CHAPITRE l
cordée , mais seulement pour un temps trèscourt (23 et 24 nov.) , qu'elle employa à écrire deux lettres importantes , l'une à l'archevêque de Glascow , l'autre au pape. Toutes deux furent sauvées par ses domestiques , et remises âdèleraent après sa mort (1).
Le jugement des commissaires avait été proclamé, dans Londres, à son de trompe; les cloches sonnèrent durant vingt-quatre heures: des feux de joie brillèrent dans les rues, et les citoyeas parurent dans l'enivrement (6 déc). Cette nouvelle jeta de nouvelles alarmes dans le cœur de l'infortunée princesse: elle savait que, par le dernier statut, sa vie était à la merci de chacun des membres de l'association; elle se rappela le sort du comte de Northumbcrland dans la Tour, et se persuada que le sien serait de tomber sous les coups d'un assassin. Après beaucoup de sollicitations, elle obtint la permission d'adresser ses dernières requêtes à Elisabeth (19 déc). Elles étaient au nombre de quatre: qu'on lui permit d'envoyer à son fils un bijou , son adieu et sa bénédiction ; que son corps fût transporté en France, et déposé près de celui de sa mère; qu'il fût permis à ses domestiques de conserver les petits legs qu'elle était dans l'intention de leur laisser; enfin, qu'elle fût exécutée publiquement, afin d'ôter à ses ennemis la possibilité de dire, comme on l'avait dit de beaucoup d'autres, que le désespoir l'avait portée à abréger ses jours. Dans toute sa lettre , elle eut soin d'éviter toute expression que l'on eût pu interpréter comme une demande en grâce. Elle remerciait Dieu de lui avoir donne le courage de supporter tant d'iniquités sans murmurer; exprimait son regret de ce que ses papiers n'avaient pas été
(1) Le jour Mirant , Panlrt l'informa qu'étant morte selon la loi, «Ile n'avait aucun droit aui insignes de la royauté ; te* domestiques ayant enlevé le dais de parade, H t'assit , se couvrit en sa présence, et ajoutant qu'une femme , dans sa situation . n avait pas besoin de rérréation, il donna l'ordre d'emporter son bidard. tlle parut eitrémement sensible a cette conduite. Voyez , pour les détails , sa lettre a l'archevêque ( Jebb., u , 292 ) , dans laquelle elle laisse la vengeance de sa mémoire à ses parents de la maison de Guise, qui avaient été accuses , comme elle , d avoir tramé la mort d Élisabetli. «Je dis , et est vray. que je n'en avais rien »ceu et n'en croyjis rien. • Itod Pourton antre lettre au pape, voyez la note I» a la 6n du volume.
honorablement et complètement soumis à l'examen d'Élisabeth, qui y aurait vu si le salut de leur souveraine était le but réel de ses adversaires ; et , comme elle était sur le point de quitter ce monde , et qu'elle se préparait à un meilleur, elle espérait n'être point accusée de présomption si elle rappelait à sa bonne sœur qu'un jour viendrait où elle aurait à rendre compte de sa conduite devant un juge infaillible, aussi bien que ceux qu'elle y aurait envoyés devant elle (1). Cette lettre éloquente et touchante arracha , dit-on , des larmes à Élisabelh, mais elle n'obtint pas de réponse.
Ces procédures extraordinaires avaient attiré l'attention, et excité Tétonnement des nations voisines. Tous les souverains prirent un intérêt commun au sort de Marie : les rois de France et d'fccosse, comme ses plus proches parents, furent les plus empressés à l'arracher à la mort. T Quoique Henri III détestât sincèrement la maison de Guise , il ne pouvait voir avec indifférence que la tète d'une princesse qui avait porté la couronne de France tombât sous la hache du bourreau. Mais la situation critique où on le savait lui-même affaiblit le poids de son intervention; et, par la supercherie et l'adresse, on évita la dureté d'un refus direct. (I avait envoyé Bellièvre avec des instructions pour faire des remontrances, dans le langage le plus énergique et le plus sévère. L'ambassadeur trouva sur sa route des obstacles inaccoutumés. Il fut d'abord retardé {20 nov.). sous prétexte que des assassins â ga^e s'étaient, à son insu , insinués parmi les personnes de sa suite, et ensuite on fit faire une enquête pour s'assurer si quelque maladie contagieuse ne s'était pas déclarée dans sa maison. Cependant, la résolution du parlement, que la mort seule de Marie pourrait garanlir la vie d'Elisabeth, avait été rendue publique. Enfin Bellièvre parut devant la reine (27 nov ), assise sur son trône et entourée de ses officiers d'État. Elle l' écoula avec impatience , et lui répondit par une harangue longue et étudiée, mais avec
(I) tlNe m'accuse* pa« de présomption, si, abindonnanl ce monde , et me préparant pour un meilleur , j» vous reinonsire qu'un jour vous aurez a rmpondir de vnstre cbarjje aussi hien que ceux qui y winl n^oyez le* premiers.! I!» drrcnibie. lui bitre eM e:i entier dam Jehl»., n .
