‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 41 sur 563 · CHAPITRE WtEMlEK · texte numérisé non relu

CHAPITRE WtEMlEK

Je vais peut-être blesser la partialité nationale de quelques-uns de mes lecteurs ; mais je soupçonne grandement que Wallace doit autant sa célébrité à son exécution qu'à ses exploits. De tous les chefs écossais qui avaient jusqu'ici mérité et éprouvé l'inimitié d'Edouard, il fut le seul qui périt sur l'échafaud ; et pour cette raison sa destinée éveilla et accapara la sympathie de ses compatriotes l. Ils le révérèrent comme le premier martyr do leur indépendance ; son sang les excita à la vengeance ; les chaumières et les vallées, les forets et les montagnes qu'il avait fréquentées, devinrent sacrées à leurs yeux ; et a mesure que le souvenir de ses exploits réels s'affaiblit, le secours de la fiction fut employé pour embellir et immortaliser le caractère du héros. S'il faut en croire les écrivains écossais, qui vivaient un siècle ou deux après sa mort, il était gigantesque de taille, robuste de membres et patient de la fatigue plus qu'aucun de ses contemporains. Il ne connaissait d'autre passion que l'amour de son pays. Son âme était au-dessus de la séduction et de l'insulte ; et a l'appel de la liberté il était également prêt à servir dans les rangs et à prendre le commandement de Tannée. Son courage avait un pouvoir magique qui poussait les siens à entreprendre et à exécuter les entreprises les plus hasardeuses , et qui, à Stainmoor, força le roi et l'armée d'Angleterre a fuir sa présence, même avant d'engager l'action. Sous un chef si brave et si accompli, l'Ecosse aurait pu être sauvée; elle fut perdue par la jalousie de ses nobles, qui aimèrent mieux ramper dans les chaînes sous un despote étranger, que de devoir leur délivrance a un homme d'une naissance inférieure. Une partie de tout ceci peut être vraie; mais elle ne s'appuie sur aucune autorité digne de foi : la majeure partie en doit être fausse, car elle est contredite par l'histoire réelle. Les seules grandes batailles dans lesquelles Wallace est

1. La cause de Wallace ne doit pas être confondue avec celle des Ecossais qui furent exécutés en 1306. 11 fut le seul qui subit la mort par suite de la première guerre de l'indépendance. Ils la subir< nt plus tard à cause de leur rébellion ultérieure. Wallace ne reconnut jamais la prétention ou l'autorité du roi d'Angleterre, n'accepta jamais son offre, ne lui iura jamais fidélité, et par conséquent, comme il le plaida à Westminster hall, il ne pouvait être considère comme traître. Eux, au contraire, ils avaient reconnu Edouard et son autorite, avaient accepté ses offres, lui avaient juré fidélité, avaient, quelques-uns du moins, reçu des faveurs de lui: puis, ils avaient rompu leurs serments et engagements et avaient pris les armes c ntre lui. Quelque patriotiques qu'aient pu être leurs motifs, ils étaient bien eertainement , selon la jurisprudence de l'époque, des traîtres. Ils savaient le sort que la loi leur réservait, et que c'était leur vie qu'ils jouaient. Après le meurtre de Comyn et 1 insurrection qui le suivit, on ne pouvait s'attendre à voir le roi traiter de tels ennemis avec la douceur qu'il avait montrée précédemment.

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reconnu avoir combattu sont celles de Stirling et de Falkirk. Dans la première il fut victorieux : mais il doit partager la gloire de Faction avec sir Andrew Moray, qui était certainement son égal dans le commandement, peut-être son supérieur l. Dans la seconde il fut défait, et cette défaite fut la plus désastreuse que l'Ecosse essuya jamais. Dans l'histoire des cinq années suivantes, son nom est h peine mentionné : mais quand le reste dé ses compatriotes firent leur paix avec Edouard, ses intérêts ne furent point oubliés. « 11 fut accordé qu'il pourrait aussi se mettre en la volonté et en la grâce du roi, si bon lui semblait 2. » S'il l'eut fait, il s'en fût probablement trouvé aussi bien que ses compagnons; mais il rejeta la faveur qu'on lui offrait; au lieu de s'en remettre au bon plaisir du roi, il fit des propositions qui furent jugées extravagantes et injurieuses ; et c'est h cette partie de sa conduite, qu'elle fut le résultat du patriotisme ou de l'obstination, que nous devons attribuer sa destinée ultérieure. Il avait été convoqué h un parlement des deux nations tenu h Saint-Andrew ; et comme il négligea de paraître, on prononça, conformément h la loi écossaise, une sentence de proscription contre lui, ainsi que contre William Kraser et la garnison de Stirling 3. Edouard n'était pourtant pas, comme on l'a représenté, un tyran altéré de sang4. 11 accepta

1. Fordun nous dit que sir Andrew Morav périt dans l'action (Ford, xi, 29j.

51 cela est, il fut immédiatement remplace aans le commandement par un fils du même nom. Car dans les deux lettres do sauvegarde accordées le 7 novembre au couvent de lïexham, Andrew Morav est réuni à Wallace, et dans toutes deux son nom se trouve le premier. Andréas de Moravia et Willelmus Wallensis duces exercitùs Scotia\ Heming. 185. Knvght. 2521.

