CHAPITRE DEUXIÈME
diction du comte de Lancastre, qu'une puissance plus grande et sa parenté avec le roi paraissaient mettre à l'abri du danger. Mais ils furent déçus. Le sang de Gaveston fut venge plus tard dans celui • de son persécuteur l.
La première nouvelle do cet événement jeta le roi dans les plus violents transports de douleur, gui peu à peu firent place a une ferme résolution de vengeance *ll était allé d'York a Bermek ; mais il revint immédiatement vers la capitale, et fut rejoint en route par le comte de Pembroke. La conduite de ce seigneur donnait lieu a beaucoup de soupçons. On croyait généralement que, de même qu'il avait accordé la capitulation à Gaveston sans consulter ses confédérés , de même , pour les contenter sans exposer son honneur, il avait permis à dessein que son château de Dedington fût forcé par le comte de Warwick. 11 réussit pourtant à convaincre le roi de son innocence, et prouva son assertion par son attachement ultérieur a la cause royale. Edouard, en se rendant à Londres, convoqua, un parlement [8 juillet], sollicita des secours do la France , et assembla un corps considérable de troupes. Mais l'arrivée des barons a Ware, et le ton résolu dont ils firent leurs demandes, l'engagèrent à écouter les exhortations pacifiques du cardinal de- Saint-Prisca , légat du pape , et celles des envoyés du refi de France ; et la naissance d'un fils et héritier, qui arriva heureusement a cette époque [13 nov.] , sembla presque effacer de son esprit la fin prématurée de son favori. Des conférences se tinrent [11 nov.] entre les députés du roi et ceux des barons , en présence des ministres étrangers , et on adopta unanimement [20 déc] un projet de réconciliation, sauf l'approbation du comte de Lancaster et de ses principaux alliés qui étaient absents <x. Un des articles reçut bientôt son exécution [7 février 1313] , celui relatif à la remise au roi de la vaisselle plate et des bijoux qui avaient appartenu a Gaveston 3. Mais les barons confédérés demandèrent , pour leur propre sûreté , qu'il
1. Rvm. m, 327, 328, 334. Mon. Mahn. 121-124. Trokel. 13-17. Walg. 100, loi. Le corps de Gaveston fut inhumé par les moines dans leur église à Oiford ; il fut ensuite repris par le roi et enterré dans la nouvelle église de Langlej. Edouard plaça de ses propres mains deux poêles de drap d'or sur la tombe, aux secondes funérailles, le 31 janvier 1325. Comptes de la garde-robe de cette année; Knyght. 2533. LeL Coll. i, 248.
2. Bientôt après, le 11 mars, mourut l'archevêque Winchelsea, le grand conseiller des barons sous ce règne, comme il l'avait été sous le dernier. Jpsius Rofarti horiatu. Higden apud Brady, m, 119.
3. Nous pouvons juger de la richesse de Gaveston par sa vaisselle plate et ses bijoux, dont l'inventaire remplit cinq pages dans Rymer, m, 388-39.T.
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fui déclaré traître, demande qu'Edouard rejeta avec indignation [18 mars]. Deux parlements furent convoqués pour ratifier le traité ; mais la crainte empocha les principaux agents du meurtre de se présenter au premier, et ils se retirèrent du second , sous * prétexte de l'absence du roi , qui était allé en France, et qui ne revint qu'une semaine après l'ouverture de la session. Enfin toutes les difficultés furent surmontées^" Edouard siégea sur son trône dans la salle de Westminster ; les barons a genoux exprimèrent leur douleur de l'avoir offensé; une amnistie générale fut proclamée, et le jour suivant, plus de cinq cents pardons particuliers furent expédiés aux seigneurs et chevaliers qui avaient fait partie de la confédération ».
Il est temps de revenir aux affaires d'Ecosse. Tandis qu'Edouard luttait pour un favori, il avait réussi a perdre une couronne. La facilité avec laquelle le dernier roi avait à plusieurs reprises envahi l'Ecosse, entretenait la persuasion que les indigènes ne pourraient jamais résister a la puissance de l'Angleterre ; et les progrès lents mais constants de Bruce étaient vus avec indifféronce ou mépris. Une fois, il est vrai, Edouard, et ensuite Gaveston par ses ordres, avaient passé la frontière ; mais le roi d'Ecosse s'était prudemment retiré devant eux: et tous deux étaient revenus en Angleterre sans presque avoir vu un ennemi. Sur ces entrefaites, les forteresses qui commandaient le pays tombèrent successivement aux mains des indigènes. Ee château de Linlithgow fut pris, dit-on, par la ruse d'un paysan nommé William Binnock. Il cacha sous un tas de foin quelques hommes armés qui, lorsque le chariot fut entré sous la porte, se rendirent maîtres de la garde, et s'y maintinrent jusqu'à l'arrivée de leurs compatriotes '2. Bruce lui-même surprit Perth la nuit [8 janvier 1312]. 11 traversa le fossé, une échelle sur les épaules, et fut le second a monter sur le mur 3. Roxburgh fut pris par escalade, tandis que la garnison se livrait aux excès du carnaval 4 [28 février 1313]. Ee château d'Edimbourg fut le dernier qui céda. A minuit, Randolf, comte de Moray, avec trente compagnons, gravit le rocher : l'alarme fut donnée; le gouverneur, qui accourait sur les lieux,
1. Rym. m, 404, 428, 442-449. Mon. Malin. 125-134. Wnls. 102, 103. On passa en même temps un acte d'indemnité en laveur de ceux qui avaient vXé les adhérents de (raveston. Stat. 7, Kdw. u. St. i.