‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 497 sur 563 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

A la première nouvelle de l'insurrection du ïorkshire, Edouard avait convoqué ses vassaux; et dans l'intervalle, ayant visité les monastères du Suffolk et du Norfolk, il fixa son quartier général au château de Fotheringay. Là, l'approche des insurgés, leur nombre croissant et leurs menaces de vengeance, causèrent de vives alarmes, et il fut résolu que les Wydevile quitteraient l'armée et se cacheraient dans leurs différentes résidences. De Fotheringay, le roi marcha sur Newark; mais, effrayé des signes de désaffection qu'il remarquait partout, il revint au château de Nottingham. Là [9 juillet] il expédia des lettres écrites de sa propre main à son frère Clarence, au comte de Warwick et à l'archevêque, lès requérant de se rendre en toute hâte auprès de lui à Nottingham, avec l'escorte qui les accompagnait d'ordinaire en temps de paix. Dans son billet à Warwick, il ajoutait ces paroles significatives : « Et nous ne croyons pas que vous soyez envers nous dans des dispositions telles que le bruit en court ici, considérant la confiance et l'affection que nous vous portons. Et, cousin, ne croyez rien sinon que vous serez le bienvenu1. » Mais les seigneurs sur l'attachement et les services desquels il fondait ses principales espérances étaient les lords Herbert et Stafford, récemment créés comtes de Pembroke et de De von. Le premier, qui avait réduit le fort château de Hardlough, accourut de Gattes au secours de son souverain avec huit mille hommes ; le dernier, avec cinq mille, le rejoignit à Banbury ; mais une malheureuse querelle au sujet des quartiers irrita le nouveau comte de Devon,

à Edouard : « Au roi, notre souverain seigneur, expose et se plaint lamentablement à votre altesse votre humble et dévouée femme li pe Jacquette, duchesse deBedford... que lorsqu'en tout temps elle a cru et croit encore véritablement en Dieu conformément à la foi de la sainte église, comme une vraie chrétienne doit le faire, cependant Thomas Wake, esq... a soulevé contre elle un bruit commun et accusation de sorcellerie dans une grande partie de votre royaume, en tant que ledit Wake a fait apporter à Warwick , la dernière fois nue vous y étiez, souverain seigneur » (il était alors sous la garde de Clarence, de Warwick et de l'archevêque), < à divers lords qui étaient présents, une image de plomb faite comme un homme d'armes, de la longueur d'un doigt d'homme, et brisée au milieu, et raccommodée par un til de métal, disant qu'elle avait été faite par votre pétitionnaire, pour employer la susdite à la magie et à la sorcellerie; tandis qu'elle, ni personne pour elle ou par elle, ne la vit jamais, Dieu le suit.» Comme de raison, le roi reconnut son innocence. Rot. Pari, vi, -232. J'ai mentionné ce fait, afin que le lecteur voie sur quels fondements frivoles ces accusations s'intentaient , et combien les plus hauts personnages avaient à cœur de s'en défendre.

1. Fenn. n, 40. Les lettres sont datées de Nottingham, 9 juillet, sans l'année. Je les ai placées eu 11G9, parce que Edouard était alors à Nottingham; Clarence, Warwick et l'archevêque étaient ensemble à Calais, et conséquemment pouvaient recevoir des lettres par les mêmes messagers; et effectivement tous trois se rendirent auprès du roi quelques semaines après Voyez Cont. Hist. Croyl. m

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qui se retira dans une autre ville, à douze milles de distance. Un fort parti d'insurgés saisit cette occasion d'attaquer le jour suivant [26 juillet], à Edgecote, les royalistes, qui, sans archers et abandonnés de leurs amis les Gallois, offrirent une victoire facile à leurs nombreux ennemis. Cinq mille d'entre eux et leur chef périrent, dit-on, sur le champ de bataille. Pendant la poursuite, les vainqueurs découvrirent le comte Rivers et sir John Wydevile, le père et le frère d'Elisabeth, dans la forêt de Dean. Ils furent saisis, menés à Northampton , et exécutés par Tordre réel ou prétendu de Clarence et de Warwick [12 août]..Devon même ne fut pas plus heureux : il fut décapité plus tard [17 août] a Bridgewater, les uns disent par ordre du roi, pour se venger de la perte de la bataille; les autres, avec plus de probabilité, par le peuple en fureur, qui le haïssait comme ami des Wydevile1.

