‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 52 sur 563 · Brady, Hiei. m. App. n° 33. Rym. n · texte numérisé non relu

Brady, Hiei. m. App. n° 33. Rym. n

(58 IIISTOIKE DWNGLETEUUE.

conférences qui suivirent , les deux partis , quoique opposés en apparence, avaient les mômes intérêts et les mômes vues : une forme de paix (on rappelait ainsi) fut promptement arrangée; et aux anciennes dispositions des chartes, on annexa les fort importantes additions suivantes : — « Aucune taille ou aide ne sera » désormais établie ou levée par nous ou nos héritiers dans notre » royaume, sans la bonne volonté et le commun assentiment des » archevêques, évôques et aulres prélats, des comtes, barons, » chevaliers, bourgeois et autres hommes libres de notre royaume. » Aucun de nos officiers, ou des officiers de nos héritiers, ne » prendra le blé, la laine, les cuirs ou autres biens meubles d'au- » cune personne quelconque, sans la bonne volonté et l'assenti- » ment du propriétaire de ces biens. — Rien dorénavant ne sera » prélevé sur le sac de laine, sous le nom ou prétexte de mauvais » péage. Nous voulons aussi et accordons pour nous et nos lié- » ritiers que tous ces hommes, tant clercs que laïques, de notre » royaume, aient leurs lois, libertés et libres coutumes, aussi li- » brement et entièrement qu'en tout temps où ils les ont eues lo » mieux; et si aucuns statuts ont été faits ou aucunes coutumes » introduites par nous ou nos ancêtres, qui leur soient contraires » ou à aucun article de la présente «charte, nous voulons et ac- » cordons que ces statuts et coutumes soient nuls é^vains pour » toujours. — Nous avons de plus remis au comte connétable et » au comte maréchal, et a tous leurs associés, et a tous ceux qui » ne nous ont pas accompagné en Flandre, toute rancune et tout » mauvais vouloir, et toute espèce d'offenses qu'ils peuvent avoir » commises contre nous ou les nôtres avant la rédaction de cette » présente charte. — Et pour plus d'assurance de ceci, nous vou- » Ions et accordons, pour nous et nos héritiers, que tous le9 ar- » chevêques et évêques d'Angleterre a jamais , deux fois Tan , » après la lecture de cette charte dans leurs églises cathédrales , » excommunient et fassent excommunier dans leurs églises pa- » roissiales tous ceux qui feront ou feront faire sciemment aucune » chose contre la teneur, la force et l'effet d'aucun article contenu » dedans1. » %

1. Siat of Reahn, i, 25. Heming. 141. Quoique Hcmingford appelle ces demandes articuli inserti in*Magn;l (.'hartâ, et qu'elles aient toujours été imprimées dans le Statute Book, comme statutum de tallagio non concedendo, je ne vois pas qu'elles aient été confirmées par le roi dans cette forme particulière. 11 est à observer toutefois que leur compilateur adapta son langage au changement dans la. composition du parlement. Dans la charte de Jean les taxes ne doivent pas être levées, nisi per commune consilium regni : dans ces articles, sine voluutate

CIIAI'ITIIE l'HKJIIKIl. W

La plus importante de ces demandes, celle par laquelle on invitait la couronne à renoncer au droit de lever des taxes sans le consentement de la nation, avait déjà été consentie par Jean dans la Magna Charta. Mais cette concession paraissait alors si attentatoire à la prérogative royale, que, lors de la confirmation de la charte dans la première année du règne de Henri III, elle avait été réservée pour un examen ultérieur ; et ce monarque et son fils avaient jusque-la réussi à la tenir en suspens par des délais et des évasions. Mais maintenant [oct.] ce système de délais eut été dangereux. Dès que le parlement s'assembla, le prince signa deux actes, dont l'un confirmait les deux chartes, l'autre accordait, mais dans des termes et un ordre différents, toutes les concessions demandées par les barons. En outre, pour leur sécurité, il les prenait individuellement sous sa protection, et les lords du conseil s'engageaient a les garantir des efïels du ressentiment royal. En retour, une aide en argent fut accordée par le clergé et les laïques, et on écrivit au roi une lettre collective, qui lui assurait que ses fidèles barons étaient prêts, sur un mot de lui, à le rejoindre en Flandre ou a marcher contre ses ennemis d'Ecosse ; mais qui requérait en même temps , et d'un ton de défi , sa ratification des actes faits par son fils avant le 6 décembre. 11 en coûta bien des combats h l'esprit hau'ain d'Edouard avant qu'il put se soumettre : trois jours se passèrent en délibérations et plaintes inutiles : mais enfin il signa avec répugnance [5 nov.] la confirmation des deux chartes avec les articles additionnels, et un pardon séparé pour les comtes et leurs adhérents1.