HISTOIRE D'ANGLKTKRRE.
ud (un d'aigreur et des gestes qui trahissaient son émotion intérieure. Elle exagéra la culpabilité de Marie , et loua sa propre modération. C'était vraiment à regret, disait-elle, quelle se voyait forcée de répandre le sang d'une parente aussi proche; mais elle ne savait rien refuser à la juste prière de son peuple. 11 devait donc se contenter d'attendre un jour ou deux, et elle lui ferait connaître sa résolution définitive. Bellièvre demeura plus d'un mois â la cour. Toutes ses prières furent inutiles, et quand tous les prétextes eurent été épuisés, on lui dit que la reine enverrait une réponse par un de ses propres messagers (I). Après son départ ( 1587, 3 janv. ), L'Aubespine, ambassadeur résidant, reprit la négociation ; mais il fut réduit au silence par un bas et lâche artifice. Ou fit courir quelque rumeur d'un nouveau complot pour assassiner Elisabeth ( 8 janv. ), et les ministres informèrent L'Aubespine qu'on le leur avait désigné comme l'auteur de la conspiration. Ils prolestèrent, à la vérité, qu'ils ne donnaient aucun crédit à celte accusation ; cependant son secrétaire fut mis en prison, et ses dépêches interceptées. Il répliqua avec chaleur et mépris. Henri ressentit l'insulte faite à son représentant , et toute correspondance officielle entre les ambassadeurs des deux cours fut inter-
(I) Voyez un récit très-inlertMant tiré du registre de» dépêches de M. de Villeroy, secrétaire d'tftat , publié dam la vie de lord E;;ertori , p. G, 7. Quand Bellièvre lui dit que le roi ce ressouviendrait éternellement de l'exécution de Marie, elle répondit : • Monsieur, votre souverain vous a-t-il autorisé à tenir un pareil langage? — Oui, madame , il me l'a expressément ordonné. — Cette autorisation est-elle signée de sa propre main ? — Oui , madame. — Alors je tous requiers de me l'attester vous-même par écrit. » F.t la reine écrivit elle-même a Henri ce qui nuit : • M. de Bellièvre m'a fait entendre un langage que je ne put» trop bieu interpréter, car pour vous en ressentir que je me sauve la vie , me semble une menasse d'en nemy que, je vous le promets, ne me fera jamais craindre ; aiusett le plus court chemin pour drpes cher la cause de tant de malheurs.... Laisaez-moy, je whis prie, entendre en quel terme je prendra y ces uiolz. Car je ne vivray heure que prince quelconque puisse vanter de tant d'humilité mienne que je boive à mon déshonneur
un tel traict Je ne suis naye de si bas lieu ni gouverne si
petits royal me*, que, en droict et honneur, je céderay a prince vivant qui m'injurera.et ne doute, par la grâce de Dieu , que ne face ma partie assez forte pour me conserver. » Bibliotb. du roi , Mm. 9513 , tom. m , fol. 421. Il me semble que cette lettre caractérise parfaitement la reine, l e» argument» de Bellièvre vonl dans Camden . 2Ô2 ;>2".
rompue. Le but de cet artifice n'échappa nullement au monarque français : il consentit à envoyer un autre ambassadeur ; mais aucune représentation, aucune prière ne parvinrent à lui procurer accès auprès de la reine. Enfin, Marie succomba : on présenta alors des excuses ; on attribua l'accusation contre L'Aubespine à de faux rapports, cl l'ambassadeur et son maître furent accablés de compliments et de louanges (1).