2. Et quant à monsieur GuiUium de (ialeys est accordé, qu'il se mette en la volonté, et en la grAce nostre seigneur le roy , si lui semble que bon soit. Rvlev, 370. Lord Hailes est dans le doute si les* mot*, si lui semble, se rapportent à Wallace ou au roi. Mais ils se rapportant évidemment à Wallace, ue même que si lour semble que bon soit, se rapporte à l'évèque de Glasgow, au grand maître, etc., dans l'ollre faite à ces chefs. Rot. Par. i, 213.

3. Quorum petente rege judicium secundùm juris processum et leges scoticanas, omnes qui convenerant, concordi sententul pronuntiarunt exlegatos. Trivet, 338.

4. Les seules cruautés dont il soit accusé sont le massacre de Berwiclc, et le traitement ou'il fit subir aux prisonniers faits à Dunbar. Mais il faut se souvenir que Berwick fut pris d'assaut, et que la vengeance des vainqueurs avait probablement été excitée par des provocations antérieures, peut-être par les fiorribles barbaries commises peu de jours auparavant par les Ecossais dans le Cumberland (Heming. 87. Rym. ii, 887); peut-être par la conduite des citoyens mêmes de Berwick, qui, quoique leur ville se fut rendue à Edouard quefques mois auparavant Rym. n, 002), s'était, nous ne savons comment, délivrés de la garnison anglaise, et avaient pris les armes contre le roi. — Quant aux prisonniers de Dunbar, cette histoire repose sur la douteuse autorité de Fordun, xi, 24, dont le langage ambigu a été encore obscurci par les préjugés de certains écrivains plus récents. Voyez lord Hailes, i, 348.

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encore #la soumission de Fraser; il se contenta de la captivité d'Oliphant et de ses compagnons) quoiqu'ils l'eussent inutilement jeté dans de si grands dangers et de si grandes dépenses. Si le sort de Wallace fut différent de celui des autres, cela prouve qu'il y avait dans son cas quelque particularité qui le rendait moins digne de merci.

[26 mars.] Pour constituer le gouvernement de sa récente conquête, Edouard consentit à demander et à suivre l'avis de trois Ecossais, Robert Bruce, successeur de Bruce, le compétiteur de la couronne ; Wisheart, évèque de Glasgow, et John Moubray, dont les deux derniers s'étaient distingués par leur attachement antérieur à la cause de l'indépendance. A leur suggestion, il convoqua à Perth [28 mai] un parlement écossais, dans lequel dix commissaires furent choisis pour conférer avec le roi en personne a Londres On leur adjoignit dix Anglais avec plusieurs des juges, et tous prêtèrent serment de donner le meilleur avis qu'ils pourraient, sans se laisser dominer par aucune considération d'amitié, d'inimitié ou d'intérêt. Le résultat de leur délibération fut [23 sept.] que Jean de Bretagne, neveu d'Edouard, serait nommé tuteur du royaume, avec l aide des chambellan et chancelier actuels, tous deux anglais ; que pour la meilleure administration de la justice, l'Ecosse serait divisée en quatre districts, le Lothian, le Galloway, le pays situé entre le Eorth et les montagnes, et les Hautes-Terres, à chacun desquels on assigna deux justiciers, l'un indigène, l'autre anglais; que certaines personnes alors nommées seraient shériffs et aubainiers (escheators) dans les différents comtés, remplaçâmes par d'autres à la volonté du tuteur et du chambellan, excepté dans les provinces où ces offices seraient tenus par droit héréditaire ; que les châteaux de Roxburg et de Jedburg seraient remis aux mains du tuteur ; que les gouverneurs actuels resteraient dans ceux d'Edimbourg, de Linlithgow, de Stirling et de Dunbarton ; et que Bruce confierait le château de Kildrummy a une personne de la fidélité de laquelle il serait responsable Relativement aux lois, il fut décidé que la coutume des Scots et des Brets serait désormais abolie que les

1. Ryley, 243. Les députés furent choisis dans chaque ordre : deux évèques, deux abbés, deux comtes, deux barous et deux membres des Communes, un du sud, l'uutre du nord duForth. Voyez aussi id. 503. Leurs gages devaient leur être payés par le trésor du royaume. Pari. Wriis, i, 155, 150.

