‹ Histoire d' AngleterreChapitre 99 sur 307 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

céda à leur intérêt , et en peu de temps ils se soumirent à plaider devant lui, comme de coutume (1).

A peine Williams avait-il accepté cet emploi, qu'il survint un événement qui mit toute l'Église en confusion , et embarrassa l'habileté du roi en théologie. L'archevêque Abbot avait accompagné lord Zouch à une partie de chasse, à Bramzhill-Park , dans le Hampshire. Un matin, étant parvenu à faire lever un daim, il avertit la compagnie de se tenir sur ses gardes, et ajusta son coup. Mais, par méprise ou défaut d'adresse, il atteignit le gardien du parc, qui, par hasard, passait à cheval. L'enquête du coroner amena un verdict de meurtre involontaire; mais on affirmait que, d'après la lui canonique, l'archevêque se trouvait projeté de la règle, et qu'il était conséquemment incapable de posséder aucun bénéfice, ou d'exercer aucune fonction ecclésiastique. La solution de cette question tenait à une autre, celle de savoir si le genre d'amusement qui avait amené l'accident, était permis à une personne de son rang et de son caractère. Ses amis alléguaient que les canons permettaient la chasse aux ecclésiastiques, pourvu qu'ils se livrassent â cet exercice avec modération, et dans le seul but de leur santé; et que les lois civiles avaient confirmé cette coutume, en donnant aux évèques des parcs et des garennes. Ses antagonistes répliquaient que les mêmes canons prohibaient expressérament toute chasse où l'on employait des instruments de mort , et que si la loi avait donné aux prélats le droit de chasse, ce n'était qu'une dépendance de leurs baronies séculières, et qu'ils ne pouvaient l'exercer, comme tous les autres droits séculiers, que par des serviteurs laïques et des représentants (*2).

Il arriva qu'à cette époque quatre évèques furent élus, et que tous quatre refusèrent de recevoir la consécration des mains de leur métropolitain , tant que la question resterait indélls fondaient leurs objections sur des scru-

(1) Tel est le récit de Hacket, soo biographe, mais William* affirme qu'il ne t'attendait nullement à cette dignité lorsqu'elle lui fut offerte. Rymer, xvii , 297.

(2) Voyez l'Apologie d'Abbot et la réplique dans les Procès d'État de Uowell, u.

pulcs de conscience , quoiqu'on répandit méchamment le bruit qu'au moins deux d'entre eux, Williams , le garde des sceaux , et Laud , l'évèque de Saint-David , étaient guidés par un plus puissant motif, l'espoir de succéder à Abbot dans la dignité d'archevêque, si on le déclarait incapable de remplir désormais ses fonctions (1). Jacques nomma une commission composée de prélats et de canonistes; mais ils ne purent s'accorder, et ils pensèrent qu'on devait absoudre Abbot de toute irrégularité, o ad majorera cautelam. a Mais où trouver le supérieur ecclésiastique qui pouvait absoudre le métropolitain? Le cas ne s'était pas présenté, et l'on répondit que, comme chef de l'Église, le roi possédait la plénitude de pouvoir que, dans les pays catholiques, on reconnaît au pape. Jacques , en conséquence ( 22 nov. ), après avoir accordé le pardon légal, notifia ses ordres à huit évèques, qui , prenant pour base de leur délibération u que la partie de chasse où s'était trouvé le prélat était décente, modérée et paisible, et que toutes les précautions avaient été prises pour prévenir les accidents , » déclarèrent le métropolitain absous de toutes les censures qu'il pouvait avoir encourues, et le réintégrèrent dans toutes les charges et tous les droits qu'il possédait auparavant (2). Abbot n'avait jamais été un favori. Le roi ne le regarda, depuis cet événement, que comme marqué des stigmates de l'homicide; il mécontentait d'ailleurs continuellement le gouvernement , par la facilité avec laquelle il autorisait les livres qui attaquaient les cérémonies et la discipline de l'Église, et, vers la fin de sa vie, il ne parut à la cour que dans les occasions d'apparat et de cérémonie.

(1) Je donne peu de crédit à ce que raconte Hacket (i , 63), de la répugnance de Jacquet a accorder un évéché a Laud. Il arait été longtemps chapelain du roi , et il était aussi confesseur de Buckingbain. On Tarait choisi pour les accompagner en Écosse, et trois semaines seulement avant sa nomination , Jacques s'était accusé de négligence et lui avait promis de l'avancement. La tufs Diary, p. 4. D'après les statuts du collège de Saint-Jean, dont il était président, il ne pouvait conserver cette fonction. Jacques te déchargea du serment qu'il avait fait d'observer les statuts du collège (Rymer, xvii, 328); mai* Laud ne voulut pas s'autoriser de celte absolutioo, et résigna cet office. Journal , p. 4.

(2) Ibid., et Wilk., Cooc, n, 462. Rymer, xvii, 377-3».

HISTOIRE D'ANGLKTKll H F.

