‹ Histoire d' AngleterreChapitre 100 sur 307 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

avait formé une conspiration contre lui, en haine de sa conduite politique. Sands, au commencement de la session, était retenu au lit par une maladie; mais sa cause n'en fut pas moins défendue par ses amis , et quoique le secrétaire d'État eût déclaré que son arrestation n'avait aucun rapport à sa conduite daus la chambre, on députa vers lui deux membres pour le visiter, et le prier de faire connaître la vérité (1).

Tandis que les communes étaient dans cette disposition d'esprit, il était facile de les entraîner dans une lutte contre le souverain. Elles avaient témoigné quelque disposition à ne lui accorder qu'un seul subside; mais elles résolurent de lui présenter, préalablement, et selon leur coutume, une pétition contre les prétendus progrès du papisme. On y affirmait que le pape et le roi d'Espagne aspiraient à la domination universelle, l'un pour le spirituel , l'autre pour le temporel ; que les papistes anglais attendaient de ces deux puissances le soutien de leur religion ; que leurs espérances s'étaient relevées par les désastres du palatin et le bruit d'un mariage projeté entre le prince et l'infante d'Espagne ; qu'ils se rendaient en foule à la messe dans les chapelles des ambassadeurs étrangers, faisaient élever leurs enfants dans les pays étrangers, et étaient reçus à composition, à des conditions faciles, pour les confiscations qu'ils avaient encourues. On devait craindre, d'après cela, que cette indulgence n'amenât une entière tolérance, que la tolérance ne fût suivie de l'égalité de droits, et qu'à cette égalité ne succédât bientùt la domination. Far ces motifs, la chambre priait le roi de prendre une part vigoureuse a la guerre d'Allemagne; d'envoyer une expédition sur quelque point du territoire espagnol; de marier son fils â une princesse protestante ; de nommer une commission pour assurer l'ciécution de toutes les lois faites ou à faire contre les papistes; de rappeler des pays étrangers les fils des nobles et des gentilshommes ; d'ordonner que tous les enfants dont les pères et mères étaient catholiques fussent enlevés à leurs parents, pour être élevés dans la religion protestante; et d'annuler, si cela se pouvait

par une loi, toutes les compositions disproportionnées, admises jusqu'ici pour les confiscations encourues par les réfractaires.

Jacques reçut furtivement une copie de cette pétition, presque aussitôt qu'elle eut été rédigée. Elle le jeta dans un accès de colère. Ce n'était pas une chose extraordinaire qu'une plainte sur les progrès du papisme; mais y introduire des insinuations contre l'honneur de son allié le roi d'Espagne, lui conseiller l'invasion du territoire d'un prince qui ne lui avait donné aucun sujet d'offense, dicter au souverain la marche qu'il devait suivre pour disposer du prince en mariage, c'étaient, dans son opinion, des exemples d'audace qui n'avaient aucun précédent : c'était un envahissement de sa prérogative, qui exigeait la résistance la plus -prompte et la plus énergique. Il écrivit immédiatement au président (<i déc), pour se plaindre de l'influence qu'exerçaient sur les communes certains esprits violents, populaires et turbulents, et pour leur défendre de s'immiscer dans les mystères de l'État , de s'occuper du mariage de son fils, d'attaquer le caractère d'aucun prince son ami ou son allié, d'intervenir dans les causes soumises à la décision des cours de justice, et même de lui envoyer leur pétition , s'ils voulaient qu'il les écoutât ou leur répondit. Quant à Sands, les communes devaient savoir que sa conduite politique n'avait pas été la cause de son arrestation; mais, en même temps, elles devaient se rappeler que la couronne possédait et qu'elle excerçait le droit de punir les déportcmenls de leurs membres dans le parlement comme hors du parlement.

Les chefs populaires pouvaient inférer, du ton irrité et menaçant de celte lettre, que nonseulement les droits qu'ils réclamaient, mais même leur sûreté personnelle, se trouvaient en danger. Cependant ils connaissaient le caractère faible et vacillant du roi. S'il était passionné, il était timide; s'il était prompt â menacer, iiétait lentà exécuter. Us lui présentèrent (7 déc), en termes énergiques, mais respectueux, une justification de leur conduite; et Jacques, au lieu de répliquer avec la brièveté et la dignité d'un souverain, leur fil une réponse^ déc.) longue et étudiée, remplie d'amertume et de sarcasmes. Une guerre de péti-

