CHAPITRE HUITIÈME
femmes de mauvaise vie, et par inviter les hommes à se. préparer au combat par des exercices de dévotion. A Suftolk, Glasdale et Pôle, commandants anglais, elle envoya Tordre, au nom de Dieu, de sortir de la France et de retourner dans leur patrie : aux chefs de sa nation elle promit un succès complejt, s'ils voulaient passer la Loire, et marcher hardiment à travers la Beauce et les quartiers de l'ennemi. Mais ils n'étaient pas disposés à sacrifier leurs plansauxsuggestionsd'une enthousiaste sans expérience. [29avril.J Dunois, gouverneur d'Orléans, profitant de ce qu'elle ne connaissait point le pays, s'avança par la Sologne sur la rive gauche, et la décidant a traverser avec lui la rivière en bateau, la mena secrètement à Orléans, où elle fut reçue par les citoyens avec des torches allumées et des acclamations de joie. Le parti qui venait secourir la ville était monté aussi sur des bateaux, et tâcha de gagner Orléans par eau; mais le vent et le courant le forcèrent de rebrousser chemin; il débarqua, passa le pont à Blois, et fut ainsi obligé de suivre la route que lui avait indiquée la pucelie. Ma surplus, la promesse ou prédiction qu'elle avait faite se vérifia. Les assiégeants ne bougèrent pas de leurs retranchements, et le convoi enjra dans la ville.
A Klater de ce moment, il devint dangereux de contester la mission céleste de Jeanne. Sa présence inspira aux soldats un esprit d'audace et une confiance dans le succès, que l'autorité de leurs chefs pouvait guider peut-être, mais qu'elle ne pouvait modérer. On fit des sorties coup sur coup, et les plus importants des forts anglais, les bastilles de Saint-Loup, Saint-Jean-le- Blanc, Augustus, et les Tournelles, tombèrent successivement aux mains des assaillants [4-6-7 mai]. En toute occasion, la pucelie était vue au premier rang, sa bannière déployée, et encourageant ses compatriotes de la voix et du geste ; mais à l'assaut des Tournelles, au moment où elle plantait la première échelle contre la muraille, une flèche passa par une ouverture de son corselet, et resta fichée entre la poitrine et l'épaule. Ses compagnons remportèrent hors de la foule; la blessure fut pansée, et l'héroïne, après quelques minutes passées en prière, rejoignit les combattants. A son apparition, les assaillants redoublèrent d'efforts, et la forteresse fut prise.
Sufîolk, déconcerté par ces pertes multipliées, et averti par l'air découragé de ses troupes, convoqua dans la nuit un conseil de guerre [8 mai], et se détermina à lever le siège. Au point du jour on vit l'armée anglaise, à line petite distance des murs, ran-