Mais l'opération la plus difficile |>our le roi élait de se préparer à la prochaine session du parlement. Afin de réduire au silence les plaintes des chefs populaires, et de prévenir leurs attaques concertées contre sa prérogative, il adopta le conseil de Williams, abolit , par proclamation , trente-six patentes les plus vexatoires, chargea des commissaires de rechercher les causes qui avaient amené la disparition de l'or monnayé, et fit rédiger des règlements pour favoriser l'accroissement du commerce dans les ports étrangers. Sur le continent, on vit ses ambassadeurs à leur poste près de la plupart des cours de l'Europe, et ils employèrent, en faveur du palatin, des raisonnements, des supplications, et des présents. Mais tous les efforts du roi devinrent infructueux par l'opiniâtreté de ce prince, le caractère insociable de son premier partisan , le comte de Mansficld , et l'ambition du duc de Bavière, qui cherchait à annexer le Palatinal à ses propres États. Jacques pouvait cependant se vanter que si lleidelberg , Manhcim , Frankenthal, et Worms, reconnaissaient encore l'autorité de leur légitime souverain, on le devait aux mesures qu'il avait prises, en maintenant dans leurs murs 5,000 hommes sous les ordres de sir Horace Y ère , et en prévenant , par un don de 40,000 livres, la défection des 16,000 mercenaires de Mansficld. Dans ces conjonctures, le roi conservait l'espérance que ces concessions adouciraient l'opiniâtreté des communes, et que les secours qu'il avait envoyés au palatin leur prouveraient son attachement aux intérêts des protestants en Allemagne , et son sincère désir de défendre les possessions de linforluoé Frédéric (1).

(t) Depuis quelques années , les pirates turcs de la Méditerranée avaient fait , de temps à autre, des prises dans la Maucbe , et plusieurs fois avaient emmené en ewrlavagc des babiiauts de la cèle d'Irlande. Four punir leur insolence, le roi avait proposé une expédition combinée, aux frais de toutes les puissances chrétiennes ; et, l'été précédent, il t'était décidé a envoyer une escadre nous les ordres du vice-amiral sir Robert Mausell , avec des instruction* pour brûler le» vaisseaux des pirates dans la rade d'Aloer. L'entreprise fut conduite avec cette bravoure qui di»tingue les marins anglais (le 24 mai 1621); mais les assaillants ne se fureul pas plustôl retirés, que les habitants , secondés par une pluie abondante, étei- Biiireut les flammes, et la perle des Turcs ne s'életa j guère qu'a 2 vaisseaux , qui furent entièrement consu 1

lxirsqae le parlement se réunit, les cornmissaires du roi (car Sa Majesté se trouvait indisposée à Ncwmarket) demandèrent à la chambre basse de remplir l'engagement qu elle avait pris à la dernière session, et de donner au souverain la possibilité de s'interposer avec énergie et efficacité eu faveur du palatin. Mais ils parlaient à des esprits mécontents et irrités. Les orateurs populaires qui s'étaient le plus distingués dans les premiers débats étaient sir Édouard Coke et sir Édouard Sands. Mais les richesses que Coke avait amassées pendant qu'il était en fonctions, avaient provoqué des soupçons, sur son intégrité; son langage violent et sa conduite emportée, lui avaient attiré de nombreux ennemis. A l'instigation de Bacon et de lady Ilatton, des enquêtes avaient eu lieu sur sa conduite, comme juge, et pendant l'ajournement on avait entamé une poursuite contre lui, pour malversation, sur onze chefs d'accusation. Sir Kdwin Sands avait prononcé plusieurs discours très-hardis, pendant le cours de la dernière session -, et , pour se mettre à l'abri de l'indignation royale, il avait obtenu de la chambre ( 1er juin), avant son ajournement , une déclaration qu'il n'avait fait que son devoir, et n'avait jamais dépassé les bornes de la convenance (1). Cependant il avait été arrêté avec Selden, son avocat, interrogé devant le conseil, sur quelque charge secrète, et remis en liberté, après une détention d'un mois. Leurs amis ne dissimulèrent pas leurs soupçons; ils représentèrent Coke et Sands comme des martyrs dans la cause du peuple, et déclamèrent avec aigreur contre la basse et despotique vengeance de la cour. Les communes s'emparèrent de la question avec une extrême chaleur. Elles ordonnèrent que les accusateurs de Coke fussent remis à la garde d'un sergent d'armes, nommèrent un comité pour interroger des témoins, et cherchèrent à établir qu'on

roés. Les poutres qu'ils jetèrent dans la baie et les nouvelles batteries qu'ils élevèrent sur le môle empêchèrent Manscll de faire une seconde attaque. Dans le cours de l'autiée , les pirates se dédommagèrent de leur perte eu capturant 35 vais»eaux marchands appartenant aux Anglais , et tout le royaume retentit de plaintes contre une expédition qui n'avait servi qu'à faire tort au commerce et à flétrir I honneur de la Dation. Ubab, m RusbworUi, 38 Camden, 654-658.

(!) Journaux, 636.

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