CHAPITRE DEUXIÈME
la guerre civile. Bientôt après le départ de Morlimer, Edouard Bruce s'avança dans le voisinago de Dundalk. Il rencontra John lord Birmingham [14 oct.], et resta sur la place avec la plus grande partie de ses forces. Son corps, coupé en quartiers, fut envoyé, comme celui d'un traître, aux quatre principales villes ; et sa tête fut présentée a Edouard par le vainqueur, qui reçut de lui la dignité et les émoluments de comte de Louth1 [20mai 1319]. Avec Bruce, expirèrent les espérances des patriotes irlandais; les Anglais reconquirent leur ascendant; et l'ancien système de déprédation et de vengeance reprit vigueur partout. Cependant on avait appelé l'attention du roi sur l'état de l'Irlande par une pétition qui lui avait été présentée en parlement, et où il était dit que, pour établir la tranquillité, il fallait abolir les chartes de pardon pour les meurtres commis par les Anglais, et que les indigènes, admis au bénéfice de la loi anglaise, eussent pleine jouissance de la protection légale de vie et de membres. <'.es deux points furent accordés; et il fut arrêté ensuite que nul officier royal ne pourrait acquérir de terres dans l'étendue Je sa juridiction, ni faire des réquisitions de provisions que dans un cas de nécessité, avec la permission du conseil et sur un ordre de la chancellerie 2.
Pour ne pas interrompre la chaîne des événements, j'ai conduit la guerre irlandaise jusqu'à la mort d'Edouard Bruce, qui la termina ; nous pouvons maintenant revenir aux affaires de l'Angleterre, où. le peuple avait oublié la désastreuse bataille de Bannock-burn au milieu des calamités plus terribles qui l'accablaient. Depuis trois ans, il gémissait sous les plus cruels fléaux qui puissent affliger la race humaine, la peste et la famine. Le manque de récolte en 1314 avait causé des alarmes; et les commerçants de Newcastle, et probablement ceux des autres ports, obtinrent du roi la permission d'acheter du blé en France, et de l'importer en Angleterre. Mais le secours fut si exigu, que le roi, à la requête du parlement, qui s'assembla en février [1315] fixa un maximum pour le prix des vivres. Celte mesure ne fut d'aucune utilité. Au mépris du statut, le prix de chaque article s'éleva rapidement : le froment, les pois et les fèves se vendirent h vingt shillings le quarter (huit boisseaux); et même les gens
1. Annal. Hib. ann. 1318. Rym. m, 767. New. Rym. n, 397. « 11 périt par sa propre obstination, pour n'avoir pas voulu attendre tous ses compagnons qui étaient presque sous sa main. » Lel Coll. n, 547.