CHAPITRE DEUXIÈME. «J
dernière ressource, d'ordonner à un petit corps d'hommes d'armes d'attaquer les archers en flanc. Ce mouvement décida du sort de l'armée anglaise. Elle s'enfuit en désordre ; et les chevaliers, avec le comte de Gloucester à leur tête, se jetèrent en avant pour renouveler le combat. Mais leurs chevaux s'embarrassèrent dans les fosses *; les cavaliers furent renversés, et l'apparition opportune des Ecossais qui avaient été postés dans la vallée répandit l'effroi dans les rangs des Anglais2. Edouard, qui ne manquait pas de bravoure personnelle, piqua des deux pour prendre part h la bataille; mais le comte de Pembroke s'interposa sagement, el le mena à distance. Giles d'Argentyr, chevalier renommé, avait été jusqu'alors chargé de la défense de la personne du roi : le voyant hors de danger, il lui dit adieu ; et tournant son cheval, il retourna à l'ennemi. Il cria :« un Argentyr ! » s'élança au plus fort du combat, et rencontra bientôt la mort qu'il cherchait 3.
C'était dans une pleine coniianoe de la victoire qu'Edouard était accouru h Bannock-burn : il s'enfuit, poursuivi par un détachement de cavalerie écossaise ; et il n'osa s'arrêter que lorsque le comte de Mardi le reçut dans les murs de Dunbar, d'où il se rendit par mer en Angleterre. Son sceau privé et ses trésors, ainsi que les machines de guerre et les provisions de l'armée^ tombèrent aux mains des vainqueurs 4. Le nombre de ceux qui furent tués dans 'le combat ne fut pas grand; mais les fugitifs, sans chef et sans lieu de retraite, errèrent dans la contrée ; et si l'on épargna la vie des chevaliers et des écuyers dans l'espoir d'une rançon, le sang moins précieux des fantassins fut versé sans merci. Bruce so conduisit avec bonté envers ses prisonniers ; et en échange du comte de Hereford, il obtint la liberté de sa femme, de sa sœur' et de sa fille, de l'évêque de Glasgow et du comte de Mar 5. 11 crut le moment favorable pour proposer un traité entre .
1. Quoique Barbour garde le silence, le fait de la mort de beaucoup d'hommes d*ns les fosses est mentionné par Fordun, xn, 20, et Moor, 594.
2. Quibus ab Anglicis visis, putabant eos fuisse exercitum.... qui Anglos ita «tupidos, etherentes reddidit, etc. Ford. p. 256.
3. Walsiug. 195. Moor, 594. Lel. h, 547. Mon. Malm. 149, 150.
4. Je transcrirai la description de Fordun. Boum armenta, gregesque oviuni et pocurum, frumentum et hordeum cura molendinis portatilibus, et vinum in doliis atcjuc cadiferreis... cum petrariis et ligonibus, trabiculis et mangonellis, scalis et ingeniis , pavilionibus et canopeis, fundis et bombardis, ceeterisque bel- «cw tnachinis. Ford, xn, 21. D'autres manuscrits ajoutent tribuchetis et arieti- K p. 249.
ô. Rym. ni, 438, 49 G. La sœur de Bruce délivrée alors était Christine, veuvr «le Christopher Seaton. Sa sœur Mary avait été délivrée de sa cage du château
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les deux nations; mais lorsque Edouard lui refusa le titre de roi, TEcossais indigné mit lin h la négociation, convoqua son parlement [18 sept. 1315], et s'occupa de régler sa succession *. Son seul enfant était une fille non mariée, nommée Marjory ; et pour éviter les dangers qui, dans les circonstances présentes, pouvaient menacer le règne d'une femme, il fut arrêté [26 avril], avec le ronsentement de la princesse, que si le roi mourait sans laisser de fils, la couronne passerait à son frère Edouard Bruce et aux héritiers mâles directs de celui-ci, a défaut desquels elle reviendrait à iMarjory et a ses descendants2.
Mais les Ecossais ne se contentèrent pas de revendiquer leur propre indépendance ; ils entreprirent de délivrer rirlande du joug anglais. Cette île était alors divisée entre deux races d'hommes différentes de langage, d'habitudes et de lois, et animées d'une haine mortelle l'une contre l'autre. Les districts les plus sauvages et les plus montagneux, et la majeure partie du Connaught et del'Ulster, étaient occupés parles indigènes : les Anglais s'étaient établis le long des côtes de Test et du sud, et dans toutes les cités et villes principales. Par Anglais nous devons entendre une agglomération d'aventuriers de différents pays, de l'Angleterre, du pays de Galles et de la Guiennc, hommes ou descen- Hanls d'hommes dénués de toutes ressources chez eux, et qui avaient compté sur leur épée pour se refaire une fortune au dehors. Ils professaient fidélité a la couronne d'Angleterre ; mais leur fidélité n'était qu'un vain mot Depuis l'expédition de Jean, ils n'avaient point vu de souverain chez eux, et la sévérité avec laquelle il avait puni leurs délits avait été promptement oubliée. Eloignés de la cour et dans une île considérée comme étrangère, ils méprisaient l'autorité du souverain : et dans les murs de leurs châteaux ils bravaient la rigueur des lois 3. Suivant leur
•le Roxburgh, et échangée pour W aller Comyn, dès Tannée 1310. Rym. 111,204. I.a comtesse de Buchan elle-même, après être restée sept ans dans sa cage, en avait été tirée, et mise sous la garde de lord Beaumont, en avril 1313. Rym. m, 101. — Je dois dire que parmi les prisonniers était Baston , carme et poète de profession. Edouard l'avait forcé d'assister à la bataille, afin de pouvoir célébrer •a victoire. Bruce le força, maintenant qu'il était captif, de chanter la défaite. Son poème, et c'est un poème très-singulier, peut se voir dans Fordun, xn, 22.
1. Rym. 495. Les commissaires d'Edouard étaient munis de deux sortes de pouvoirs. Dans l'un le roi était dit avoir fait cette démarche on conséquence de l'ardent désir de la paix exprimé par Bruce dans une lettre ix lui; dans l'autre, «•'était pour plaire à son père et allié le roi de France, qui avait réclamé cette laveur. Dans tous deux , Bruce et ses adhérents étaient appelés sir Robert de Brus, et les gens d'Ecosse, à qui nous avons guerre. Rot. Svot. i, 132, 133.