CHAPITRE NEl'VIÈMK. ;,î
rent été mutuellement échangées, on jeta un pont sur la Somme à Péquigny, près d'Amiens , et on y éleva doux loges séparées par une grille de bois. Ce fut la qu'eut lieu l'entrevue des deux monarques, qui se prirent la main à travers la grille et jurèrent sur le missel d'observer leurs engagements. Ils entrèrent alors en conversation familière, et Louis, inconsidérément, invita son nouvel ami h venir à Paris. Edouard, avide de plaisirs, ne refusa pas, et il fallut toute l'adresse du monarque français pour ajourner la visite à une époque indéterminée. Les rois anglais, fit-il observer ensuite à ses confidents, avaient trop pris l'habitude de visiter la France; il les aimait mieux de l'autre côté de l'eau1.
Toutes les conditions immédiates du traité furent fidèlement remplies. Edouard reçut l'argent au jour marqué, et se mit aussitôt en marche vers la côte ; la trêve fut publiée et prolongée jusqu'à un an après la mort de l'un ou l'autre roi ; la pension annuelle et la somme stipulée pour la rançon de la reine Marguerite furent exactement payées ; Edouard renonça à tout pouvoir sur cette princesse comme sa captive, et Louis s'engagea à ne jamais faire aucune demande en sa faveur [13 nov.] ; elle-même, après avoir été remise aux commissaires français à Rouen, signa une renonciation formelle a tous ses droits comme reine douairière d'Angleterre2 [29 janvier 1476]. Les deux rois se félicitèrent du résultat de l'expédition. Edouard non-seulement avait rempli ses coffres, mais s'était assuré un subside annuel; Louis, par une dépense comparativement petite, avait évité une guerre dangereuse et converti un ennemi puissant en allié fidèle. Pour obtenir cet avantage, il avait acheté les services d'un grand nombre de membres du conseil anglais, qui n'hésitèrent pas h imiter l'exemple de leur souverain. Le lord Hastings, principal favori d'Edouard, et le chancelier, acceptèrent des pensions annuelles de deux mille couronnes chacun, et douze mille de plus furent distribuées annuellement au marquis deDorset, aux lords Howard et Cheney, à sir Thomas Montgomery, Thomas Saint-Léger et quelques autres. La plupart d'entre eux n'eurent pas honte de se reconnaître pensionnaires du roi de France. Le lord Hastings seul, quoiqu'il eût accepté l'argent avec avidité, ne put jamais se décider à en signer un reçu3.