CHAPITRE NEUVIÈME
cacher dans un bois; son frère Montague périt aussi, soit qu'il se fût offert bravement au glaive des ennemis, soit qu'en prenant la livrée d'Edouard il eût excité le ressentiment de son propre parti. Le duc d'Exeter fut laissé pour mort; mais, dans la soirée , ses serviteurs le trouvèrent respirant encore, et le transportèrent au sanctuaire de Westminster. De tous les chefs lancastriens, il n'en échappa que deux , le duc de Somerset et le comte d'Oxford , qui rejoignirent le comte de Pembroke dans les Galles, et continuèrent de braver la puissance des yorkistes. Edouard avait perdu les lords Cromwell et Say, et le fils du lord Berners1. Beaucoup d'écrivains portent le nombre des morts à plusieurs milliers ; un des Paston, qui était à cet engagement, le réduit à mille ou onze cents 2. Pour Edouard, la mort de Warwick était plus importante qu'aucune victoire. Ce seigneur, par une longue suite de succès, avait acquis le surnom de faiseur de rois, et le vulgaire superstitieux croyait que la cause qu'il soutenait devait finir par triompher. Son corps et celui de son frère Montague furent publiquement exposés [15 avril] pendant trois jours dans l'église de Saint- Paul, puis déposés parmi les cendres de leurs pères dans l'abbaye de Bilsam. Edouard entra en triomphe dans la ville , fit reconduire l'infortuné Henri à sa cellule de la Tour, et reprit l'exercice de l'autorité souveraine 3. Mais il ne lui fut pas longtemps permis de se livrer au repos ou aux plaisirs. Il avait combattu à Barnet le dimanche ; le vendredi , il fut rappelé sur le champ de bataille [19 avril]. La reine Marguerite , que le mauvais temps avait retenue plusieurs semaines sur la côte de France, s'était enfin embarquée à Harfleur ; mais ses espérances furent de nouveau trompées par la violence du vent, et trois semaines s'écoulèrent avant qu'elle abordât avec un corps d'auxiliaires français à Weymouth. C'était le jour même de la bataille de Barnet. Elle était à peine remise de la fatigue du voyage , qu'un messager arriva avec la fatale nouvelle. Tout son espoir fut aussitôt détruit ; elle s'évanouit de désespoir, et, dès qu'elle revint à elle-même, elle courut avec son fils au sanctuaire de Beaulieu. Mais les lords lancastriens qui restaient toujours fidèles à la cause l'engagèrent à quitter son asile , la conduisirent à Bath, et levèrent un corps
1. Cont. Croyî. 555. Lel Coll. 504, 505. Hall, 217, 218. Fab. 504.