Une singulière circonstance, c'est qu'au moment même oii
1. Beaucoup d'écrivains nous disent que l'inimitié de Warwick vint de sondésappointement , causé par le mariage clandestin d'Edouard avec Elisabeth. A les en croire, le comte, à ce moment môme, était en France, où il négociait de la part du roi un mariage avec Bonne de Savoie, sœur de la reine de France ; et ayant réussi dans sa mission , il ramena avec lui le comte de Dampmartin, comme ambassadeur de Louis. Quant à moi, tout ceci me parait une fiction. I. Ou n'en trouve rien dans les historiens plus anciens. 2. Warwick, à cette époque, n'était point en France. Le 20 avril, dix jours avant le mariage, il était occupé à négocier une trêve avec les envoyés français à Londres (Rym. xi, 521y, et le 2G mai, environ trois semaines après, il fut chargé de traiter d'une autre trêve avec le roi d'Ecosse (Rym. xi, 121). 3. Il ne put pas non plus amener Damj inartin en Angleterre; car ce seigneur fut enfermé à la Bastille en septembre 1463, et il y resta jusqu'en mai 1-165. Monst. m, 9~, 109. Trois écrivains contemporains et bien informés, les deux continuateurs de Y Histoire de Croyland et Wyrcester, attribuent son mécontentement aux mariages et aux honneurs accordés aux Wydevile et au mariage de la princesse Marguerite avec le duc de Bourgogne; un quatrième nous dit tenir de la bouche d'Edouard luimême, que le soupçon du roi sur la fidélité de Warwick vint des conférences secrètes de ce seigneur avec Louis àRouen ; et un cinquième rapporte qu'Edouard avait , dans la maison du comte, attenté à la pudeur de sa nièce ou de sa fille. Grafton, 43». Voyez Cont. Hist. Croyl. 512, 555. Wyrcester, 504-510. Fragment, 299. Les Annales de Wyrcester finissent en 1468. D'après une lettre dans Fenn, h, 113, il est probable qu'il mourut en 1472.
57U HISTOIRE D'AMGLETËKRE
ce prélat et son frère étaient réunis à Calais pour célébrer ce mariage en dépit du roi, une insurrection éclata dans la partie du royaume où ils exerçaient la principale influence. La cause ostensible fut la détermination des fermiers du Yorksbire de résister à la demande de vingt-quatre gerbes de blé par ferme qu'avait faite le gardien de l'hôpital de Saint-Léonard. Cet impôt se payait depuis l'époque du roi Athelstan; et au commencement du règne dernier, où quelques personnes s'y étaient refusées, il avait été confirmé à l'hôpital par acte du parlement K Cette fois, néanmoins, lorsque les officiers essayèrent d'en lever la valeur par saisie , les paysans coururent aux armes , choisirent pour chef Robert Hilyard, communément appelé Robin de Redesdale, et menacèrent de marcher sur le midi et de réformer les abus du gouvernement. Les citoyens d'York furent alarmés par l'approche de quinze mille insurgés ; mais le comte de Northumberland, frère de Warwick, pour empêcher la destruction de cette cité, les attaqua et en fit un carnage considérable. Leur chef fut exécuté sur le champ de bataille.
3. Cette cùconstance semble absoudre un des Neville de toute part à l'insurrection ; cependant son inaction subséquente et la conduite de ses deux frères prouvent que, quelle qu'en fût la cause primitive, ils étaient disposés du moins à en tirer parti. Northumberland pouvait, s'il l'eût voulu, éteindre à l'instant cet incendie ; il le négligea jusqu'à ce que la conflagration fût devenue générale. Les rebelles, quoique repoussés, ne furent ni dispersés ni poursuivis; et au lieu du chef qu'ils avaient perdu, ils en trouvèrent deux autres de noms plus illustres et de relations plus puissantes, les fils des lords Fitzhugh et Latimer, l'un neveu, l'autre cousin germain de Warwick. Ces jeunes gens, quoique nominalement à la tête de l'armée, obéissaient en réalité à sir John Conyers, vieil officier expérimenté. La réclamation de l'hôpital était oubliée : leur but avoué était de se réunir au comte de Warwick, afin de pouvoir, d'après son avis, chasser des conseils du roi les Wydevile, auteurs des taxes qui appauvrissaient la nation et des calamités qui l'accablaient. Au nom de Warwick, ses tenanciers accoururent de tous côtés , et en peu de jours le nombre des insurgés se montait, dit-on, à soixante mille hommes2.