Fordun, xn
3. Rym. i, 391 , n, 1081, 1062. Dans le dernier cas, Fitzwarin, l'intendant
CHAP1TKE DEUXIÈME. toi
bon plaisir, ils se faisaient la guerre entre eux ou la faisaient aux indigènes : les haines de famille se transmettaient de père en lils; et excepté dans le voisinage de Dublin, siège du gouvernement de la province, le « pale » était divisé entre une multitude do petits tyrans qui ne connaissaient d'autre loi que leurs propres intérêts, et unissaient aux avantages d'une civilisation partielle une férocité de sauvages. Se sachant les premiers agresseurs, ils regardaient les indigènes comme des ennemis naturels. Ceux qui étaient dans les limites du pale, ils les réduisaient a la servitude la plus abjecte ; ceux qui étaient en dehors, ils les harcelaient d'excursions militaires. Mais leurs agressions furent payées du ressentiment des victimes; et la nécessité de sa propre conservation engendra un esprit de vengeance implacable. Tous les Irlandais furent compris sous la dénomination générale d'ennemis et de brigands : le meurtre d'un indigène ne fut pas considéré comme un crime que la loi dût punir ; et Thomme qui avait infligé les maux les plus cruels aux tribus voisines était le plus distingué parmi ses compagnons1.
De l'autre côté, les descendants des premiers habitants étaient également ennemis des lois et également vindicatifs. Dans les annales de l'Irlande, nous les trouvons perpétuellement engagés dans des dissensions et des guerres. Us combattent tantôt entre eux, tantôt contre leurs oppresseurs. Nous les voyons parfois acheter l'assistance des Anglais pour pouvoir se venger de leurs compatriotes; parfois marcher sous les bannières d'un baron anglais, pour envahir les domaines de son voisin '2. Mais quelle que fût la cause qui les appelât aux armes, on pouvait suivre leurs pas au ravage qu'ils faisaient, et leurs victoires se célébraient toujours par le meurtre et l'incendie. Bref, la soif du sang humain, l'espoir et la poursuite de la vengeance, étaient également ardu roi dans l'Ulster, avait fait saisir les terres des Mandeville pour le payement des taxes du roi. Pour se venger ils rassemblèrent une armée, entrèrent sur le domaine royal et brûlèrent cinq communes , trois moulins et deux mille mesures de blé.
1. Voyez Fordun, xn, 28, 29, 30. Pour cette raison les Irlandais se faisaient fréquemment accorder des chartes du roi , qui les investissaient du caractère et des droits des Anglais. A quelques-uns ces concessions n'étaient faites que pour la vie : souvent elles s'étendaient à des tribus entières et à leur postérité à toujours, comme à 300 Mac Oter, a 400 Mac Gothmnnd, etc. Le motif, du coté du roi, était le profit : Quod est ad commodum régis. Voyez Petit, in Pari. 18. Ed. i, p. 08, 69, 125, 127. New Rym. u, 86.
2. Dans le cas mentionné ci-dessus, deux rois irlandais assistèrent les Mandeville, et six le grand-maître. Ils finirent par tourner leurs armes les uns contre les autres. Rym. n, 1062.
m HISTOIRE D'ANGLETERRE.
dents chez l'indigène et chez l'étranger; et chacun d'eux était poussé par la conviction que la destruction de l'autre était essentielle à sa propre sûreté.
Lorsque Edouard, avant son expédition en Ecosse, avait ordonné à ses vassaux de le rejoindre à Berwick, il avait aussi écrit à ses « bien aimés » les^hefs des tribus irlandaises, les requérant d'accompagner de Bourg, le comte d'Ulster, qui était chargé d'amener une armée à son secours i. Il ne fut pas tenu compte de cette requête. Les Irlandais voyaient les efforts des Ecossais avec un sentiment de sympathie. Les patriotes combattaient contre celte même nation qui les avait si cruellement opprimés, eux aussi. Ils descendaient de la même race, parlaient un dialecte de la même langue, et conservaient, h beaucoup d'égards, les mêmes institutions nationales 2. Quand arriva la nouvelle de la victoire de Bannock-burn, elle fut reçue avec enthousiasme, et la conviction que les Anglais n'étaient pas invincibles fit naître l'espoir que l'Irlande pouvait recouvrer son indépendance. [Ib mars] Edouard découvrit que les gens de l'Ulster entretenaient une correspondance active avec la cour de Bruce. Craignant pour la sûreté de ses états d'Irlande, il envoya Taubainier, le lord Uflbrd, avec les instructions de traiter avec les chefs indigènes, les tenanciers de la couronne et les corporations des bourgs 3 ; mais avant que ce seigneur ne pût exécuter sa commission, Edouard Bruce, frère du roi d'Ecosse, avec une armée de six mille hommes, était débarqué dans le voisinage de Carrickfergus [25 mai]. Il fut immédiatement rejoint par les O'Nial, qui dirigèrent sa marche. Ils brûlèrent Dundalk [29 juin], désolèrent la plus grande partie du Louth ; et à Atherdee, les habitants, hommes, femmes et enfants, qui s'étaient réfugiés dans l'église, périrent au milieu des flammes. Mais rapproche de Butler, le lord lieutenant4, et du comte d'Ulster, engagea les confédérés h s'en retourner. Ils se retirèrent à Conyers, laissèrent leurs bannières flotter dans leur
1. Ryin. m, 476. La différence entre cette lettre et les sommations d'usage aux vassaux prouve qu'aucun des chefs irlandais ne lui avait juré fidélité. 11 ne donne à aucun le titre de roi, mais celui de duc à vingt-six.
2. Omnesreges minoris Scotiœ de nostrâ majore Scotià sanguinis originem sumpserunt, linguam nostram et conditiones nostras quodamraodo retinentes. M<miorial irlandais, apud Ford, xn, 32.
3. Rym. ni, 510. Il parait qu'il y avait quatre villes gouvernées par des maires: Dublin, Waterford, Cork et Ross; et trois bourgs royaux avec un intendant et des baillis : Kilkenny, Drogheda et Trim. Les autres villes d'Irlande appartenaient à leurs seigneurs respectifs.
1. J'adopte ce terme comme plus en usage : le titre origiuaire est justicier.