2. Ordenee est, que l'usage de Scot et de Bret desorendroit soit défendu, si que mes ne soit uses. Ryley, 506. C'était probablement quelque vieille coutume nationale qui, comme le tanistry des Irlandais, était incompatible avec les prin-

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statuts de David, roi d'Ecosse, avec les additions et amendements des autres rois, seraient lus dans une assemblée du bon peuple d'Ecosse; et que les lois et coutumes qui étaient évidemment contraires aux lois de Dieu et de la raison, seraient amendées immédiatement ; mais que s il s'élevait des points difficiles, on choisirait des députés pour consulter le roi, et on leur donnerait pouvoir d'acquiescer, au nom du peuple, h sa décision *. Ces dispositions furent suivies" [15 oct.] d'un acte d'indemnité conditionnelle : tous ceux qui avaient pris part a la rébellion él s'étaient ensuite soumis, furent déclarés en sùrelé en tant que vie et membre, et quittes d'emprisonnement et d'exhérédation, à condition de payer les amendes suivantes ; les membres du clergé, une année du revenu de leurs propriétés; ceux qui s'étaient soumis avant Comyn, deux années; Comyn, Gordon et l'évéque de Glasgow, trois années; W illiam de Baliol, Simon Fraser et John Wisheart, quatre ans; et Ingelram d'Umfra ville, cinq ans. À cet effet, ils furent mis immédiatement en possession de leurs terres, dont une moitié du revenu leur fut allouée pour leur subsistance, l'autre moitié devant être payée au roi jusqu'à ce que les amendes fussent acquittées. En môme temps, on rapporta l'ordre de bannissement temporaire rendu contre Comyn, Graham et l'évéque de Glasgow 2. Si Ton considère que ces hommes avaient donné des preuves réitérées de leur inimitié pour Edouard, qu'ils lui avaient juré fidélité et qu'ils y avaient renoncé, qu'ils avaient renouvelé leurs serments et les avaient encore rompus, on trouvera plus de raisons d'applaudir à sa modération que d'accuser sa sévérité. Le monde a vu bien des conquérants; mais il serait difficile d'eu trouver un qui, après de telles provocations, ait déployé autant de douceur.

Jusqu'ici nous avons observé la conduite d'Edouard dans ses relations avec les puissances étrangères ; nous l'avons vu arracher la province de Guyenne des mains du roi de France, et étendre son autorité sur le royaume d'Ecosse et sur la princi-

cipes de la jurisprudence féodale. Par les Brets j'entends les hommes du Galloway, les descendants des Pietés, anciens habitants de la Bretagne.

1. Rylev, 503-507. Rot. Pari. i, 267, 269. Pari. Writs, i, 161-163.

2. Rym. 968-970. Rot. Pari, t, *211. L'argent provenant de ces amendes devait être dépensé en Ecosse pour l'avantage du royaume. Le grand-maître, le 3 novembre, comparut dans chacune des cours de justice de Westminster, reconnut sa trahison , se soumit entièrement au bon plaisir du roi , et accorda

E désormais Edouard pourrait disposer de lui, corps et biens , suivant son bon sir. Cette déclaration fut enregistrée à sa requête. Abbrev. Placit. p. 308.

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pauté de Galles. Il est temps maintenant de donner notre attention a la manière dont il gouverna ses état patrimoniaux, da remarquer les améliorations qu'il y introduisit, les nouvelles lois qu'il établit et les expédients qui le mirent en état de faire face aux dépenses de ses nombreuses campagnes.

I.* Un grand nombre des améliorations de la constitution anglaise sont plutôt dues à des vues d'intérêt personnel qu'à une politique éclairée. Dans l'enfance des institutions féodales, le guerrier était tout, le négociant et le marchand n'étaient rien. Mais ces derniers, à mesure que la civilisation fit des progrès, acquirent des propriétés; les propriétés leur donnèrent de la considération, et durant les guerres civiles du dernier règne, les deux partis avaient trouvé l'assistance des principales villes et cités aussi avantageuse que celle des plus puissants barons. Le comte de Leieester, comme nous avons vu, avait osé appeler leurs représentants au parlement, et son exemple fut suivi par le conseil à la mort de Henri III. Outre les lords spirituels et temporels, quatre chevaliers de chaque comté et quatre citoyens de chaque cité furent convoqués à Westminster [14 janvier 1273 1 pour jurer fidélité, en présence des commissaires royaux, au jaouveau roi, qui n'était pas encore revenu de la Terre-Sainte1. Edouard laissa passer dix ans avant d'avoir recours a leurs services; mais en 1283, durant sa guerre dans le pays de Galles, il obligea tout homme possédant vingt livres de rente en terres, de rejoindre l'armée, ou de fournir un remplaçant, et atin d'obtenir une aide des hommes qui avaient de moindres propriétés, il convoqua un parlement de deux étals seulement, le clergé et les communes. Le premier devait s'assembler dans la forme ordinaire, le second se composer de quatre chevaliers de chaque province, et de deux représentants de chaque cité, bourg et ville h marché [20 janvier]. Pour leur plus grande convenance, ils furent divisés en trois corps. Le clergé et les communes du sud de la Trent s'assemblèrent à Northampton , ceux des comtés du nord à York, à l'exception du clergé et des communes de l'évêché de Durham, qui se réunirent dans cette cité, probablement en vertu de quelque privilège qui lui appartenait comme comté palatin. Les trois assemblées furent ouvertes par des commissaires du roi qui resta dans le pays de Galles, et il ne résulta aucun inconvénient de la division du parlement en corps séparés, siégeant en

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