CHAPITRE VIII
Les débat» qui curent lieu , au retour du parlement, après les vacances de Pâques, peuvent se réunir sous trois chefs. 1° On présenta au roi une pétition, pour le prier de mettre en vigueur les lois pénales contre les prêtres catholiques et les réfractaires(l). Jacques, encore une fuis, prit Dieu à témoin qu'il n'avait jamais eu l'intention de dispenser de ces lois, et promit qu'il ne souffrirait jamais, dans quelque traité que ce fût , l'insertion d'une clause importante d'indulgence ou de tolérance pour les catholiques ('2). On fit une proclamation qui ordonnait aux missionnaires de sortir du royaume, à un jour fixé, sous peine de mort. Les juges et les magistrats reçurent l'ordre de mettre les lois à exécution. Comme dans les premiers temps, le lord maire fut invité à faire arrêter toutes les personnes qui sortiraient de la messe, dans les maisons des ambassadeurs étrangers , et Jacques demanda l'avis des évèques et de son conseil sur les moyens à prendre pour élever dans la doctrine réformée les eufants des catholiques (3). Mais la chambre des communes n'était pas encore satisfaite. Tous les membres furent sommés de donner les noms de toutes les personnes en charge dans leur comté, connues comme catholiques ou soupçonnées de l'être. Celte liste, après plusieurs radiations et changements, fut approuvée par la chambre , et I on vota unanimement une pétition pour demander la destitution immédiate de ces personnes. Mais les lords, quand on leur présenta la liste, dounèrent pour réponse que leur chambre était dans l'habitude j
(1) Le lecteur constitutionnel doit être informé que j le* commune» avaient résolu de faire une pétition au roi pour en obtenir une proclamation qui ordonnait l'exécution des lois contre le* réfrad aires; mai* le* lords objectèrent que cette proclamation conduirait < la posté- j nié a penser un jour que l'exécution de ces loi* dépendait d'une proclamation. • Journaux, 297. La pétition des communes était, dans le lan^ane de Jacques, • piquante, > mais il avait assez d'influence dans la chambre de* lord* pour lui en substituer une plus modérée. Voyez Rusbwortb, I, 140.
(2; A celte occasion, Charles déclara et fit serment • que , s'il plaisait à Dieu de lui donner pour femme une papiste, elle n'aurait de liberté religieuse que dan* sa propre famille , et ne pourrait être d'aucutie milité aux réfractaires en Angleterre, t Journaux de* toinmunes, 726.
(3) Journaux des lords, 317.
de recevoir les preuves par serment, et d'entendre les parties accusées; que concourir à cette pétition, ce serait juger et condamner sans preuves suffisantes ; et , d'après cela , on erut plus convenable que le prince la communiquât en particulier au roi, comme une affaire d'État qui méritait la plus sérieuse attention. Us y consentirent; on lut la pétition à Jacques, et on l'oublia (1).
2° la chambre des communes rétablit son comité de doléances, et toutes les personnes qui tenaient des patentes de la couronne reçurent l'ordre de les renvoyer pour être examinées. Après une recherche longue et fatigante, on en rendit quelques-unes comme peu dangereuses; d'autres furent déclarées illégales, le reste fut réservé pour l'examen de la prochaine session. Quand ils présentèrent leurs griefs, au nombre de onze, le roi, en retour, commença à leur faire part des siens. Ils avaient empiété sur son aulorité ecclésiastique, et, dans toutes les recherches, ils s'étaient laissés diriger par des hommes de loi, qui , il le leur disait en face , étaient le plus grand fléau pour tous les sujets de sou royaume; car, lorsque la cause n'était profitaMc à aucun des plaideurs, ils trouvaient toujours moyen d'y faire de gros bénéfices (*2).
3° Les chefs du parti patriote se hâtèrent de faire usage de leur compromis avec Buckingham, cl commencèrent par poursuivre Cranfield, comte deMiddlesex, lord trésorier, et président de la cour des pupilles. Le lecteur se rappellera que le lord trésorier était un de ceux que le favori avait menacés de sa vengeance. Jacques eut l'intention, mais non le courage, de le sauver. Il engagea Buckinghara â ne pas remettre aux mains des communes une arme qu'elles tourneraient un jour contre lui-
(1) Journaux de* lords, 397. Journaux des commute* 751, 776, 788. 792 — Cette liste était divisée en deux parties : la première contenait les noms • des papiste* réfractaires, ou non communiants, qui avaient ouvertement-fait connaître leur éloirwemeut pour la croyance établie, ou c«ux qui étaient accusé* ou soupçonnés de ce délit. «Elle contenait trente-trois noms. La seconde comprenait le* noms «de ceux doot les femme*, enfants ou domestique*, é'aieut réfractaires ou non communiants, ou soupçonnés . ou accusé* de l'être. • Voyez-le* dan» le* Journaux, 391.
