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CHAPITRE VIII

\âb\e de Buckingham, et que le royaume n'était plus gouverné par son souverain, mais par un homme qui, pour satisfaire sa vengeance, cherchait à entraîner son bienfaiteur dans une guerre injuste et impolilique. Il arriva qu'à cette époque l'évéque de Lincoln prit à sa solde la maîtresse de Carendolcl. Il sut par elle l'enl revue secrète qui avait eu lieu enlrc son amant et Jacques, et il en informa aussitôt le prince (1).

Trois jours après, Carendolcl se rendit une seconde fois chez le roi, avec un mémoire écrit: il contenait que Buckingham concertait toutes ses démarches avec les comtes d'Oxford et de Southampton , cl avec les membres de la chambre des communes qui avaient été punis pour insolence à la fin du dernier parlement ; que, dans ce but, il avait l'habitude de les réunir à souper et autres repas, où il leur découvrait les secrets de l'État, le serment particulier du roi, et la négociation importante qui concernait la Hollande (*2); qu'ils avaient arrêté entre eux que , si Jacques voulait s'opposer à leurs desseins, ils le renfermeraient dans une maison de campagne, et s'empareraient de la conduite du gouvernement, sous le nom du prince, comme régent; et que le duc, dans l'espoir d'attirer dans sa famille la succession à la couronne, proposait de marier sa fille au fils aîné du prince palatin, dont la femme était la plus proche héritière, après Chai les. Jacques interrompit souvent Carendolct en jetant ça et là des phrases brusques et sans suite. Il y avait, avouait-il, quelque chose de suspect dans la conduite du duc; mais personne jusqu'ici n'avait produit de charge contre ce seigneur, cl il ne pouvait

(1) Buckitigham «prime ainsi «on mécontentement à J arque* : « Pour obéir à to« ordre», je dirai à la chambre du parlement que vou» avez pris un si gros rhume, que. ne sachant pan comment vous panserez la nuit, vous ne pouvez encore fixer le jour de mmi audience: main j'éviterai de leur dire que , malgré vou e toux , vous avez trouvé le moyen de parler aux envoyés du roi d'Espagne, quoique vou» ne le puissiez avec vo» propres sujets.» L'audience dont il pari* fut accordée le jour suivant , le 23. Journaux des lords, 317.

(2; Il est évident qu'en considération de l'alliance cs- • pagnole, Jacques avait fait a Philippe, par l'entremise de Burkingham, une proposition touebaut la Hollande, et qu'il désirait ardemment qu'elle tut ignorée du public. Mém. de Hard , 1,405,428.

croire que son fils ni son favori cherchassent à lui faire tort, ou fussent capables de résister à son autorité. Son fils, disait-il, avait été jadis attaché à l'Espagne ; mais actuellement « il était entraîné par la fougue de la jeunesse à suivre les avis de Buckingham, qui, depuis son retour, avait on ne sait combien de diables dans le corps.» Celle communication fit cependant une profonde impression sur son esprit. Le matin, il parut pensif et mélancolique : il prit Charles dans sa voiture, mais refusa d'admettre le duc; puis, fondant en larmes, il se plaignit d'être abandonné, dans sa vieillesse, par ceux en qui il avait mis ses plus tendres affections (1).

On savait assez qui avait excilé dans le cœur du roi de pareils sentiments; mais il était réservé à la politique de Williams, pour déjouer le complot , de découvrir les particularités de l'intrigue. «Il se sentait tourmenté, disait il, comme une femme en travail, jusqu'à ce qu'il put connaître la vérité.» Afin d'avoir une entrevue avec Carcndolet, il fit arrêter un prêtre catholique, de l'intime connaissance de l'Espagnol, qui vint immédiatement intercéder pour son ami ; et considérant le lord garde des sceaux comme un de ceux dont le salut dépendait de la ruine de Buckingham, il le supplia de l'aider dans son projet (27 avril). Il ne fut pas difficile à Williams, et dans un Ici moment , de lui arracher son secret. Il transmit cette information au prince, et lui donna l'avis que lui ou le duc ne quittât jamais le roi; il y ajouta un mémoire écrit, dans lequel il avait soigneusement répondu à loulcs les accusations avancées par les Espagnols.

La lecture de ce papier, auquel Charles avait ajouté des remarques, diminua, mais ne dé-

(V, Voyez Cabala,270. Buckingham dit à l'archevêque d'Embrun que la proposition de mari.ige venait du prince palatin, et que le loi ne s'y opposait pas. Il était évident que Boukitikan y penchait fort. Relation d'Embrun , 304. C.'fSl à cette offre que les Espagnols attribuèrent la détermination de Buckingham de rompre le mariage enlrc Charics et l'infante. • Le même jour ii reçut des lettres de l'auguste princesse pa'atine, et fit révoquer la procuration. Quelques jours apr< s, à l'arrivée du secrétaire de ladite princesse, et d'après la confirmation de son espérance de voir sa fille mariée au fils de la princesse palatine , il fit tout mettre eu pièces. • Arcbxo, xvn, 282. Cabala, 275.

