CHAPITRE VIII
force à la religion et à l'intérêt de ces princes; et presque tous, sur la promesse d'un subside considérable, souscrivirent à la sainte alliance. Quoique les États catholiques de France, de Venise, et de la Savoie, regardassent comme un déshonneur d'entrer publiquement dans une lijjue protestante contre ceux qui professaient leur croyance, l'inimitié qu'ils portaient à la maison d'Autriche les engagea à contribuer à son succès, et ils promirent secrètement de détourner l'attention de l'Espagne par de feintes hostilités, de fournir de l'argent pour entretenir l'armée du prince palatin, et de permettre qu'on levât dans leurs propres États une armée auxiliaire. I-e comte Mansfield, célèbre aventurier, et le principal soutien de la fortune chancelante de Frédéric, vint en Angleterre (10 juin). Il obtint, pour le payement de ses troupes, la promesse d'une somme de 20,000 livres par mois; et, pour renforcer son armée d'auxiliaires français et allemands, 12,000 Anglais, que Ton força d'entrer à son service, et que l'on mit sous son commandement. De Douvres, où l'on ne put réprimer leurs excès que par des exécutions sommaires, ces recrues partirent pour Calais, d'où elles se rendirent en Zélande ; mais le grand nombre des transports, l'inclémence de la saison, et le défaut de provisions et de tentes sur le rivage, engendrèrent une maladie contagieuse qui emporta 6,000 hommes dans l'espace de quelques semaines; et, quoique Mansfield poursuivit sa marche en bravant tous les obstacles, il trouva son armée, quand il atteignit le Rhin, tellement affaiblie par la maladie et les accidents de la route, qu'il fut forcé de se tenir sur la défensive (I).
Le roi était resté spectateur silencieux et peu satisfait de tous ces préparatifs de guerre; mais il prit un intérêt plus vif au nouveau traité de mariage qui avait été engagé pour le consoler de la rupture de celui que l'on
(1) Le secrétaire Conway dit que lei 12,000 hommes furent levés par la presse. Mém. de Hard., i , 533. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'eu même temps que ces 12,000 hommes el les 6,000 autres étaient levés en Angleterre , pour être employés contre l'Espagne et l'Autriche, Se lord Vaux faisait aussi une levée de 1400 hommes pour le service de l'archiducbeste , et par conséquent en leur faveur.
avait tenté avec l'Espagne. L'année précédente, lorsque Charles et Buckingham avaient traversé la France, ils s'étaient arrêtés nn jour à Paris, et avaient été admis, en qualité d'étrangers, à la cour de France, où ils avaient vu dans un bal la princesse Marie - Henriette. (Tétait la plus jeune des filles du dernier roi. Dans sa quatorzième année , elle avait le teint brun et une petite stature, mais elle se faisait distinguer par la beauté de ses traits et par l'élégance de ses manières (1). A cette époque, elle ne parut avoir fait aucune impression sur le cœur du prince; mais ensuite, à mesure que ses affections s'éloignèrent de l'infante, ses pensées se tournèrent vers Henrielte; et peu de temps après son retour en Angleterre, lord Kensington fut envoyé, à sa demande, à la cour du frère de la princesse. Il y parut sans caractère officiel ; mais on comprit l'objet de sa visite, et il reçut de la reine mère l'assurance d'un résultat favorable. Dès que Jacques eut rompu le traité fait avec l'E«pagne (2), le comte de Carliste se joignit à Kensington : ils prirent tous deux le titre d'ambassadeurs, et firent formellement la proposition de mariage. Elle fut d'abord reçue avec empressement par les ministres français; mais, instruits que le roi tenait à cette union, et que le pouvoir de Buckingham dépendait du succès du traité, ils élevèrent graduellement leurs demandes. On convint que les parties seraient mariées en France , de la même manière que Henri IV avait épousé Marguerite de Valois ; qu'à l'arrivée de la princesse en Angleterre, le contrat serait publiquement ratifié, sans aucune cérémonie religieuse; que la princesse et sa suite auraient le libre exercice de leur religion, ainsi qu'il avait été convenu pour l'infante ; qu'elle aurait la surveillance de ses enfants jusqu'à ce qu'ils eussent atteint l'Age de treize ans ; que sa dot serait de 800,000 couronnes , et qu'elle renoncerait pour elle et ses descendants à tout droit de succession à la couronne de France. Mais,
(1) Voyez deux portraits de la princesse, par lord Kemimjton . Cabala , 312. Ellis, u, 177; et les lettres de Howell, 101.
