CHAPITRE NEUVIÈME
Téglise ; mais un prêtre, l'hostie en main, courut à la porte et refusa d'en quitter le seuil jusqu'à ce que le roi eût donné à regret la promesse d'épargner la vie de tous ceux. qui s'étaient réfugiés dans l'enceinte. La promesse fut observée pendant deux jours : le troisième [6 mai], un corps d'hommes armés s'élança dans l'église, se saisit du duc de Somerset, du lord de Saint-John's, de six chevaliers et de sept écuyers, les traîna devant les ducs de Gloucester et de Norfolk, et, sur leur ordre, abattit la tête des victimes».
Il ne restait qu'une personne dont l'existence pût donner de l'inquiétude à Edouard. Tant que le fils vivait pour réclamer la couronne de son père, le sang de Henri ne valait pas la peine d'être versé ; mais k présent que le jeune prince n'était plus, faire disparaître le vieux roi, c'était ôter la dernière tentation à ses adhérents, dont l'attachement pour leur ancien souverain paraissait croître en proportion du déclin de sa fortune. Il ne s'était écoulé qu'une semaine depuis la bataille de Tewksbury, lorsque le bâtard de Falconberg, qui avait été vice-amiral de Warwick , et qui commandait une flotte d'aventuriers, fit une tentative hardie pour délivrer de la Tour le royal prisonnier [12 mai] . Débarquant à Blackwall, et appelant à son aide les communes de l'Essex et du Kent, il marcha à l'attaque de la.cité, brûla Bishopsgate, et s'empara même d'Aldgate; mais après une lutte longue et sanglante, il fut repoussé jusqu'à Stratford. Cependant il persévéra ; il somma ses troupes de le rejoindre de nouveau à Ulackheath [17 mai], et tout était disposé pour un second assaut, lorsque rapproche d'Edouard avec une armée victorieuse l'avertit de regagner ses vaisseaux. 11 est probable que cette hardie mais infructueuse tentative scella le destin de l'infortuné captif. Le mardi [21 mai], dans l'après-midi, le vainqueur fit son entrée triomphale à Londres ; le lendemain, vers la même heure, le cadavre de Henri fut exposé dans Saint-Paul. Pour satisfaire les gens crédules, on rapporta, comme on l'avait autrefois dit de Richard, qu'il était mort do chagrin. Mais si Edouard pouvait fermer la bouche à ses sujets, il ne pouvait rien sur leurs pensées ni sur leurs plumes2; et les écrivains qui vécurent 90us la