C'était peut-être la plus importante victoire qui eût été jusquelà remportée sur la couronne. En investissant le peuple du droit exclusif de lever les subsides, elle lui donnait le pouvoir de prévenir les folles dépenses de ses monarques et de réprimer leur despotisme. Quelque méfiance qu'on pût entretenir des intentions d'Edouard , sa conduite eut d'abord l'apparence de la sincérité [14 mars 1298]. Dès qu'un armistice eut été conclu entre lui et

et assensu communi archiepiscoporum, episcoponun et aliorum pnelatorum, comitura, baronum, militum, burgensium et aliorum liberorum honiinum de regno nostro. Mais dans la charte signée d'abord par le prince et ensuite par le roi, on adopte un autre langage — fors que par connin assent de tut le royaume et a comun profit de meisme le roiaume. Stat. 123.

1. Brady, m. App. n* 34. Knyght. 2523-2524. Heming. 138-143. West. 431. Wals. 73, 74. Stat. of Reaïm, i. 114-126. Dans le Rapport des Lords (227 1, on met en doute si le don d'argent était un don du parlement. Mais voyez Pari. IVrits, i. 63, 04.

70 HISTOIRE D'ANGLETEKKE.

le roi de France, il revint en Angleterre, et nomma des commissaires pour s'enquérir des saisies illégales qui avaient été faites avant son départ [U avril]. Elles furent divisées en deux classes. Lorsque les officiers avaient agi sans mandat (warrant), ils durent indemniser à leurs propres dépens les personnes lésées : lorsque les biens meubles avaient été saisis sur ordres royaux , leurs valeurs devaient être certifiées dans l'échiquier, et prompt payement être fait1. Cependant on le soupçonnait toujours de n'attendre qu'un moment favorable pour annuler les concessions que la nécessité lui avait arrachées ; et l'on disait tout bas qu'avec ses amis intimes il avait ri d'elles comme n'étant d'aucune valeur, attendu qu'elles avaient été faites dans un pays étranger , où il n'avait aucune autorité. Quand il parut à son parlement d'York [25 mai] , les comtes de Hereford et de* Norfolk le requirent do ratifier sa confirmation des chartes. Il objecta la nécessité de marcher promptement contre les Ecossais, promit solennellement de faire droit à leur requête à son retour, et il fit avancer l'évêque de Durham et trois comtes , qui jurèrent « sur son âme » qu'il remplirait ses engagements2. La victoire de Falkirk [9 mars 1299] et une longue suite de succès donnèrent du lustre a ses armes; mais quand le parlement s'assembla l'année suivante, on rappela au roi sa promesse. Dans sa répugnance, il employa toute espèce d'artifices pour tromper la vigilance ou épuiser la patience des deux comtes. 11 se relira en colère du parlement : il revint et proposa des modifications ; a la fin il ratifia ses premières concessions, mais avec l'addition d'une clause qui , en réservant les droits de la couronne , annulait virtuellement toutes les dispositions favorables aux sujets3. Bohun et Bigod partirent aussitôt avec leurs adhérents ; et le roi, pour s'assurer des sentiments du peuple, ordonna aux shériffs d'assembler les citoyens dans le cimetière de Saint-Paul, et de leur lire la nouvelle confirmation des chartes. La lecture fut interrompue à plusieurs reprises par des cris d'approbation ; mais quand on en vint à la clause captieuse, l'air retentit d'expressions de mécontentement, et on fit pleuvoir des malédictions sur la tête du prince , qui avait ainsi deçu les espérances de son peuple [10 avril]. Edouard prit l'alarme, convoqua un nouveau parlement à trois semaines de là [3 mai] , ac-

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