4. Clarence, Warwick et l'archevêque avaient précédemment débarqué en Angleterre, et emmenant l'archevêque de Canterbury, ils allèrent à la recherche du roi, qu'ils trouvèrent a Olney, plongé dans la plus profonde douleur par la défaite de Pembroke, le meurtre des Wydevile et la désertion de ses amis. A la première entrevue, ils l'abordèrent avec tous les témoignages de respect que le sujet doit au souverain; et Edouard , trompé par ces«apparences, leur exposa franchement ses soupçons et son mécontentement. Mais son imprudence fut bientôt réprimée par la découverte qu'en réalité il était leur prisonnier ; et il se hâta d'accepter des excuses qu'il eût été dangereux de refuser. Le peu de royalistes qui étaient restés avec le roi se dispersèrent sans la permission de Warwick : sur son ordre, les insurgés retournèrent chez eux chargés de butin, et Edouard accompagna les deux frères à Warwick, d'où, pour plus de sûreté, il fut envoyé à Middleham sous la garde de l'archevêque2.

1. Voyez Cont. Hist. Croyl. 543, 551. Fragment, 300, 301. Stow, 422.

2. Cont. Hist. Croyl. 543, 551. Les écrivains modernes ont repoussé avec dédain la captivité d'Edouard. Hume dit que les documents la contredisent. Carte et Henry la déclarent incroyable et romanesque. Mais, quand cela serait, ils auraient dù expliquer ce qui, en ce cas, serait plus inconcevable, la mention qu'en font presque tous les écrivains du temps, étrangers ou nationaux, même Commines (m, 4), oui dit tenir les principaux incidents de l'histoire d'Edouard de la bouche d Edouard lui-mème,et l'annaliste de Croyland (551), qui était fort avant dans la confiance de ce monarque. Les arguments de Hume sont 1° que les documents dans Rymer ne laissent aucun intervalle pour l'emprisonnement d'Edouard en 1470; et 2° qu'il n'en est pas fait mention, comme on l'eût fait, s'il avait eu lieu, dans la proclamation d'Edouard contre Clarence et Warwick, de la même année. Mais, en premier lieu, il s'est mépris sur la date de l'emprisonnement, qui ne futpasen 1470, mais en 1469 (eà aatatequœconUngebatanno nonorcgis,qui eratannus Domini 1469. Cont. Croyl. 551); et en second lieu, la proclamation

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L'Angleterre présentait en ce moment le spectacle extraordinaire de deux rois rivaux, tous deux emprisonnés, Henri h la Tour, Edouard dans le Yorkshire. Quelles que fussent les intentions de Warwick, elles furent déjouées par les amis de Henri, qui profitèrent de l'occasion pour déployer son étendard dans les marches d'Ecosse, sous les ordres de sir Humphrey Neville1. La conduite du comte prouva que les soupçons que Ton avait eus de sa connivence avec les partisans de ce monarque étaient sans fondement. 11 somma tous les hommes liges d'Edouard de s'opposer aux rebelles; mais on ne tint pas compte de «es sommations, et on refusa de combattre pour la défense d'un prince dont on ignorait la destinée. Il jugea donc nécessaire de montrer le roi en public à York, après avoir obtenu de lui l'office de justicier des Galles du sud, et toutes les autres dignités qu'avait le feu comte de Pembroke [17 août]. D'York il marcha au nord, défit les lancastriens , et conduisit leur chef a Edouard, qui le condamna à perdre la tête sur l'échafaud. Par quels arguments ou quelles promesses le roi recouvra sa liberté, nous l'ignorons. On signa un traité secret : il revint dans la capitale accompagné de plusieurs lords du parti, et son retour fut salué de ses amis comme une sorte de miracle. On convoqua un conseil de pairs [6 nov.] dans lequel, après mainte négociation, Clarence et son beau-père consentirent à justifier leur conduite. Edouard accepta leur apologie avec une satisfaction apparente, et on prononça une amnistie générale en faveur de tous ceux qui avaient porté les armes contre le roi depuis le premier soulèvement du Yorkshire sous Robin de Redesdale, jusqu'à l'époque où ils avaient été congédiés par le comte de Warwick à Olney2.