2° Jacques d'Ecosse éprouvait peu de sympathie pour une mère qu'il n'avait jamais connue, et qu'on lui avait appris a considérer comme une ennemie occupée a le priver de son autorité. Probablement il l'aurait abandonnée à son sort sans un soupir, s'il n'avait été tiré de son apathie par l'avertissement de la cour de France, que l'exécution de Marie l'excluerait lui-même de la succession au trône d'Angleterre; et par les remontrances des nobles écossais qui ne pouvaient s'accoutumer à l'idée qu'une reine d'Écossc dût périr sur l'échafaud. Jacques avait ! déjà écrit à Elisabeth et au chef de ses conscil- ! lers; il avait chargé l'ambassadeur écossais, ! Archibald Douglas , de faire des remontrances ; I il envoya ensuite sir Robert Keilh, jeunchomme sans poids ni expérience, et pensionnaire de la cour d'Angleterre (12 nov.), demander que les procédures contre sa mère fussent arrêtées , j u sq u'à ce q u ' il connu t l'offense pa r cl ! c comm isc; ^ et lorsqu'il reçut pour réponse qu'une (elle suspeusion mettrait en péril la vie d'Elisabeth , on se détermina à faire partir deux nouveaux en-
( 1 j Staf.ord , frère de l'ambassadeur anglais en France, piia de Trappes, secrétaire de L'Aubespine, de l'accompagner chez un certain Moody, prisonnier pour dettes. De Trappes y consentit. Moody offrit de tuer la reine si l'ambassadeur voulait payer ses dettes. De Trappes le réprimanda d'avoir osé lui faire une pareille proposition, et LAubespiue s'écria aussitôt que c'était un artifice pour lui faire manquer le but de sa négociation , en le rendant suspect à Elisabeth. Comparez la narration de Camden (520), et l'examen original dans Murdiu (578- 583). avec le registre de Villeroy, p. 7. Les dépêches de l'Aubespine furent interceptées, mais elles ne contenaient aucune allusion à la conspiration supposée. Jebb., ir, 324. Sur le registre de Villeroy , dans Egerton, est cette remarque relative aux papiers produits : • A voient ces beaux conseillers d'Angleterre forgé , falsifié et composé toutes telles escritures qu'ils avaient voulu sur ce faict par eux inventé et projelté. Car il faut nouer que jamais ne pro duiseiit les inesmesp«fcex originautx des procédures, mais seulement des copies , rsquelles ils ajoutent ou I diminuent ce qu'il leur plaît. • Kgerion, 101.
CHAPI'
voyés, le seigneur de Gray et sir Robert Mel- I ville ( 1586, 10 décembre), afin d'employer , à la fois les prières et les menaces. Ils insinuèrent que la vie de Marie pourrait être épargnée, à condition qu'elle résignerait tous ses droits à son fils : Elisabeth serait ainsi doivrée de la crainte d'un compétiteur , et l'Église établie , de l'inimitié d'un successeur catholique. On répondit que , d'après sa condamnation , Marie n'avait plus aucun droit à résigner. Ils protestèrent alors, au nom de leur maître, qu'il se verrait forcé, par honneur, à venger sa mort: cette menace fut reçue avec le dédain le plus marqué (l).Ou ne peut guère douter que Jacques ne fût sincère; mais il employa , pour négocier en faveur de sa mère , des hommes qui jugeaient sa mort nécessaire a leur propre sûreté. Gray remplissait en public le devoir dont il était chargé, mais, en particulier, il soufflait à l'oreille d'Elisabeth que les « morts ne peuvent plus mordre. » A son retour, Jacques lui témoigna des soupçons; mais le favori parvint ;ï persuader le roi de son innocence , et a faire retomber sur son complice, Archibald Douglas, la vengeance dont il était lui-même menacé (2).
(1) Voyez lei dépêches de Gray. Robertson , n , App., siv. Elle ne Toulut poiut comprendre leur proposition. « Ainsi le comte de Lekxster lai dit que nous tendions à ce que le roi fût mis en la place de sa mère. — Si cela est ainsi , répondit la reine, je me mets alors dans une siiuatioo pire qu'auparavant. Par la passion de Dieu ! ce serait me couper la gorge a moi-même, et pour un duché ou un comté qu'il tous en reviendra , vous , ou quelqu'un comme vous , vous serez cause qu'un de vos forcenés coquins me tuera. Non , par Dieu , il ne sera jamais mis en sou lieu et place. > Voyez la correspondance de Gray, Robertson , u , App. , xiv.
