CHAPITRE DIXIÈME
| « Vive le roi Richard ï » mais ils se regardèrent les uns les autres dans un étonnement silencieux; et le prédicateur, s'étant haté d'achever son sermon, se sauva chez lui. On dit que depuis lors il n'osa plus passer le seuil de sa maison, et qu'il dépérit de honte et de remords *.
Richard, toutefois, ne se découragea point de cet échec; mais il confia sa cause a l'éloquence d'un plus noble avocat. Le mardi suivant [24 juin], le duc de Buckingham, accompagné de plusieurs lords et gentilshommes, harangua les citoyens des hustings de Guildhall. Il leur rappela la tyrannie d'Edouard, les sommes qu'il avait extorquées sous le nom de don gratuit, et les familles dont il avait fait le malheur par son libertinage. Il saisit alors cette occasion de faire allusion au sermon qu'ils avaient entendu le dimanche précédent, à l'histoire du mariage antérieur du roi avec lady Boteler, a son union subséquente avec lady Grey, et à l'illégitimité des enfants nés de ce prétendu mariage. Il ajouta qu'évidemment le droit à la couronne appartenait à Richard, duc de Gloucester, seul descendant véritable du duc d'York, et que les lords et les communes des comtés du nord avaient juré de ne jamais se laisser gouverner par un bâtard. Contre son attente, les citoyens gardaient toujours le silence : il les requit enfin de répondre s'ils étaient ou non pour le protecteur; et quelques personnes, payées à cet effet, et qui se tenaient au fond de la salle, ayant jeté leurs bonnets en l'air et crié, « le roi Richard, » le duc remercia l'assemblée de son assentiment, et l'invita h l'accompagner le lendemain au château de Baynard, qui était en ce moment la résidence du duc de Gloucester2. Dans la matinée [25 juin], Buckingham, avec beaucoup de
! lords et de gentilshommes, et Shaw, le lord maire, avec les principaux citoyens, se rendirent au palai-, et demandèrent une audience3. Le protecteur feignit d'être ï urpris de leur arrivée ;
1. More, 60, 61. Ce sermon est contesté par l'auteur des Boutes historiques. Que plusieurs des discours rapportés par sir Thomas More soient de purs exercices de rhétorique, cela est bien probable ; mais il ne l'est pas moins qu'en citant ce sermon public et célèbre, qui était encore dans le souvenir de beaucoup de ses lecteurs, il en a dû conserver au moins la substance. La principale partie de sa narration est de plus corroborée du témoignage de Fabyan (p. 514, 515),
. qui probablement était présent. A l'objection que le protecteur vivait amicalement avec sa mère, et n'aurait pas permis qu'on la flétrît, on peut repondre qu'il n'existe aucune preuve satisfaisante de cette amitié , et que l'homme capable de répandre le sang de deux neveux pour obtenir la couronne ne devait pas refuser la permission de calomnier la réputation de sa mère dans le même but.