CHAPITRE HUITIÈME. Ô
Après plusieurs discussions, dans lesquelles chaque lord donna son opinion avec une liberté apparente , on envoya au duc les objections suivantes : 1° que lui et les lords avaient juré fidélité à Henri , et qu'en conséquence leurs serments les empêchaient , lui de faire valoir sa réclamation , et eux de l'admettre; 2° que beaucoup d'actes, passés dans divers parlements des ancêtres du roi, pouvaient être opposés aux prétentions de la maison deClarence, lesquels actes « avaient eu autorité pour détruire toute espèce de titre ; » 3° qu'il avait été fait plusieurs substitutions de la couronne aux héritiers mâles , tandis qu'il ne réclamait que comme descendant des femmes ; 4° qu'il ne portait pas les armes de Lionel , troisième fils d'Edouard III , mais bien d'Edmond , le cinquième fils ; et 6° que Henri IV avait déclaré qu'il prenait possession du trône comme véritable héritier de Henri III. Aux trois premières objections, le conseil du duc répondit que, comme * la priorité d'origine était évidemment en sa faveur, il s'ensuivait que c'était lui qui avait droit à la couronne : droit qui ne pouvait être détruit ni par des serments, ni par des actes du parlement, ni par des substitutions; que la seule substitution faite à l'exclusion des femmes était celle de la septième année du rogne de Henri IV, et qu'on n'y aurait jamais pensé , si ce prince eût réclamé la couronne d'après la loi coutumière des descendances; que la raison pour laquelle il n'avait pas pris jusqu'alors les armes de Lionel était la même que celle qui l'avait empêché de réclamer la couronne, le danger auquel une telle démarche l'aurait exposé ; et enfin que , si Henri IV s'était déclaré l'héritier légitime de Henri III, il avait affirmé ce qu'il savait n'être point vrai. Comme, toutefois, ses adversaires s'appuyaient principalement sur les serments qu'il avait prêtés , et que l'on prétendait devoir être considérés comme la renonciation a son droit de son propre fait, il soutenait qu'aucun serment contraire à la justice et à la vérité ne lie ; que la vertu d'un serment est de confirmer la vérité et non de la combattre ; et que , comme l'obligation imposée par les serments est du ressort des tribunaux spirituels , il était disposé à répondre dans toute cour de cette nature à tout homme qui opposerait son serment à sa réclamation.
Enfin les lords décidèrent que le titre du duc d'York ne pouvait être invalidé [24 oct.] ; cependant ils refusèrent de faire un pas de plus, de détrôner le roi. Pour « sauver leurs serments et décharger leurs consciences, » ils proposèrent un compromis, que Henri possédât la couronne jusqu'à la fin de ses jours , et
que le duc et ses héritiers lui succédassent a la mort de Henri. Les deux parties y consentirent. Le duc et ses deux fils, les comtes de Mardi et de Rutland, jurèrent de ne point inquiéter le roi , mais de le maintenir sur le trône, et Henri donna [31 oct.] l'assentiment royal au bill qui proclamait le duc héritier présomptif, allouait en conséquence certains domaines a lui et à ses lils, et déclarait crime de haute trahison toute tentative contre sa personne. Lors de la conclusion de cette importante affaire , le roi, la couronne sur la tête et accompagné du duc, comme héritier présomptif, alla a cheval en apparat à Saint-Paul rendre grâces a Dieu *.
Mais quoique l'infortuné monarque eût consenti à sacrifier les intérêts de son fils, ils n'en furent pas moins soutenus par la reine et par les lords restés toujours fidèles à la maison de Lancaster. Le comte de Northumberland, les lords Clifford, Dacres et Xeville, rassemblèrent une armée à York ; et le duc de Somerset et le comte de Devon se joignirent à eux avec les tenanciers de leurs comtés. Cette union alarma le parti victorieux; York et Salisbury accoururent pour prévenir leurs desseins [2 déc.] ; et quoique Somerset eût surpris l'avant- garde des yorkistes à Worksop, ils atteignirent avant Noël le fort château de Sandal [21 déc.J. Soit que le duc d'York eût été obligé d'envoyer au fourrage des détachements considérables, soit que son orgueil ne pût supporter les railleries de ses ennemis, il les combattit avec des forces inférieures, près de Wakefield, et fut ou tué dans le combat, ou pris et décapité sur le lieu même [30 déc.]. Deux mille des siens et la plupart de leurs chefs restèrent sur le champ de bataille ; et le comte de Salisbury fut pris pendant la nuit, et eut la tête tranchée le lendemain à Pontefract. Mais personne ne fut plus regretté que le comte de Rutland, qui venait d'atteindre sa dix-huitième année 2. Accompagné d'une personne aux soins de laquelle il avait été confié, il s'enfuit du combat, mais il fut
1. Rot. Pari. 375-383. D'après l'histoire de cette discussion, telle qu'elle est enregistrée sur les rôles , il est clair que les sentiments et les opinions des lords étaient favorables à Henri. Le défaut originaire de sa descendance avait été suppléé par le consentement de la nation, la possession paisible de la couronne par su famille pendant soixante ans , et les nombreux serments de fidélité prêtés par tous , même par son compétiteur. Aucune considération ne put les décider à le détrôner : tout ce que put leur arracher le parti victorieux, fut un compromis qui lui assurait la couronne sa vie durant, et ensuite l'ôtait à son fils, à qui ils n'avaient jamais juré fidélité, et la donnait à une autre branche de la famille royale.
il. Il était né le 17 mai 1443. Wyrcest. 463.