(2) Voyerles dépêches dan* Robertson, il, App., un, x, iv. Les le 1 1res de Gray ex de Doublas son i les preuves de leur trahison. • Il est nécessaire, pour tous les hommes de bien, qu'elle soit mise à mort. . frsept. Murdin, 568. • Il est cruel pour le roi de ne pouvoir employer aucune médiation en faveur de sa mère. Cependant l'affaire est aussi cruelle pour vous et pour moi , quoi que nous puissions faire de bien ; car je sais , comme Dieu existe, que ce sera un bâton pour nous briser la téle. Il vous a ordonné de vous employer très- instamment pour elle : mais si la reine et notre souverain pouvaient demeurer en bonne intelligence, je m'inquiéterais peu qu'elle fût mise a mort. » Lodge , il , 3 il . • Par Dieu! les circonstance» sont très fâcheuses pour vous et pour moi. > 27 novembre. Murdin, ' 673. « Assurez la reine et tous mes honorables amis qu'ils ! me trouveront toujours fidèle , cl que durant ma iif[;i-
RE l. 23
Après la publication de la sentence, Elisabeth passa deux mois dans un état d'irrésolution apparente , irrésolution qui ne venait d'aucun sentiment de pitié, mais des craintes que lui inspirait le soin de sa réputation; et souvent on l'entendit se lamenter de ce que, parmi les milliers d'hommes qui protestaient de leur attachement à leur souveraine, il n'en existait pas un qui lui épargnât la nécessité de Iremper ses mains dans le sang d'une reine. Afin de préparer l'exécution , on avait envoyé à certains membres de l'association des instructions auxquelles on substitua un ordre ( warrant) ( 10 déc. ), dans la forme usitée, adressé au shérif de Norihamplon (1); mats il fut suspendu par un message de la main de Burghley au comte de Shrewsbury, comme comte maréchal , et aux comtes de Kent , de Derby , de Gumbertand et de Pembrocke , comme ses adjoints (20 déc. ). Ce dernier ordre fut revêtu de l'approbation de la reine (l"fév. 1587) : elle le signa, au bout de six semaines , et ordonna à Davison , son secrétaire , d'y faire apposer le grand sceau , en ajoutant avec un sourire ironique , que, chemin faisant , il pouvait passer chez Walsingham, qui était malade, et qui, à ce qu'elle craignait , «pourrait mourir-sur-lechamp, en le voyant. » Alors se recueillant , ou paraissant le faire , elle dit : a Certainement Paulet cl Drury ( ce dernier avait été depuis peu nommé adjoint à la garde de Marie ) pourraient me délivrer de ce fardeau; Walsingham cl vous, devriez sonder leurs dispositions» (2).
En conséquence, on fit passer une lettre à Fotheringay. Celle lettre avertissait les deux gardiens que la reine les accusait de peu de zèle pour son service (2 févr. ), qu'autrement ils auraient depuis longtemps abrégé la vie de
dation je ne ferai rien que pour leur satisfaction ; à la réserve de ce que je dois à mou souverain. > 0 décembre. Lodge , u , 335. « Par Dieu ! je dis au contraire que si jamais elle (Élisabeth ) m'a su faire du mal, c'était quand j'ai fait pour elle plus que la saine raison ne penneitaii . • "25 déc. Murdin , 575.
( I } Ils sont dans Murdin , 574 , 576.
(2) Je ne sais si Walsingham feignit d'être malade ,•> s'il l'était réellement ; mais après l'accusation portée cuuire lui par Marie a Fotheringay, il ne prit aucune part .1 tout ce que l'on fil contre elle. Il se relira de la cour per daiitdrux mots, et n'y retotirna^que le mardi qu> suivit si mort. F.p,er;nri , 8.
cur caplivc. Il ne restait plus aucun doute de sa culpabilité, puisqu'elle avait été jugée, et le serment de l'association qu'ils avaient prononcé devait justifier leurs consciences devant Dieu , et sauver leur réputation devant les hommes. Paulet était un dévot sévère et insensible ; il haïssait Marie, parce qu'elle était catholique; il voulait sa mort, parce qu'il la croyait ennemie de sa religion : cependant c'était un homme honnête, trop éclairé pour être dupe d'un tel sophisme, cl trop ferme pour faire le sacrifice de sa conscience à la volonté de sa maltresse. Il répondit le même jour que ses biens, ses emplois,^ vie, étaient au service de la reine; qu'il était prêt , si elle le souhaitait , à les perdre dès le lendemain; mais que verser le sang, sans y être autorisé par un Marrant ou par la loi, serait un crime dont il dc souillerait jamais sa conscience, et une tache ineffaçable qu'il n'imprimerait pas à sa postérité. Un post-scriplum ajouta que Drury souscrivait de tout cœur à l'opinion de Paulet (1).
