CHAPITRE HUITIÈME
grand nombre do charges quelques-unes devaieiH être fondées, la majeure partie prouve plutôt l'inimitié du neveu que la culpabilité de Tonde ». Le roi lut le mémoire ; mais il ne paraît avoir fait sur son esprit aucune impression défavorable à Beaufort. La négociation avec le duc d'Orléans continua ; et comme le conseil était divisé d'opinions, les arguments des deux partis, conformément au dernier arrangement relatif a cette sorte de cas, furent mis par écrit sous les yeux du roi. Il décida en faveur du cardinal. Gloucester, qui ne pouvait digérer sa défaite, inscrivit sur les rôles de la chancellerie une protestation solennelle et raisonnée contre cette mesure2; et pour donner une plus grande publicité à sa désapprobation, il se retira dans sa barge sur la rivière , dès que commença la messe, durant laquelle le duc d'Orléans devait jurer sur l'hostie qu'il remplirait ses engagements 3 [28oct.].
Le duc était destiné, au surplus, a éprouver une disgrâce plus cruelle encore. Quoiqu'il eût légitimé par le mariage sa liaison avec sa maîtresse , il n'avait pas relevé celle-ci dans l'estime publique , et l'orgueil, l'avarice et les dérèglements de dame Eléonore (on l'appelait ainsi) la conduisirent finalement a sa perte. Il a
I. J\ l'accuse d'ambition pour avoir recherché la dignité de cardinal malgré la défense du feu roi, et de mépris de l'autorité royale pour avoir reçu les bulles du pape, conservé son évèché de Winchester, et obtenu une exemption de l'autorité du primat sans la permission du roi. Mais si ces fautes le rendaient passible, comme le prétendait Gloucester, des peines de praemuoire, il faut se rappeler qu'elles avaient été p;irdonnées depuis longtemps par un acte du parlement. En second lieu, il se plaint de la cupidité de Beaufort, dont les richesses sont trop considérables pour avoir été acquises honnêtement. 11 fait, à la vérité, des prêts au roi ; mai* rarement il exécute ses engagements avec fidélité, cherchant des prétextes pour s'approprier les gages qu'il a dans les mains , et fraudant la couronne au moyen de ses officiers, qui reçoivent les droits de douane dans le port de Southampton. Les services du cardinal dans les ambassades étrangères, auxquels le parlement a si souvent applaudi, n'ont, soutient-il, été profitables qu'aux ennemis du roi. Par le congrès d'Arras, il avait fourni des moyens de réconciliation à Charles et au duc de Bourgogne: et par la dernière négociation de Calais, au duc de Bourgogne et au duc de Bourbon. C'était l'intérêt particulier de sa maison qui l'avait en gagé à délivrer sans autorisation le roi d'Ecosse ; et quelque motif semblable le porte maintenant à insister si vivement sur la délivrance du duc d'Orléans. Bref, il a réussi à s'arroger toute la Puissance du gouvernement pour lui-même et pour sa créature, l'archevêque d'York ; il tient éloigné du roi tous les prélats et les lords qui sont sincèrement attachés à la personne royale; et s'est opposé en toute occasion aux offres du duc de Gloucester de conduire une armée en France, et de recouvrer pour Henri la totalité de son iiéritage. Voyez son mémoire tout au long dans U til (161-166), qui l'a placé à une fausse année. On trouve dans ce mémoire même la preuve qu'il fut composé après la négociation de Calais, en juin 1439, et avant le renouvellement de cette négociation, en mai 1440, ou l'avènement au cardinalat de l'archevêque d'York, le 4 février 1440. Je crois donc qu'il fut présenté au roi vers la tin de 1439.
*2. Rym. x, 765-767.