(2; tobben, Uistotredu parlement, 1, 1503.
môme (1); il écrivit à ta chambre basse que le comte de Middlcscx, loin d'avoir conseillé, comme on le supposait, la dissolutiondu dernier parlement, avait demandé, à genoux, sa prolongation (2), et il rappela aux lords que le trésorier occupait une place dans laquelle il ne pouvait être fidèle à son prince, sans se créer des ennemis personnels: que, dans la plupart des circonstances, il n'agissait pas de son propre mouvement, et n'était que l'instrument des volontés royales; et que, dans la multiplicité des occupations, l'esprit le plus attentif pourrait commettre une erreur, soit par défaut de renseignements, soit parce qu'aucun jugement humain n'est infaillible. Mais l'influence de Buckingham était irrésistible. On présenta des pétitions contre Middlesex, et la chambre des communes l'accusa, devant les lords, de corruption, de tyrannie, et de négligence de devoirs. Il soutint son innocence, à son jugement, repoussa l'accusation avec énergie, et se plaignit hautement de l'inégalité qui existait entre ses persécuteurs et lui. On leur avait accordé trois semaines pour dresser l'accusation, et il n'avait que trois jours pour préparer sa défense ; ils se relevaient l'un l'autre, il était forcé de rester chaque jour pendant huit heures à la barre, jusqu'à ce que ses forces fussent totalement épuisées ; ils étaient soutenus par les avocats les plus distingués, il était abandonné à lui-même et privé de l'avantage d'un conseil. Plusieurs personnes le déclarèrent innocent (13 mai). Les lords l'acquittèrent sur deux points de l'accusation; mais ils le jugèrent coupable sur quatre articles, et on le condamna à payer une amende de 60,000 livres, à un emprisonnement indéterminé, et à l'exclusion perpétuelle du parlement et de la juridiction de la cour. Cependant, ses plaintes de tant de dureté, sans fruit pour lui-même, ont été utiles aux autres (28 mai). Les lords , prévoyant que, dans la suite, ils pourraient se trouver à sa place, ordonnèrent que dans les accusations suivantes il serait fourni à l'accusé des copies des dépositions faites en sa faveur et contre
(1 ) « Le roi dédara au duc qu'il était un fou, et qu'il m préparait des verbes pour ion propre dot, et au prince, que le temps viendrait où il te trouverait saoul des accusations dont il se farcissait le ventre. «Clarcndon, I. 23.
(2) Journal des communes, 768.
lui, et qu'a sa demande on lui accorderait l'aide d'un conseil instruit dans les lois (I).
L'autre grand officier qui avait été mis en accusation, était lévêque de Lincoln, garde des sceaux; mais les pétitions préparées contre lui restèrent sans effet jusqu'à la fin de la session , où le comité rapporta à la chambre que quelques-unes des charges qu'on avait examinées n'avaient aucun rondement, et que les autres ne donnaient point matière à une accusation criminelle. II ne dut cependant son salut qu'à sa prudence et à son humilité. Beaucoup plus souple que Cranfield , il ne fut pas plutôt averti du danger, qu'il chercha à se réconcilier avec le duc, sollicita l'intercession du prince , fit sa soumission en personne , et reçut cette froide réponse de consolation : a Je ne chercherai pas votre ruine; je cesserai seulement de m'occuper de votre fortune. » C'était à l'ouverture du parlement : durant la session, il eut le bonheur de trouver l'occasion de rendre service à Buckingham, qui lui en témoigna sa reconnaissance , mais sans lui rendre son ancienne affection.
Pendant trois mois, les ambassadeurs espagnols, le marquis Ynoiosa et don Carlos Coloma, avaient sollicité du roi une audience particulière ; mais on ne leur permit de le voir qu'eu présence du prince et de Buckingham. Enfin, Coloma parvint à détourner leur attention, tandis que Ynoiosa plaçait une note dans 1cs mains de Jacques, qui la mit immédiatement dans sa poche (21 avril). La conséquence fut, que le même soir, le comte de Kelly conduisit clandeslinement à l'appartement du roi, Carendolet, secrétaire de légation, qui informa le roi, au nom des ambassadeurs , qu'il était comme prisonnier dans son propre palais , entouré d'espions et de délateurs; qu'aucun de ses serviteurs n'osait exécuter ses ordres, ou lui donner son avis, sans l'approbation préa-
(I ) Journaux des lords , 307-383,418. Le roi avait ordonné a sir Kicbard Wtstoo de ne lui présenter aucune pétition de la part du comte. Le 29 de mai, ce seigneur donna à Weston une pétition pour son élarp, «sèment ; mais celui-ci n'osa la présenter qu'il n'eût reçu des instructions de BucLinobam. Voyez sa lettre dans Cabala, 403. Il sollicita ensuite l'eximptiou de l'amende ; elle fut réduite a 30,000 liv. : une aussi petite réduction le surprit (ibid., 404J. Il paya cependant 20,000 liv., et il fut exempté du reste. Dépêches de d fcfnat, apud farte, 132.