais le duc de Bourgogne embrassa sa cause, et déclara qu'il opposerait en sa faveur la force à la force [1424]. Ce fut en vain que le régent employa toute son influence pour décider son frère à retirer une demande qui détacherait le Bourguignon des intérêts de l'Angleterre, et finirait par le jeter dans les bras de Charles. Comme dernière ressource, on arrêta dans un grand conseil tenu à Paris [24 oct.] que la question de la légitimité des deux mariages serait soumise au pape, et que toutes les parties attendraient sa décision. Le duc de Brabant consentit; le duc de Gloucester refusa. Il était déjà à Calais avec Jacqueline et une armée de cinq mille hommes, et entrant dans le Hainaut, il prit immédiatement possession du comté, du chef de sa prétendue femme [20 déc.]. A cette nouvelle, le duc de Bourgogne envoya des troupes au secours de son cousin; d'insultants messages s'échangèrent entre lui et Gloucester; un défi fut donné et accepté1 [3 mars 1425]; et les deux combattants convinrent de décider la querelle le jour de la Saint- George, en présence du duc de Bedford, le régent. [16 avril.] Dans l'intervalle, le Bourguignon rappela ses troupes, et Gloucester se prépara h revenir en Angleterre. Malgré les objections de Jacqueline, il fut résolu, a la requête des habitants, qu'elle resterait a Mons. Elle se sépara du duc toute en larmes, prédisant les maux qui résulteraient de leur séparation. Les Brabançons renouvelèrent les hostilités ; les villes du Hainaut rentrèrent sous
1. En cette occasion, le duc de Bourgogne fit un grand compliment au duc de Bedford. Si mieux vous plaît, dit-il à son antagoniste, je suis content que nous prenons a juge mon très cher et aimé cousin, et aussi votre beau frère le régent duc de Betbfort — car il est tel prince que je scay, qu'a vous et a m*y9 et a tous autres il voudroit estre droiturier juge. Monst. n. Î0.
l'obéissance du duc, et Jacqueline fut livrée aux Bourguignons pour être retenue captive jusqu'à ce que le siège de Rome prononçât sur la validité de son mariage. Le duel projeté entre les deux princes n'eut jamais lieu. Dans une lettre au duc de Gloucester, le pontife le déclara excommunié s'il persistait a exécuter son dessein; et par un bref circulaire adressé à tous les princes chrétiens de l'Kuropc, il les exhorta à ne point permettre le combat dans leurs états respectifs. [Juillet.] Le parlement anglais, secondant ses vues, demanda que les reines douairières de France et d'Angleterre et le régent prissent la querelle en main; et dans un concile tenu à Paris, il fut décidé que le défi avait été donné sans cause suffisante 1 [3 sept.]. Sur ces entrefaites, Jacqueline fut conduite au prince d'Orange, a Gand, où elle supporta sa détention avec impatience, et eut recours à tout ce qu'elle avait d'adresse pour parvenir à s'échapper. A la fin, elle s'habilla eo homme ainsi que sa suivante, monta à cheval, sortit à la brune, sans être remarquée, par une des portes, et ne cessa de fuir que lorsqu'elle fut en sûreté au delà des frontières de la Hollande, où elle fut reçue avec joie par ses sujets. Les Bourguignons l'y poursuivirent, et la Hollande devint pendant deux ans le théâtre de la guerre. Le duc de Gloucester lui envoya cinq cents hommes d'armes, et fut sévèrement réprimandé par le conseil. 11 essaya de recommencer, mais il en fut empêché par le régent, son frère'2. En 1426, le pape se prononça, dit-on, en faveur du premier mariage5; mais le duc de Brabant mourut bientôt après, et Jacqueline prit le titre de duchesse de Gloucester. Les faibles secours qu'elle recevait de l'Angleterre servirent a retarder sa soumission jusqu'en 1/i28, où elle fut forcée de nommer le duc de Bourgogne son héritier, et de donner sa parole qu'elle ne se marierait jamais sans qu'il y consentît4. Dans les termes de ce traité, elle reconnaissait virtuellement qu'elle n'était pas la femme du duc de Gloucester; et cependant, peu de semaines après l'avoir conclu, une faction de femmes, en Angleterre, avait pris parti pour elle contre la négligence de son mari supposé. [1428] Une dame