Davison soupçonnait peu à ce moment qu'il était destiné à devenir la victime de ta dissimulation d'Élisabclh. Le lendemain, après la signature dc la commission , il reçut un ordre délie d'aMendre. s'il n'était pas trop tard, jusqu'à ce qu'elle lui eût parlé; et quand elle apprit que déjà le sceau était apposé au warrant, elle en exprima sa surprise, et lui demanda pourquoi «il s'était tant haté.» A quoi il répondit qu'en matières graves, il uc lui appartenait pas de «badiner avec les ordres dcSa Majesté.» Mais les paroles et les manières d'Élisabclh éveillèrent en lui quelques soupçons. Il consulta dation, et llalton, le lord trésorier, qui, ayant prononcé qu'elle n'avait pas positivement révoqué la commission, assembla le conseil. Là il fut unanimement décidé que la reine avait fait tout ce que la loi exigeait d'elle; que la fati-
(t) Robert de Glocesler par Hearue, 673-G7G. Davison demanda souvent que tes Icilrei fussent brûler», * parce qu'elle* n'étaient pas de nature a être conservées. » Paulet répondit : « Si je disais que j'ai brûlé le» papiers que voua savez , je pense qu'il ne se trouverait aucune personne qui voulût me croire : c'est pourquoi je les conserve pour vous les remettre en main propre, à mon arrivée a Londres. » 8 fév. Cbalmer», i , 447. Il le fit, mai» auparavant il avait copié la lettre ei la réponse dans son registre de lettres. S'il nVût pas suivi cette marche , le fait n'eût jalujis été connu.
guer davantage serait inutile et dangereux, aussi bien que pénible pour ses sentiments; qu'il était de leur devoir dc passer outre et tle prendre sur eux la responsabilité du reste.
Le malin suivant, Éiisabeth conta à Davison qu'en songe, durant la nuit, elle l'avait puai sévèrement comme la cause de la mort de la reine d'Écosse(3 févr.). Quoiqu'elle lui tint ce propos en souriant, il fut alarmé, soupçonnant quelle commençait à hésiter : il lui posa donc nettement la question, si elle avait l'intention de procéder à l'exécution de la commission ou non. 1 0ui, par Dieu ! » répondit-elle avec véhémence; mais la forme ne lui plaisait point, car de la sorte toute la responsabilité retombait sur elle-même. I.e même jour arriva la réponse déjà mentionnée de Paulet et de Drury, et Burghlcy écrivit aux commissionnaires une courte lettre qui fut signée par chacun des conseillers. Avec celte pièce et la commission elle-même, Beal, clerc du conseil, partit en toute hâte pour Folhcringay (I).
Le lendemain, dans le cours de la journée (4 févr). la reine s'informa auprès de Davison de la réponse faite par Paulet cl Drury ; lorsqu'elle l'eut connue, elle éclata en expressions dc mécontentement et de colère. Le gardien de Marie n'était plus «son cher et fidèle Paulet,» mais «un sot formaliste bien prétentieux, » qui affectait le scrupule de ne pas violer son serment, afin de pouvoir rejeter le blAmc sur elle. Davison hasarda de dire que s'il avait rais Marie à mort saus warrant , elle aurait do avouer ou châtier cet acte : si elle l'avouait, la honte serait à elle ; si elle le vengeait, elle frapperait les serviteurs qui auraient obri à ses ordres. Mais elle se relira brusquemeut dans son cabinet , et ne revint plus sur ce sujet de plusieurs jours : avait-elle a'orsoublicle fatal warrant? Non, car si nous pouvons croire Davison , le malin même de la mort de Marie , elle lui exprima sa surprise de ce que l'exécution n'eût pas encore élé accomplie (2).
{1! Dans l'apologie de Davison il est dit que la lettre aux commissaires fut écrite le 2; mai» elle porte la date
du 3.
(2) Voyez dans Strype , m . 375, les réponses de Davison aux commissaires ; sa défense dans Robertson , u , App , xix, et WhilaLcr, m, 514. Voyez aussi Cantden , 515. Si j'ai compris les notes abrégées de HurRbley dans Sirypc , m. , App., 142 , Lckosler informa le conseil que