‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 417 sur 563 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

comme un agent du diable», et' l'histoire de son procès montre que, dans leur crédulité, ses juges s'étaient imbus de la même opinion. L'enquête s'ouvrit à Rouen [13 février 1431]; pendant seize jours différents elle fut traduite h la barre ; les questions avec ses réponses furent mises sous les yeux de l'université de Paris, et l'opinion de ce corps fut conforme au jugement de la cour. Cependant la sentence fut différée de jour en jour, et on fît des tentatives réitérées pour la préserver de la peine de mort, en l'engageant à faire une confession franche et explicite. Mais le courage de l'héroïne resta indomptable ; elle soutint fièrement qu'elle avait été le ministre inspiré du Tout-Puissant, et répéta qu'elle était convaincue d'avoir été favorisée souvent. des visites de l'archange Michel, et de sainte Marguerite et sainte Catherine. Le jour fatal arriva, toutefois, et la captive fut amenée h la barre ; mais quand le juge fut prêt à prononcer la sentence , elle céda à une impulsion soudaine de terreur, souscrivit un acte d'abjuration, et, ayant promis sous serment de ne plus porter d'habits d'homme, elle fut reconduite dans son ancien lieu de détention. Cependant son enthousiasme se ralluma dans la solitude de la prison; sa cellule se repeupla d'apparitions célestes, et de nouvelles scènes de gloire militaire s'offrirent à son imagination. Un observateur impartial aurait plaint et respecté l'égarement qui affligeait son esprit. Dans leur crédulité, ses juges la condamnèrent comme étant retombée dans ses premières erreurs. C'est sanglotant et se débattant qu'elle fut menée au bûcher, et l'attente d'un libérateur céleste ne l'abandonna que lorsqu'elle vit le feu allumé à ses pieds. Alors elle poussa de violentes exclamations, protestant de son inuoeence , et invoquant l'aide du Tout-Puissant; et au moment où les flammes l'enveloppaient, on la vit embrasser un crucifix, et invoquer la miséricorde du Christ [30 mai]. Cette cruelle et inexcusable tragédie se joua sur la place du marché de Rouen , devant un immense concours de spectateurs , environ un an après qu'elle avait été faite prisonnière '2.

Dans l'opinion générale du temps, la cérémonie du couronnement consacrait la personne et confirmait le droit du souverain. Charles n'eut pas été plus têt couronné à Reims, que le duc de

1. « Une élève et un membre du démon , qui usait de faux enchantements et de sorcellerie. » Kym. x, 408.

2. Meyer, 316, 317. Mém. vin, 337-402. Vingt-cinq ans plus tard son jugement fut ca3sé par l'archevêque de Reims et l'évèque deVaris (7 juillet 1456), que le pape Calixte avait nommés pour le réviser, à la sollicitation de sa mère Isabelle. Raynald, vi, 77.

Redford décida que son neveu le serait aussi au môme endroit. Comme mesure préparatoire , le jeune roi reçut l'onction royale [6 nov. 1A29] h Westminster, dans sa huitième année, et h dater de ce moment, le titre de protecteur fut supprimé, et on ne conserva que celui de premier conseiller1. Mais la pauvreté de l'échiquier, jointe aux fâcheux événements de la guerre, refarda sa marche, et six mois s'écoulèrent avant qu'il fut en état de quitter l'Angleterre [2ft avril 1430]. A la fin, on leva, au moyen d'un emprunt, l'argent nécessaire à son voyage; le cardinal de Winchester consentit a raccompagner, et le duc de Gloucester fut nommé lieutenant du roi en son absence. Il se rendit à Rouen ; mais l'espoir de pénétrer jusqu'à Reims l'affaiblit de jour en jour, et au bout de dix-huit moins il fut arrêté que le couronnement aurait lieu à Paris. En novembre 1431, accompagné des principaux membres de la noblesse anglaise et de trois mille chevaux, il quitta Pontoise, et h sa rencontre vinrent le clergé, le parlement, les magistrats et les citoyens de la capitale. On avait élevé des arcs de triomphe; on représenta des mystères, et on exposa des devises pour faire honneur et fête au jeune roi. Mais, sous ces démonstrations publiques de joie , les Parisiens pouvaient difficilement cacher leurs prévisions des malheurs futurs [17 déc.]. Le couronnement de Henri ressemblait peu à celui de leurs monarques nationaux. La cérémonie était accomplie par un prélat anglais, le cardinal de Winchester ; Us hautes charges de l'état étaient remplies par des étrangers ou des indigènes d'un rang inférieur, et aucun prince du sang royal de France, aucun des pairs laïques, pas même le duc de Bourgogne, n'ornait de sa présence la cour du nouveau roi. [25 déc] Au bout de quelques jours, Henri fut reconduit a Rouen , où il résida une année, puis il retourna par Calais en Angleterre2 [9 février l/i32] .

Durant le séjour du roi en France , le duc de Gloucester avait déployé son zèle pour la religion et la tranquillité publique, en réprimant dans plusieurs comtés des émeutes et insurrections occasionnées par la circulation de pamphlets séditieux et la propagation de la doctrine des lollards, que les prêtres ne devaient pas être « possesseurs, » et qu'entre chrétiens tout devait être en commun. Il passa Tété à se transporter de lieu en lieu, accom-

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