‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 61 sur 563 · CHAPITRE PREMIER. TU · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. TU

recevant de lui un démenti, il tua le traître». Ce conte romanesque fut longtemps cru du peuple dans sa reconnaissance et sa partialité; mais des écrivains plus récents de la même nation onl prouvé que dans toutes ses circonstances cette version est susceptible de fortes objections , et que dans beaucoup elle est contredite par des preuves satisfaisantes. On ne peut guère douter que ce ne soit une fiction inventée a dessein pour laver de cette tache de sang le caractère de Robert Ier, et pour justifier un acte qui amena le recouvrement de l'indépendance écossaise.

Edouard fut plus irrité qu'alarmé de cette nouvelle. Qu'un meurtre aussi odieux pût détruire son autorité, cette idée n'entra jamais dans son esprit ; mais , affaibli comme il Tétait par les années et la maladie, il envisageait avec répugnance la possibilité d'une guerre. Son lieutenant, Aymar de Valence , comte de Pembroke , reçut Tordre [5 avril] de châtier Taudace de Bruce , et toute la jeune noblesse d'Angleterre fut appelée à recevoir, en compagnie du prince Edouard, Tordre de la chevalerie [6 avril]. Il admit les plus distingués dans le palais [22 mai]; pour loger les autres , on dressa des tentes dans les jardins du Temple; et tous reçurent de la garde-robe royale des habits de soie et des manteaux de pourpre et d'or. Le roi était trop faible pour s'exposer a la chaleur causée par la foule, ll'conféra Tordre de la chevalerie à son fils dans le vestibule du palais ; et le jeune prince , dans Téglise abbatiale , conféra le môme honneur à ses deux cent soixante-dix compagnons. C'était la coutume que le nouveau chevalier fit un vœu, dont Tobjet lui était généralement suggéré par les circonstances du moment : les vœux de chevalerie, toutefois, ne se faisaient pas sur les Evangiles, mais, tout ridicule que cela peut paraître, en présence d'un paon, d'un faisan ou d'un autre oiseau de beau plumage. Durant le banquet royal, les ménestrels placèrent sur la table deux cygnes dans des filets d'or. Le roi immédiatement jura devant Dieu et devant les

1. Fordun, xn, 5-7. Boëce, xn. Buch. vin. Le }?cnie de Hume a augmente et embelli ce conte. Il dore premièrement les éperons envoyés par le comte de Gloucester, et change en une bourse d'or le chctif présent de douze soua. Puis, ayant conduit le héros à Dumfries avec les écrivains écossais, il adopte l'opinion des historiens anglais , que la dispute. g éleva au sujet de la succession à la couronne , et en conséquence il introduit Bruce dans un conseil de nobles Ecossais fort providentiellement assemblé au moment même, il les étonne de la beauté, du maintien et de l'éloquence du jeune patriote, compose pour lui une harangue éloquente, et met une série d'objections prudentes dans la bouche de Lomyn. L'assemblée se sépare : Bruce, dans un accès d'indignation patriotique, poursuit Comyn, et le meurtre est consomme. — Mais tout ceci , je le répète, n est que fiction !

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cygnes do vonger la mort do Comyn, et do punir la periidio des rebelles; puis, ^adressant aux assistants, il les conjura, daus le cas où il mourrait dans l'expédition , de laisser son corps sans sépulture, jusqu'à ce qu'ils eussent mis son fils en état d'accomplir son vœu. Le fils jura de ne point dormir deux nuits dans le même lieu, jusqu'à ce qu'il fût entré en Ecosse pour exécuter les ordres de son père : les autres applaudirent a son serment et imitèrent son exemple. Le lendemain matin, le prince, avec les chevaliers ses compagnons , partit pour la frontière : Edouard luimôme le suivit à petites journées; et ses tenanciers militaires reçurent ordre de le rejoindre à Carlisle au commencement de juillet K

[*29 mai.] Bruce, par le meurtre de Comyn, avait mis sa vie eu jeu : il ne pouvait la sauver qu'en gagnant un sceptre. Il prit le titre de roi, appela les Ecossais sous son étendard , et fut couronué a Scone sans aucune opposition. Quand sa femme, fille du romte d'Ulster, fut informée de son couronnement , elle osa exprimer le vœu que , roi en été , il ne fut pas exilé en hiver. Ces paroles furent remarquées comme une prédiction ; mais il ne fallait pas être doué de l'esprit de prophétie pour annoncer les désastres qui suivirent les efforts du nouveau monarque. [19 juin.] Dans le bois de Methuen et dans le voisinage de Perth, six de ses plus braves chevaliers furent faits prisonniers par Fembroke; et Bruce lui-même, renversé de cheval, eût partagé leur sort , s'il n'eut été secouru par Seaton. Les monts Grampians offrirent une retraite aux fugitifs; les daims de la foret et les poissons de la rivière fournissaient a leur nourriture; s'ils descendaient parfois dans les basses terres, ils s'en retournaient toujours à l'approche des Anglais; et pendant deux mois ils errèrent comme des proscrits dans le Breadalbane et l'Athol. Mais leurs souffrances étaient adoucies par les soins de leurs parentes, qui, sous la conduite de Nigel, frère de Bruce, étaient venues partager le sort de leurs pères, de leurs frères et de leurs maris. Près des bords du loch Tay, ils furent découverts par Alexandre, seigneur de Lorn, qui avait épousé une Comyn. Il convoqua son clan [11 août]: Bruce et les siens furent défaits; et il devint nécessaire à leur sûreté de se séparer. Les dames furent conduites à cheval au châ-

1. West. 133. Trivet, 313. Rym. n, 1052. Ad. Murira. 37. Le roi n'avait point oublié en cette occasion le droit féodal de demander une aide à ses tenanciers ; mais il préferait le faire au parlement qui s'assembla le 30 mai, et lui accorda un treizième et un douzième. Pari. Wrifs, 161, 178.

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