(2) Cabala, 311-319. Philippe, a la nouvelle de celle mesure, répliqua qu'il regardait le traité de mariage comme existant toujours par suite d'une convention particulière entre le prince et lui.
rn outre, le cardinal de Richelieu observa que ce serait un affront à son souverain , de faire moins de concessions en faveur d'une princesse française, qu'on n'en avait stipulé pour une princesse espagnole; et, sous ce motif, il demandait que l'indulgence promise aux catholiques anglais par le traité de Madrid fût garantie par celui de Paris. Celte demande inattendue, après les ordres donnes si récemment aux juges, le serment prêté par le prince, et la promesse faite aux parlements par Jacques, donna lieu à des difficultés presque insurmontables. La négociation fut suspendue : on suggéra divers moyens que l'on refusa ; a la fin , le cabinet français consentit (8 nov.), ou parut consentir au compromis suivant. Le roi d'Angleterre, par un engagement secret, signé de lui, de son fils , et d'un secrétaire d'État, promettait d'accorder à ses sujets catholiques une plus grande liberté de religion qu'il n'en avait été réclamé en vertu de l'alliance espagnole , en renonçant a toute poursuite contre leurs personnes , leurs propriétés, ou leur conscience (1).
Après cette convention, Jacques et Louis signèrent le traité ( 12 nov. ). Us l'avaient même ratifié par leurs serments, lorsque les ministres français élevèrent une objection tout à fait inattendue. La promesse secrète, disaient-ils, élait conçue en termes généraux : elle n'engageait le roi à aucune mesure spéciale de protection ; elle lui laissait la liberté d'accroître ou de restreindre la tolérance selon son bon plaisir. Celte plainte fut regardée parles ambassadeurs anglais, à Paris, comme une tentative pour recommencer une négociation définitivement close. Ils exprimèrent dans des termes énergiques leur surprise et leur indignation. Ils engagèrent Buckingliam à résister avec force ; ils se hasardèrent même à prédire que la cour de France se désisterait de ses prétentions, plutôt que de perdre les avantages du mariage. Mais le roi et son fils n'y virent qu'une tentative, inspirée par quelque circonstance du moment : ils savaient que les Espagno's cherchaient a sé-
(I) Mém. de Hardwicke, i , 523-547. Lord Mihisdale, catholique, préla ton appui a rauibassadiur français A Kome, pour obleoir une dispense du pape. Voyez une de ses lettres adressées a Buckineham dans Cabala , 332, et une réponse de Buckioguam dans Eilis , m . 1 '9.
duirc la fidélité de Ixnu's par des propositions importantes, et ils ne voulurent pas essuyer la honte d'un refus plus désagréable encore que le premier. Avec de telles appréhensions, le meilleur parti à prendre était de se soumettre aux conditions imposées, et au lieu du premier engagement, on substitua les trois articles suivants: que tous les catholiques emprisonnés pour cause de religion, depuis l'ouverture du parlement, seraient mis en liberté; que toutes les amendes levées sur les non-conformistes depuis cette époque seraient restituées, et qu'à l'avenir ils n'éprouveraient aucun désagrément à raison de l'exercice paisible et privé de leur culte (I).
Ainsi le roi . après neuf années d'ambassades et de négociations, avait surmonté, en apparence, tous les obstacles qui s'opposaient au mariage de son fils avec une princesse d'une naissance égale, et dont la famille fût puissante. Charles nomma pour son représentant le duc de Chcvreusc, et le duc de Buckingliam reçut l'ordre d'amener la jeune épouse en Angleterre. Ces arrangements furent inopinément interrompus par le refus du nonce du pape de délivrer la dispense avant d'avoir de meilleures sûretés de l'accomplissement des promesses faites en faveur des catholiques anglais. I>e ministre français proposa de procurer une dispense des autorités ecclésiastiques de France ; mais Jacques insista pour qu'elle fût directement accordée par le pape , afin qu'on ne pût élever par la suite aucun doute sur la validité du mariage. La négociation fut reprise; des copies des promesses souscrites par le rot cl le prince furent soumises au pape, et l'on y ajouta un serment qui devait être prononcé par Louis, s'engageant pour lui-même et ses successeurs à procurer, par toute la puissance de sa couronne, l'accomplissement des promesses (2). Urbain se laissa lui-même persuader, et le nonce Spada finit par délivrer la dispense, mais Jacques ne vécut pas assez pour être témoin du mariage. Ou crut d'abord que ce n'était qu'une fièvre tierce, ensuite la goutte dans l'estomac; mais quelle que fût la nature vérita-
(1) Ibid, 547-561. Cabala, 320. Prynne,72. Ruwortb, l, 173.
(2) Dépêches du nonce Spada.