CHAPITRE NEUVIÈME
voulait donner à sa résidence du Moor , dans le Hertfordshire. Comme Edouard se lavait les mains avant le souper, John Ratclifte, depuis lord Fitz-Walter, lui dit à l'oreille que cent hommes armés étaient en embuscade pour le surprendre et le mener en prison. Sans s'informer si ce renseignement était fondé, il gagna la porte, monta sur un cheval, et s'enfuit précipitamment à Windsor [février]. Ce brusque départ réveilla toutes les anciennes dissensions : il se tint de nouvelles conférences au château de Baynard, sous la médiation de Cécile, duchesse d'York, mère du roi, et il s'effectua une nouvelle réconciliation aussi peu sincère que toutes celles qui l'avaient précédée1.
7. Durant ces conférences, il éclata dans le Lincolnshire une insurrection, dont le roi ne put d'abord découvrir ni l'objet réel ni les auteurs. Les habitants , provoqués par les exactions des officiers de la maison du roi, prirent les armes, chassèrent du comté sir Robert Burgh, pourvoyeur, brûlèrent sa demeure et pillèrent ses domaines. Cette violence et la crainte du châtiment les attachèrent plus fortement les uns aux autres, et enhardirent sir Robert Welles, instigateur réel du soulèvement, à se mettre ouvertement à leur tête. Le roi, à la grande surprise de ses amis 2, donna commission au duc et au comte de lever des troupes pour son service ; et avant de quitter Londres, manda devant le conseil le lord Welles, père de sir Robert, et sir Thomas Dimock, le champion. Us hésitèrent, obéirent à la sommation, puis s'enfuirent dans un sanctuaire, et ensuite, sur une promesse de pardon, revinrent à la cour. Edouard exigea que lord Welles usât de son autorité paternelle, et commandât à son fils de se mettre à la merci du roi ; mais le jeune homme reçut en même temps des lettres de Warwick et de Clarence, qui l'exhortaient à persévérer, et lui assuraient une prompte et puissante assistance. Quand le roi eut atteint Stamford, et vit que sir Robert était encore en armes, il ordonna, au mépris de sa promesse, de décapiter le père et Dymock ; puis il envoya upe seconde sommation à sir Robert, qui répondit avec indignation qu'il ne se fierait jamais à la perfidie de l'homme qui avait assassiné son père. Cette réponse,
1. Fragment, 302. Fab. 499. L'auteur du Fragment est singulièrement malheureux dans ses dates. 11 place cet incident dans Tannée actuelle, après Pâques. Cependant il est évident, d'après les documents authentiques et les événements subséquents, que si tant est qu'il eut lieu, ce dut être avant le Carême.
2. Rym. xi, 652. Sir John Paston dit dans une de ses lettres : « My lord de "Warwick, à ce qu'on suppose, ira avec le roi dans le Lincolnshire : les uns disent que sa visite fera du bien, les autres qu'elle fera du mal. » Fenn, il, 32.
toutefois, était dictée par la vengeance et le désespoir. Le roi attaqua les insurgés à ErpinghamdansleRutlandshire [12 mars]; son artillerie faucha leurs rangs; leurs chefs furent pris; et tandis qu'on renvoyait les prisonniers vulgaires, sir Thomas Delalaunde et sir Robert Welles payèrent leur révolte de la tête [15-19]. Avant leur exécution, ils avouèrent qu'ils avaient soulevé les habitants du Lincolnshire pour favoriser les desseins du comte et du duc, dont l'objet était de placer Clarence sur le trône; que, durant l'insurrection, ils avaient été guidés par les conseils de ces seigneurs ; mais qu'ils avaient combattu contrairement a leurs instructions, qui portaient que, s'ils laissaient avancer le roi, ils pouvaient s'attendre à être rejoints dans un ou deux jours par Warwick avec vingt mille hommes *. Le comte de Worcester avait été nommé lord connétable ; et sous ce cruel seigneur le lord Willoughby eut la tète tranchée à York, et plusieurs chevaliers et gentilshommes subirent les supplices les plus barbares et les plus ignominieux2.
Par la défaite prématurée des insurgés du Lincolnshire, Clarence et Warwick se trouvèrent dans une situation des plus critiques. Ils s'étaient proposé de rejoindre sir Robert Welles le lendemain : se voyant maintenant hors d'état d'en venir aux mains avec le roi, ils s'avancèrent vers le Yorkshire, après avoir ordonné par une proclamation à tout homme pouvant porter les armes de se joindre à eux sous peine de mort 3. Le roi était à Doncaster, à vingt milles de distance, quand ils atteignirent Esterfield ; et ayant disposé ses forces pour les recevoir \%0 mars], il envoya le roi d'armes les sommer de comparaître devant lui, et de se justifier des offenses qui leur étaient imputées. Ils se dirigèrent immédiatement a l'ouest, et marchèrent sur Manchester, pour solliciter l'assistance du lord Stanley, qui avait épousé la sœur de Warwick. Le manque de vivres empêcha l'armée royale de les poursuivre, et Edouard, se rendant à York en toute hâte, publia une proclamation [23 mars], dans laquelle il énumérait leurs offenses, mais les exhortait a rentier dans le ^
1. Rot. Pari, vi, 44. « Comme le dit sir Robert Welles, etc., ont ouvertement confessé et exposé devant sa dite altesse, les seigneurs de son sang, et la multitude de ses sujets qui servaient dans son armée à cette époque... ce qu'ils affirmèrent être vrai à leur mort, sans y être forcés, poussés ou invités à faire. > Ihid. p. m. La confession de sir Robert existe encore. Excerpt. Hist. 282.
9. Je ne blesserai pas la sensibilité du lecteur en rapportant les cruautés mentionnées par Stow, 499.