‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 465 sur 563 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

plusieurs reprises nu duc d'York ses plaintes et ses intentions. Enfin le duc de Buckingham, comme orateur do la chambre, récapitula tous les délits réels ou supposés dont ce prince avait été accusé ; et lorsqu'il eut achevé, les pairs, tombant à genoux, supplièrent le roi de déclarer qu'il ne ferait plus grâce au duc ni à aucune autre personne qui attenterait aux droits de la couronne ou troublerait la paix du royaume. Henri y consentit; et le duc d'York renouvela son serment de fidélité, et en donna au roi une copie signée de sa main. On en exigea autant du comte de Warwick. Enfin tous les lords s'engagèrent à ne jamais recourir à la force pour obtenir réparation, mais à s'en remettre de leurs querelles à l'équité du souverain l.

En conséquence de cette résolution, Henri, qui depuis longtemps était le seul homme de ses états qui se conduisît avec impartialité , travailla à calmer le ressentiment des deux partis , et il finit par avoir lieu d'espérer que ses efforts seraient couronnés d'un succès complet. D'un commun accord , ils se rendirent à Londres avec leurs troupes2. Les royalistes logèrent hors des murs, les yorkistes en dedans [26 janvier 145S] ; et le maire, à la tu te de cinq mille citoyens armés, se chargea de maintenir la paix. Le duc assemblait tous les matins ses partisans aux Black- Friars : leurs résolutions étaient communiquées par le primat et les autres prélats aux royalistes, qui se réunissaient toutes les après-midi aux White-Friars ; et ce qui s'était passé dans le jour était soumis le soir au roi, qui résidait à Berkhamstead avec plusieurs des juges. Enfin, comme arbitre entre eux, il prononça sa sentence [24 mars], à savoir que dans le cours des deux années suivantes, il serait fondé une chapelle aux frais du duc d'York et des comtes de Salisbury et de Warwick, pour les âmes des trois lords tués à la bataille do Saint-Alban's ; que ceux qui avaient péri, et les lords qui avaient été cause de leur mort, seraient réputés fidèles sujets ; que le duc d'York payerait à la duchesse douairière de Somerset et à ses enfants la somme de cinq mille marcs, et le comte de Warwick celle de mille marcs au lord Clifford ; et que le comte de Salisbury remettrait à Percy , lord Egremont, tous les dommages qu'il avait obtenus contre lui pour

1. C'est là ce qu'on lit sur les rôles, v, 347. Nos chroniqueurs disent qu'York, Salisbury et Warwick étaient arrives près de Coventry , lorsqu'ils reçurent avis d'une conspiration contre leur vie, et qu'ils s'enfuirent immédiatement , York à Wi^inorc, Salisbury à Middleham et "Warwick à Calais. Fab. 4«2. Stow, 402.

2. Le duc d'York n'avait que 140 chevaux, le nouveau duc de Somerset 200 le comte de Salisbury 400, outre 80 chevaliers et ccuyers. Fenn 's Lettcrs, i, 151

;,Î0 IIISTOllUC h'ANtiLKTEUKE.

voies uV fait, a condition que ledit lord Hgromont prendrait nn engagement suffisant de garder la paix pendant dix années l. Le lendemain [25 mars], Henri, suivi de toute sa cour, se rendit processionnellement a Saint-Paul. En témoignage de leur réconciliation, la reine était conduite par le duc d'York; et les lords de chaque parti marchaient devant eux, en se donnant le bras comme des amis et des frères. C'était pour les assistants un spectacle qui semblait promettre la paix et la bonne harmonie ; mais aucune cérémonie extérieure ne pouvait éteindre l'ambition et la vengeance qui couvaient toujours dans leur sein'2.

Le roi, peu de temps auparavant, avait retiré la garde de la mer au duc d'Exeter, et l'avait donné pour cinq ans au comte de Warwick. Son but était probablement d'attacher au trône ce seigneur entreprenant, ou de le tenir a distance de ses confédérés. Au mois de mai [29], la nouvelle arriva a Calais, qu'une flotte étrangère de vingt-huit voiles avait été rencontrée en mer; et Warwick, avec son intrépidité caractéristique, se hâta de l'aller attaquer avec cinq grands vaisseaux seulement et cinq petits. La bataille dura depuis quatre heures du matin jusqu'à dix; et les Anglais, quoiqu'ils eussent capturé six voiles, furent forcés de rentrer a Calais avec une perte considérable 3. La flotte ou du moins les marchandises appartenaient aux citoyens de Lubeck, qui jusqu'alors avaient fait leur commerce sous la foi des traités avec l'Angleterre. Sur la plainte des parties lésées, on nomma une commission [31 juillet] pour s'enquérir des causes de l'engagement; et en conséquence Warwick fut sommé de venir au conseil a Westminster 4. l)n jour [9 nov,] qu'il sortait de la cour, une querelle s'éleva entre un de ses gens et un des domestiques du roi; peu à peu le tumulte devint plus alarmant; et le comte crut ou feignit de croire que sa vie était en danger. Il courut an nord consulter son père le comte de Salisbury et le duc d'York ; et ayant arrêté avec eux le plan de ses opérations futures, il retourna à Calais prendre son commandement5.

L'hiver se passa en préparatifs pour la lutte qui allait avoir

1. Elle est donnée tout au long dans Whethamstede, 418-4^8. Voyez aussi Rot. Pari, v, 347.

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