ne devait point en parler, attendu qu'elle se borne à l'énumération des seules offenses qui avaient été commises après le pardon à eux accordé à Noël 146!) (Rot. Pari, vi, 233). Mais il existe un document qui met la réalité de l'emprisonnement hors de doute, la condamnation de Clarence dans laquelle le roi enumère parmi ses offenses, d'avoir compromis la royale dignité, personne et vie du roi en étroite garde, le privant par là de toute sa liberté, après avoir occasionné de grandes commotions. » îlot. Pari, VI, 193. Je dois ajouter que dans les documents de Rvmer pour 1469, il y a un intervalle suffisant de trois mois du 12 mai au 17 août, époque qui est précisément celle assignée à l'insurrection et à l'emprisonnement.

1. Sir Humphrey avait échappé à la défaite de Hexham en 1464, et s'était caché fendant cinq ans dans une caverne qui donnait sur la rivière de Derwent. Year-book, Ter. Pasch. 4. Ed. IV, 20.

2. L'explication que l'on donne généralement de l'évasion d'Edouard, est que l'archevêque lui permettait de chasser, et qu'un jour qu'il se livrait à cet exercice, il fut enlève par ses amis fHall, 203). La mienne est fondée sur l'autorité préférable de l'historien de Croyland, qui, tout en considérant la délivrance du

5. Elisabeth n'avait pas encore donné de fils a son mari , et quoique leur fille aînée ne fût âgée que de quatre ans, Edouard prit dans cette assemblée l'avis des lords sur répoux qu'il devait i choisir à la jeune princesse. Pour sa part , il désirait de la donner à George, fils du comte de Northumberland et héritier présomptif des trois Neville. Son choix fut unanimement approuvé;

et le jeune seigneur, pour que son rang fût plus près de celui de sa future, fut créé duc de Bedford. Deux suppositions ont expliqué cette mesure extraordinaire : l'une, que le roi, alarmé du mariage de son frère et de la fille de Warwick, cherchait à élever un intérêt nouveau et opposé dans la famille; l'autre, que, comme prix de sa délivrance, il avait promis de donner sa fille à ce jeune seigneur, fils d'un frère qui ne l'avait jamais offensé, et neveu des deux frères qui le tenaient en prison. i

6. Ceux qui n'étaient pas dans la confidence des partis crurent leur réconciliation sincère. Pour plus de sûreté, on accorda a Clarence et à Warwick le pardon de toutes les offenses commises avant la fête de Noël ; et en conséquence du rétablissement de la paix dans le royaume, on fit la proposition d'envahir la France de concert avec le beau-frère du roi, le duc de Bourgogne. [1470.] Les ambassadeurs français, qui étaient venus probablement pour prendre connaissance de l'état des différents partis, furent tellement trompés, que Louis XI, par suite de leurs rap- ! ports, publia un ordre à tous ses sujets de le rejoindre en armes

le 1er mai , afin d'être prêts à repousser l'invasion dont il était menacé1. Cependant, sous cette apparence de bonne harmonie, la méfiance et le ressentiment s'aigrissaient dans les cœurs, et un singulier incident prouva combien il fallait ajouter peu de foi aux protestations faites de part et d'autre. L'archevêque avait invité le roi à se trouver avec Clarence et Warwick à une fête qu'il

roi comme presque miraculeuse, affirme néanmoins qu'elle eut le eonsentenieDt exprès de Warwick. Prêter omnem spem penè miraculosè non tàm evasit, quant de expresso ipsius comitis consensu dismissus est, p. 551. Stow mentionne les promesses d'Edouard, et dit qu'il resta à York jusqu'après l'exécution de sir Humphrey Neville, p. 421. Il y a dans Fenn une lettre sans date qui, je crois, se rapporte à cette époque. Elle relate le retour du roi d'York à Londres en compagnie de l'archevêque, qui, toutefois, n'eut pas la permission d'entrer avec lui dans la capitale, mais reçut l'ordre de rester au Moor, sa résidence dans le Hertfordshire. Le comte d'Oxford, lancastrien, fut traité de la même manière. — « Le roi, » ajoute l'écrivain, parle bien lui-même des lords de Clarence et de Warwick, et de my lords d'York et d'Oxford, disant que ce sont ses meilleurs amis, mais les pens de sa maison tiennent un autre langage, de sorte que ce qui arrivera bientôt je ne saurai le dire. >• Fenn, i, 994.

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