truisit pas entièrement les soupçons de Jacques. ] p dimanche suivant (2 mai), il entra dans la chambre du conseil, une Bible à la main, fit jurer à (ouïes les personnes présentes de dire la vérité, et leur ordonna de répondre à certaines questions qu'il avait préparées, relativement aux desseins supposés du duc (I). Ils prirent tous un air de surprise, et s'excusèrent de leur ignorance. Buckinghamse plaignit de l'insulte faite à sa loyauté; mais son esprit Fut tellement agité, qu'il éprouva un accès de fièvre, et fut obligé de garder la chambre pendant quinze jours. Le roi eut pitié de lui, demanda aux ambassadeurs de produire les noms de ses accusateurs, et regarda leur refus comme une justification complète de son favori. Ynr'iosa, cependant, prit un ton plus haut : il demanda une audience au roi, et quand on lui eut dit qu'il devait s'expliquer devant les ministres, il demanda un vaisseau pour quitter le royaume. Jacques désirait le voir, mais Charles et Buckingham s'y opposèrent : il pari it sans recevoir les présents ordinaires; et, h son arrivée en Espagne, il apprit qu'une accusation était déjà portée contre lui par l'ambassadeur anglais (2). Pour se justifier, il soutint que Carendolet n'avait rien avancé par ses ordres qui ne TtU véritable; qu'on ne devait pas ajouter foi à des conseillers qui feignaient d'élrc ignorants parce qu'ils étaient complices, et qu'il pourrait nommer plusieurs officiers de la cour qui auraient le désir et les moyens de prouver le crime de Buckingham, s'ils n'étaient r< -lonus par la crainte de sa vengeance et de la pusillanimité du roi. Grâce à l'influence de ron cousin 01 ivarez, il retrouva, peu de jours après, toute la faveur de son souverain (3).

\a répugnance visible avec laquelle Jacques avait consenti à ce qui s'était fait dans les deux

(H Charte» écrivit à Burkinnliam 5 ce si^et, lui cont- 1 : 1 1 n • d'acquiescer au dessein qu'a vaille roi il'iuierrojjer i..^ • ■ • vous serment. Mtiiiuirrs de HjiMwicU,

<"2 ■ \ '.,< ,;;Tniflc joie de (nUilcs savetiers et de* autre* t i: ^ii-ir, , ., iHurs de cette ville, il parlii ce jour-là t""'r l \\ II i , n le lendemain pour Douvres. • Mém. 'I.- Si i- 1 , : . ,t »l . édit., i, 21.

. < ni[ . r, / , poui celle singulière affaire, la relation >'• ' I - ' i , lUj-197, avec 1rs lellres de Cabala , 13, . - M* . et les dépêches de Velamzo, ambassadeur citées par Carte, iv, 117.

chambres fit généralement soupçonner que le duc ne jouissait que d'un pouvoir précaire (1 \ Certain, cependant, de l'appui du prince, et se confiant à leur influence combinée sur l'esprit faible du roi, il dédaigna les intrigues et se moqua des prédictions de ses ennemis. Ln des objets principaux, après la clôture du parlement, fut de songer à recouvrer le Palalinat. On envoya des ambassadeurs a la plupart des cours de ( Europe, et l'on employa des raisonnements, des promesses, et des présents, pour susciter des ennemis à la maison d'Autriche. La longue trêve entre l'Espagne et les États venait d expirer : la guerre était déjà allumée dans les Pays-Bas; et Buckingham saisit cette occasion pour conclure une ligue défensive, mais non offensive, entre le roi de la Grande- Bretagne et les sept provinces unies. 11 fut stipulé que, dans le cas d une invasion étrangère, chacune des parties contractantes serait tenue de secourir l'autre, le roi avec une armée de 6,000 hommes, les Étals avec une de 4,000, et qu'à la fin de la guerre, tes dépenses occasionnées par les Iroupcs auxiliaires, seraient acquittées par la puissance qui aurait joui de l'avantage de leurs services. La nouvelle du massacre de la factorerie anglaise d'Amboyne venait d'arriver, et la nation retentissait de plaintes contre l'avarice et l'inhumanité des Hollandais; mais, d'un autre colé, les Espagnols avaient déjà mis le siège devant Breda, et Charles cl Buckingham brûlaient d'en venir aux mains avec l'Espagne. Le cri de vengeance cessa, le traité fut signé, et le secours de 6,000 hommes immédiatement fourni (2).

l.cs envoyés anglais soumirent aux rois de Suède et de Danemark, et aux autres puissances protestantes de l'Allemagne, le plan d'une croi>adc pour l'abolition du pouvoir catholique dans l'empire. Ils en appelèrent avec

(1 ) Mémoire* de Strafford, i , 20.

(2) Mém. de Clare ndon , i, 2I-2Î. Puroont, 458. U roi de r ranec leur donna en même temps de largeui , 1 ,200,000 liv. tournois, pour la première année, I million pour la deuxième , el la même somme pour la troisième , qui «levaient être rendues par portion* égales entre la troisième et la neuvième année après la pais. Louis demanda en rcl< ur que ses sujets en Hollande eussent la libre exercice de leur religion. Cela fut accordé seulement dans la maison de son ambassadeur, et à condition qu'aucun indin/ne n'y sérail reçu Ibid. , 4G3-

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