‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 7 sur 563 · Rym. n · texte numérisé non relu

Rym. n

Llewellyn, tout frères qu'ils étaient, avait privé de son patrimoine, invita ses compatriotes à se ranger sous les drapeaux d'Edouard (13 oct. 1276] ; et Rees-ap-Meredith, représentant des anciens princes des Galles du sud, combattit avec joie le chef d'une famille rivale [1277]. Llewellyn, d'autre part, conclut un traité d'alliance avec le roi de France, et obtint de tous les chefs des Galles du nord la promesse de ne jamais se soumettre à la domination d'un maître anglais l. Les tenanciers militaires d'Edouard s'assemblèrent dans les comtés de Shropshire et de Cheshire : a la Saint-Jean, il passa la Dee, s'avança le long de la cote, prit et fortifia les deux châteaux de Flint et de Rhuddlan, s'empara d'Anglesea, et avec sa flotte coupa toute communication entre Snowdon et la mer. Llewellyn, confiné dans des forêts et des montagnes stériles, sentit bientôt les privations de la famine, et en peu de semaines il fut forcé de s'abandonner sans réserve à la merci de son adversaire. Les conditions qu'on lui accorda [9 nov.] furent de payer une amende de cinquante mille livres, de céder h Edouard l'entière possession des quatre cantreds situés entre Chestcr et la rivière de Conway, de tenir Anglesea comme fief de la couronne d'Angleterre, moyennant une rente annuelle de mille marcs, de faire hommage au roi à Uhuddlan et à Londres, et de remettre dix otages en garantie de sa fidélité future. Mais ces termes ne furent prescrits que pour montrer la supériorité du vainqueur, et Edouard céda bientôt aux inspirations de sa générosité. 11 remit d'abord [11 nov.] l'amende de cinquante millo livres, ensuite la rente annuelle pour l'île d'Anglesea, puis il rendit gratuitement les dix otages [19 sept. 1278], et enfin [13 oct.] il consentit au mariage de Llewellyn avec Éléonore de Montfort, fille du feu comte de Leicester, qui, l'année précédente, h son passage en Galles, avait été prise près de Bristol et menée prisonnière au roi 2.

Dans l'opinion d'Edouard, la soumission du pays de Galles était accomplie. Il se flattait d'avoir achevé par la douceur ce qu'il avait commeucé par la force. Les deux frères Llewellyn et David étaient réconciliés. Il s'était conduit envers Llewellyn plutôt avec l'affection d'un ami qu'avec la sévérité d'un ennemi,

1. Très, fies Chart., 114. Dans cet acte, le prince gallois est prodigue dç flatterie envers le roi de France. Le traité devra être conservé in armoriis ecclesiastieis, pour prouver que lui et ses héritiers sont les serviteurs de Philippe, les amis de ses amis et les ennemis de ses ennemis. Philippe lui-même reçoit le titre de princeps regum terrée.

•2. Uym. n, 88-0-2, 97, 116M19, 135. Hem. i. 5. Triv. 147, 148, 9M.

et ses lettres h ce prince respiraient une modération qui taisait honneur a son cœur. Il avait été pour David un prolecteur généreux. 11 lui avait accordé l'honneur de la chevalerie, de vastes domaines dans les deux pays, et la main d'Eléonore, tille du comte de Ferrers; mais il s'était formé une fausse idée du caractère des Gallois de cette époque. La haine des Anglais était un legs sacré transmis aux indigènes par leurs ancêtres à travers bien des générations, et il n'était pas un individu, du prince au paysan, qui ne fût prêt en tout temps à tirer l'épée pour l'indépendance de son pays. Les habitants des districts récemment cédés à l'Angleterre furent les premiers h manifester leur mécontentement. Ils voyaient avec douleur l'extinction graduelle do leurs usages nationaux, la distribution des cantrods en centaines et en provinces, et l'introduction des lois et judicatures anglaises. David, malgré toutes les obligations qu'il avait à Edouard, paraissait mécontent. Sa haute futaie avait été abattue par ordre du roi pour ouvrir une route à travers une de ses forêts, et quelques-uns de ses vassaux avaient été exécutés pour meurtre par le justicier, quoiqu'ils eussent offert pour leur vie la rançon autorisée par les lois galloises. Llewellyn même avait ou prétendait avoir des raisons de se plaindre de l'empiétement des officiers royaux. Quoique Edouard lui eût promis justice, son esprit était exaspéré, et il prêta une oreille favorable aux suggestions incendiaires de David. Les gens a passions irritables mettent rarement en balance les suites et le plaisir de la vengeance ; mais dans l'occasion présente, leurs espérances étaient excitées par une folle confiance dans une ancienne prédiction attribuée h Merlin, qui annonçait que quand la monnaie anglaise deviendrait circulaire, le prince de Galles serait couronné h Londres. Edouard avait récemment émis une nouvelle monnaie de sous et de liards (halfpennies et farthings) ronds , et avait défendu que le penny fût dorénavant divisé par moitié et par quarts. De la on avait sensément conclu que la prédiction du prophète était sur le point de s'accomplir l.

Le dimanche des Rameaux [22 mars 1282] , dans l'ombre de la nuit, et au milieu des mugissements d'une tempête, le déloyal David surprit l'important château de Hawarden. Roger Clifford, trouvé dans son lit , fut blessé et emporté captif au sommet du Snowdon : ses chevaliers , ses écuyers et ses valets furent tous

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