Rot. Pari v
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la ni pas risquer sa couronne sur l'issue incertaine d'une bataille, l'évita avec un soin égal. Las de prendre une peine inutile, il écrivit au roi une lettre [7 août] dans laquelle il l'accusa de tromper le peuple par l'imposture d'une femme dissolue et les sermons d'un moine apostat; "le requit de nommer en prince royal un jour et un lieu où ils pussent se rencontrer dans le comté de Brie ; promit que, si une paix stable pouvait se faire avec un homme qui avait violé sa parole au feu duc de Bourgogne, et qui s'était souillé du sang innocent, il consentirait à des conditions raisonnables ; sinon, il offrait de le combattre corps à corps, afin que l'issue du combat montrât au monde quel était celui dont le ciel favorisait la cause. A un message si discourtois, Charles ne daigna point répondre ; mais ce que le duc n'avait pu effectuer, le hasard le réalisa; et sans le vouloir les deux armées arrivèrent en présence aux environs de Senlis. Les Anglais, inférieurs en nombre, se préparèrent au combat à leur manière accoutumée : les officiers français, enflés de leurs succès, demandèrent impatiemment le signal du combat. Mais les défaites d'Azincourt et de Verneuil avaient appris à Charles à ne point compter sur la seule supériorité du nombre. 11 consulta la pucelle : son inspiration l'avait abandonnée depuis l'expédition de Reims. Tantôt elle conseillait un engagement, tantôt elle en dissuadait : deux jours se passèrent en délibérations; et le troisième, après quelques vives escarmouches, les armées se séparèrent comme d'un consentement mutuel. Le régent se hâta de passer en Normandie, et repoussa le connétable, qui avait pénétré dans ce duché; et Charles, à la sollicitation de Son champion femelle, profita de l'absence du duc pour faire une tentative sur la capitale. Soissons, Senlis, Beauvais et Saint-Denis ouvrirent leurs portes. Il avança jusqu'à Montmartre, publia une amnistie, et dirigea un assaut sur le faubourg Saint- Honoré [12 sept.]; L'action dura quatre heures. Dès le commencement, Jeanne reçut une blessure dangereuse, 'fut jetée dans le fossé, et y resta inaperçue jusqu'au soir, où elle fut découverte et emportée par un parti envoyé à sa recherche. Charles, mortifié de la résistance opiniâtre des Parisiens, se retira à Bourges, tandis que la pucelle, regardant sa blessure comme un avertissement du ciel que sa mission avait cessé avec le couronnement de Reims, consacrait son armure a Dieu dans l'église de Saint-Denis. Mais on avait encore besoin de ses services; à la sollicitation de son souverain, elle consentit à reprendre la profession des armes, et accepta des lettres do noblesse pour elle
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et pour sa famille, accompagnées du don d'un revenu égal h celui d'un comte1 [29 déc.].
La rigueur du temps ayant suspendu les opérations de la guerre , les deux partis tâchèrent d'acquérir des forces à l'aide de négociations. On faisait plus que soupçonner que le duc de Bourgogne commençait à se repentir de son alliance avec F Angleterre, et sa fidélité fut tentée par une honorable ambassade de Charles, qui lui offrit toute satisfaction raisonnable pour le meurtre de son père. La majorité de son conseil reçut la proposition avec joie ; mais l'influence de sa sœur, la duchesse de Bedford , fixa ses idées flottantes , et le duc , en considération d'un payement de vingt-cinq mille nobles, s'engagea h prendre le commandement de l'armée unie, au commencement du printemps [mai 1430]. Il entreprit de réduire la ville de Compiègne, et la pucelle fut choisie pour faire lever le siège. Dans sa marche, elle rencontra une troupe de Bourguignons inférieure en nombre, la défit après une résistance opiniâtre, et ordonna que Franquet, le commandant, fût décapité sur le lieu 2 [25 mai]. Le soir môme de son arrivée, elle surprit le poste de Marigny ; mais des renforts affluèrent de tous côtés , et bientôt les assaillants tournèrent le dos. L'héroïne prit à l'instant le commandement de l'arrière-garde, et faisant fréquemment volte-face, repoussa ceux qui la poursuivaient. Cependant ses lignes finirent par être enfoncées; un archer la renversa de cheval, et, comme elle était gisante a terre, elle se rendit au bâtard de Vendôme. Les acclamations de l'armée alliée annoncèrent aux assiégés le sort de leur héroïne , qui fut conduite au quartier de Jean de Luxembourg, et quelques mois après fut par lui vendue au régent. Cet accident affligea la garnison, mais ne l'intimida point, et la place brava les forces de l'ennemi jusqu'à' ce que l'approche de l'armée française , sous les ordres du maréchal de Boussac , fit lever le siège \
L'infortunée pucelle fut traitée avec négligence par ses amis, et par ses ennemis avec cruauté. Si jamais prince avait été redevable à un sujet, Charles l'était h Jeanne d'Arc. Elle avait dissipé