‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 410 sur 563 · CHAPITRE HlTl'lÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE HlTl'lÈMK

Jeanne avait coutume de visiter tous ces lieux avec ses compagnes Mais son endroit favori était l'ermitage, où tous les samedis elle suspendait une guirlande de fleurs, ou brûlait un cierge en Thonneur de la mère du Christ. Ces habitudes d'enfance sont dignes de remarque, en ce qu'elles servirent probablement à imprimer à son esprit ce caractère crédule et romanesque qu'elle déploya plus tard. L'enfant aimait la solitude : tout ce qui l'intéressait devenait le sujet de longues et sérieuses pensées; et dans ces rêves de jour, la jeune enthousiaste apprenait à revêtir de formes visibles les créations de son imagination. [1424.] Elle n'avait que douze ans, lorsque, se promenant un dimanche dans le jardin de son père , elle crut apercevoir d'Un côté une lumière brillante et entendre une voix qui l'appelait par son nom. Elle se détourna, et vit, à ce qu'elle pensa, l'archange Michel, qui lui dit d'être bonne, obéissante et vertueuse, et que Dieu la protégerait. Elle se sentit honteuse en sa présence; mais à son départ elle pleura, souhaitant qu'il l'eût prise avec lui.

Outre la religion, un aulre sentiment s'était éveillé dans le sein de Jeanne. Toute jeune qu'elle était, elle avait assez entendu parler des calamités qui accablaient son pays pour abhorrer l'union contre nature des Bourguignons et des Anglais, et pour déplorer la dure destinée de son souverain naturel, chassé par des rebelles et des étrangers du trône de ses pères. Les habitants de Domrémy étaient royalistes : ceux de Marcey, village voisin, étaient bourguignons : les deux partis se rencontraient fréquemment, se querellaient et se battaient; et ces petites guerres servirent a fixer l'attention de la jeune fille sur ce sujet si excitant. Enfin arriva la nouvelle de la désastreuse bataille de Verneuil [17 août]. Elle fut témoin du désespoir de ses parents et de ses voisins; et apprit d'eux qu'il ne restait qu'un seul espoir au pays, l'accomplissement possible d'une prophétie traditionnelle, qui disait que de Bois-Chesnu, forêt voisine de Chênes, viendrait une pucelle destinée a être le sauveur de la France.

Une telle prédiction était propre à faire une profonde impression sur l'esprit de Jeanne. Un jour qu'elle était seule, gardant le troupeau de son père, elle entendit de nouveau la voix de l'archange et elle le vit apparaître ; mais cette fois il était accompagné de deux femmes, sainte Catherine et sainte Marguerite, noms qui, il faut le remarquer, lui étaient familiers, car elles étaient patronnes de l'église delà paroisse. Il lui annonça qu'elle était la femme désignée par la prophétie; que c'était à elle qu'était donnée

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l'importante mission de conduire son souverain k Reims, où il devait être couronné ; qu'a cet effet elle devait s'adresser k Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs, pour obtenir accès auprès du roi; que Catherine et Marguerite raccompagneraient comme guides et comme conseils, et que son devoir était de leur obéir. Il est clair que cette enthousiaste prit pour des réalités les illusions de son imagination . Elle-même, dans ses moments de calme, s'épouvanta a l'idée d'une mission si extraordinaire, et sa confiance fut ébranlée par l'incrédulité et la désapprobation de ses parents. Mais « ses voix, » comme elle les appelait, réitérèrent l'ordre; elles la réprimandèrent de sa désobéissance; et elle commença k craindre qu'un plus long délai ne fût un péché qui compromettrait son salut.

îl arriva qu'un parti de maraudeurs bourguignons força les habitants de Domrémy k chercher un asile a Neufchâteau. Le village fut pillé, et l'église réduite en cendres. Au départ de l'ennemi, les fugitifs revinrent, et ce spectacle monta au plus haut point l'enthousiasme de Jeanne. [Mai 1428.] Elle s'échappa de chez ses parents, décida un de ses oncles k l'accompagner, et annonça sa mission à Baudricourt. Quoique accueillie par des railleries, elle ne se découragea point, et resta k Vaucouleurs, où peu k peu ses prétentions transpirèrent, et la rendirent l'objet de la curiosité publique. Le duc do Lorraine, qui était en proie k une maladie incurable, s'adressa à elle comme k une femme douée de pouvoirs surnaturels; mais elle répondit avec sa simplicité caractéristique qu'elle n'avait point de mission relative k lui; il ne lui avait jamais été nommé par « ses voix. »

[Février 1429.] Enfin le gouverneur, qui avait cru de son devoir de donner communication de cette histoire au dauphin, reçut Tordre de l'amener a la cour de France. Pénétrer de Vaucouleurs, situé sur la frontière orientale de la Champagne, k Chinon en Touraine, k une distance de cent cinquante lieues, k travers une longue étendue de pays, dont une partie était au pouvoir de garnisons hostiles, et l'autre perpétuellement infestée de maraudeurs, c'était une tentative périlleuse et presque sans espoir; mais Jeanne avait foi dans le succès. [19 février,] A cheval, et en habits d'homme, avec une escorte de sept personnes *, elle passa sans rencontrer un ennemi; et le dixième jour [28 février] k Fier-

1. L'escorte se composait de son frère Pierre, des seigneurs de Metz et de Poulengy, de leurs deux domestiques, de Colet, ujesguger du roi, et de Richard,

archer de la garde royale. Mem. 256.

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