‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 409 sur 563 · Monstrel · texte numérisé non relu

Monstrel

tinua sa marche en triomphe jusqu'au camp d'Orléans1. Au printemps, les Anglais reprirent leurs opérations; on tira des lignes de communication d'une bastille à l'autre ; et les assiégés , se voyant investis de tous côtés, proposèrent, avec la permission de Charles, de remettre la ville aux mains du duc de Bourgogne , qui l'occuperait comme neutre pendant la guerre, pour le compte du duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre. Le régent refusa l'offre. Il n'était que juste, dit-il, que ce qui avait été conquis avec le sang anglais fût la récompense de la valeur anglaise. Le Bourguignon acquiesça avec une bonne volonté apparente a cette détermination ; mais le refus lui resta sur le cœur, et il ne l'oublia pas dans la suite.

La chute d'Orléans fut alors regardée comme certaine ; et les plus sombres appréhensions régnèrent dans les conseils du monarque français. Beaucoup de ceux qui avaient été les plus chauds dans leurs protestations d'attachement disparurent silencieusement de sa cour, et le prince lui-même songeait à se retirer dans le comté lointain de Provence , peut-être dans le royaume ami d'Ecosse , lorsque le trône français fut sauvé de sa ruine par la lille d'un petit fermier de Domrémy, hameau de la Champagne, situé entre \eufchâteau et Vaucouleurs. La merveilleuse révolution qu'elle accomplit , par des moyens en apparence surnaturels, nous justiiiera de tâcher de suivre l'origine et les progrès de l'enthousiasme qui , tout en l'abusant , fortifia néanmoins et éleva l'âme de cette intéressante jeune fille2.

Jeanne d'Arc était née vers l'an l/il2. Son éducation ne différa pas de celle des autres pauvres filles du voisinage; mais elle se distingua entre toutes par son assiduité, sa modestie et sa piété. Domrémy, comme les autres villages, avait ses traditions de faits miraculeux et d'interventions surnaturelles. A peu de distance était un vieux hôtre touffu, sous les branches duquel les fées tenaient, disait-on, leurs assemblées nocturnes; près de son pied coulait un clair ruisseau, dont les eaux passaient pour opérer des cures étonnantes; et un peu plus loin était un lieu encore plus sacré, une chapelle solitaire appelée l'Ermitage de la Vierge.

1. Dans le langage recherché du temps, cette bataille fut appelée « la bataille des harengs, * parce que les harengs salés formaient une granae partie des vivres. Monst. ii, 19.

2. La narration qui suit est empruntée aux réponses de « la pucelle » et à la déposition des témoins, qu'on trouvera dans les volumes de Descharnettes, et dans le tome vm des Mémoires de Petit ot.

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