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tions et de remontrances, de messages et de récriminations, s'engagea; une discussion en amena une autre : les communes appelaient leurs prétentions les droits primitifs de la nation ; le roi voulait qu'on tes considérât comme des faveurs, accordées par l'indulgence de ses prédécesseurs et la sienne. Cependant, comme on l'avait prévu, sa colère commença à se calmer : il abaissa le ton hautain qu'il avait pris d'aboTd; il chercha même, par un message conciliateur, à détourner tout sujet de débats. Mais ses antagonistes étaient d'un caractère plus difficile à dompter. Le même jour (18 déc), la veille du congé des fêtes de Noël , ils insérèrent dans leurs journaux une protestation qui portait « que les libertés et les juridictions du parlement étaient le droit de naissance ancien et incontestable, et l'héritage des sujets anglais; que les affaires difficiles et urgentes qui concernaient le roi, l'État et la défense du royaume, l'Église d'Angleterre, la confection et le maintien des lois, et le redressement des griefs, étaient les objets réels dont il pouvait être délibéré et débattu dans le parlement: qu'en traitant de ces affaires, les membres avaient et devaient avoir une entière liberté de parole; que les communes en parlement avaient également la liberté de s'occuper de ces matières dans l'ordre qu'elles jugeraient convenable; qu'aucun membre ne pouvait être soumis à aucune accusation, emprisonnement ou vexation (si ce n'était par la censure de la chambre ellemême), à raison d'aucun bill, discours ou raisonnement relatif à des matières parlementaires; et que si Ton avait à se plaindre de quelque chose dite ou faite en parlement, elle devait être expliquée au roi, du consentement des communes, avant qu'il accordât confiance à quelque information particulière. » Cette mesure fit revivre dans le cœur de Jacques tout son premier mécontentement et son irritation. S'étant fait apporter les journaux de la chambre, il déchira la protestation malencontreuse de sa propre main (30 déc.), en présence de son conseil; et, peu de jours après, il prononça la dissolution du parlement (1) (1622, 6 janv.).

(1) Rutworth, i, 40-50. Journaux, 200. «Le meme jour, Sa Majeité « rendit eu voiture à Tbéobaldt pour dluer, en annonçant l'îmeniion de ne revenir que vers Paquet. Après dîner, le roi étant torti pour te promener

Peu de chefs populaires échappèrent au ressentiment du roi. Les comtes d'Oxford et de Southampton , dans la chambre haute , Coke, Philips, Pym clMallory, dans la chambre basse, furent cités devant le conseil, et envoyés, les uns à la Tour , les autres à la prison de la Flotte ; d'autres encore furent placés sous la surveillance de gardes particuliers. Les motifs de leur arrestation, quoique évidents, ne furent pas avoués ; et les prétendus délits que les ministres alléguèrent prouvèrent qu'ils n'osaient attaquer ouvertement les libertés qu'ils travaillaient secrètement à détruire. Il existait quatre membres des communes, Diggs, Crew, Rich et Perrot, également odieux à la cour, et marqués pour sa vengeance; mais leur conduite précédente ne donnait aucune prise à leurs adversaires, qui , dans l'impossibilité de leur imputer aucun délit , se décidèrent à les envoyer en exil , sous prétexte de les employer honorablement. Us reçurent l'ordre de se rendre en Irlande, pour y former , avec un certain nombre de personnes qui résidaient dans ce royaume, une commission chargée d'examiner la situation de l'armée, de l'Église, et des écoles publiques ; de rechercher les abus qui s'étaient introduits dans la perception des revenus, les patentes illégales et nuisibles, et les fraudes nombreuses commises par les entrepreneurs des nouvelles colonies. Toute remontrance leur fut inutile ; on leur dit que le roi avait le droit de se servir des talents de ses sujets comme il le jugeait convenable; et quelque hardiesse que ces hommes eussent déployée au milieu de leurs collègues au parlement, ils n'osèrent engager, comme particuliers, aucun débat avec la couronne. Ils se soumirent à leur punition; et Coke, pour adoucir le mécontentement de «on souverain, offrit de les accompagner dans leur mission , et de les aider de ses conseils. Sa proposition fut refusée , mais lui et les autres prison-

a cheval, «on coursier broncha, et le jeta dana la rivière, dont la glace te rompit. Sa Majesté tomba de telle manière qu'on n'apercevait plus que te» botte». Sir Richard Y on g , qui te trouvait près du roi, descendit de cheval, s'élança dam l'eau , et aida Sa Majesté a se relever. S. M. rejeta beaucoup d'eau; elle retourna à Théobaldt, te mit dans un lit bien chaud, et , d'après ce que nous avons apprit, elle est bien maintenant, ce que Dieu veuille ] continuer. » Ellit , Lellret originales , vol. lu, p. 1 17

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