CHAPITRE HUITIÈME
Au jour marqué pour sa réponse, il fut introduit dans la chambre des lords, et, tombant à genoux devant le roi, il protesta solennellement de son innocence [13 mars]. Au premier article, il répliqua qu'il était ridicule et impossible, et en appela a plusieurs des pairs présents, qui savaient que son intention était de marier son flls à la fille du. comte de Wanvick. Quant h la cession du l'Anjou et du Maine, si c'était un crime , il n'en était pas plus responsable que les autres lords du conseil ou les autres pairs du parlement, puisque les premiers avaient autorisé et les seconds approuvé la mesure. Le reste des charges, prétendit-il, était frivole et vexaloire, ne reposant sur aucune autre preuve que les bruits répandus par ses ennemis, ou sur des actes du conseil qui émanaient de plusieurs de ses juges aussi bien que de lui-même. Il ne tint pas compte du second acte d'accusation1.
Mais que Suflblk fût innocent ou coupable, il était clair que ses ennemis avaient soif de son sang ; et les communes ne voulurent accorder aucun subside qu'on n'eût apaise leur cri de vengeance. La politique de la cour dut donc aviser aux moyens de les satisfaire sans mettre sa vie en danger. Il fut appelé de nouveau devant le roi et les lords [17 mars], et le chancelier, faisant observer qu'il n'avait pas réclamé le privilège de la pairie, demanda s'il avait quelque chose de plus à dire pour sa défense. II espérait, répliqua-t-il, avoir suffisamment établi son innocence : il avait démontré quo les charges qu'on lui imputait étaient fausses, et quelques-unes impossibles; il avait nié les faits, les dates, les lieux et les conversations; il répétait qu'il les ignorait comme <c l'enfant qui est encore dans le sein de sa mère, » et, en conséquence, il s'en remettait sans réserve à la volonté de son souverain. Le chancelier reprit sur-le-champ : « Monsieur, puisque vous ne vous réclamez pas de votre pairie pour le jugement, le roi ne vous tiendra ni coupable ni innocent des trahisons qui vous ont été imputées; mais relativement au second acte d'accusation, non comme juge conseillé par les lords, mais comme celui h l'autorité duquel vous vous êtes volontairement soumis, il vous commande de quitter ce pays avant le 1er mai, et vous défend de jamais remettre le pied, d'ici à cinq ans, dans ses états, soit de ce royaume, soit outre-mer. » Immédiatement les lords protestèrent, par la bouche du connétable, le vicomte Beaumont, que
cusation, il n'est fait allusion à la mort du duc de Gloucester, ce qui montre asset clairement qu'on n'avait pas de preuve qu'il eût été assassiné.