CHAPITRE VIII
ble de la maladie, elle lui devint fatale par son < obstination à refuser tous les remèdes, et par l'hésitation ou l'ignorance de ses médecins. Le onzième jour, il reçut le sacrement , en présence de son 6la , de son favori , et de ses serviteurs, avec une sérénité d'esprit et une ferveur de dévotion qui firent verser des larmes à tous les assistants (1). Le quatorzième jour, il envoya chercher son fils de grand matin ; mais avant que le prince pût arriver à sa chambre, le roi avait perdu l'usage de la parole, et il expira sous quelques heures ( 1625, 27 mars), dans la cinquante-neuvième année de son âge , cl la vingt-troisième de son règne. De sept enfants qu'il avait eus, trois fils et quatre filles, deux seulement lui survécurent, Charles, son successeur, et Elisabeth, reine titulaire de Bohème (2).
Quoique Jacques fût un homme habile, c'était un faible monarque. La vivacité de son esprit et la rectitude de son jugement étaient gâtées par sa crédulité et par sa partialité, par ses craintes puériles et par l'habitude de l'indécision. Éminemment doué des qualités d'un conseiller, il manquait de caractère et de résolution, pour agir comme un souverain. Sa conversation était semée de maximes de la plus haute sagesse politique, et sa conduite portait souvent l'empreinte del'inepiif. Si, dans le langage de ses flatteurs , il était le Salomon breton, dans l'opinion d'observateurs moins intéressés, il méritait le nom que lui avait
( I ) i Quand on lui dit que le» homme* qui ont reçu le» ordres sacrés dan» l'Église d'Angleterre possèdent comme inhérent à leurs fonctions et non a leur personne le pouToir de prononcer et de déclarer la rémUsiou des péché» a tou» les pénitents qui la réclament , il répondit aussitôt : J'ai toujours cru que ce pouvoir appartenait a vous qui avez reçu les ordre» dans l'Église d'Angleterre, et c'est pourquoi , moi , misérable pécheur , je prie humblement le Tout-PuUsant de m'abtoudre de mes péché» , et tou» , qui êtes son ministre dans cette fonction élevée, de me faire obtenir du ciel cette consolation. Et après que l abuolution eut été Ineet prononcée , il reçut le sacrement avec le lèle et la dévotion , non d'un homme faible cl pécheur , mais d'un chérubin composé de chair et de sang. • .Son oraison funèbre, par Williams. Trailé de S orner» , il , 51 , édit. de 1809.
(2) Mém. de Uardwicke, i, 662 - 506. Itowe), 173. Journal de Laud, 15. Les prières lues à Jacques, a sa mort , par l'évéque de Lincoln , sont dans le Tiie-Livc de Hearne, 221 224.
donné le duc de Sully , du plus sage fou de l'Europe (1).
On peut attribuer les anomalies de son caractère à cet amour de bien-être personnel qui semble avoir été sa passion dominante. Nous le voyons continuellement y sacrifier ses devoirs et ses intérêts, cherchant, dans sa jeunesse, à éviter par tous les moyens possibles l'ennui des affaires publiques, et plus tard, se débarrassant du poids du gouvernement pour le faira retomber sur ses favoris. C'est là ce qui lui apprit à se servir de ruse et de duplicité pour parvenir à ses fins, à retirer sa parole avec autant de facilité qu'il la donnait, à jurer et à se parjurer selon sa convenance. C'est ainsi qu'il s'abtmait dans les dettes pour s'épargner la peiue de refuser des solliciteurs importuns, et qu'il sanctionnait des mesures qu'il condamnait, afin d« se soustraire aux reproches de son fils et de sou favori. Il oubliait ses sollicitudes dans ses parties de chasse ou de paume, dans ses débauches de table, ou dans les rires que lui causait la bouffonnerie de ceux qui l'entouraient; et ces plaisirs faisaient le seul bonheur de sa vie.
Sa conversation était éloquente, mais pédantesque, fréquemment entremêlée de serments, et gâtée d'ordinaire par des allusions profanes. Quoiqu'il ne fût pas admirateur du beau sexe , on l'accuse d'avoir encouragé les immoralités de Somerset et de Buckingham ; et les caresses dont il comblait ses favoris, jointes à l'indélicatesse de sa correspondance familière, ont in-
(I) • llétait de moyenne stature, plusgros eu appar nce, a cause de ses vêlements, qu'il ne l'était réellement, quoique a usez gras; il portait ses habits larges et aise». Son pourpoint était matelassé et a l'épreuve du stylet ; ses culottes, à grands pli» et très-étoffées. Son caractèie était naturellement craintif, ce qui explique pourquoi il portait son pourpoint matelassé Se» yeux étaient grandi, toujours attachés sur les personnes qu'il ne connaissait pas, et de manière a les décontenancer et a les oblifjrr même de sortir de l'appartement. Sa barbe était rare ; sa langue, trop grande pour sa bouche, ne lui permettait pas de boire convenablement, et souvent ce qu'il buvait retombait des deux coté» de sa bouche dan» «on verre. Sa peau était aussi douce qu'un satin, ce qui venait de ce qu'il ne lavait jamais ses mainset n'essuyait queses doigts avec le coin mouillé d'une serviette. Ses jambes étaient trèsfaibles. On croit qu'on lui avait joué quelque mauva:» tour dans son extrême enfance ( ou que cela venait |ient être du sein de sa mère). A sept au» il ne pouvait se tenu debout. Celte faiblesse l'obligeait a «'appum touju-.ir* sur le* épaul's de quelqu'un. • Hal our. n , 108.
duit quelques écrivains à lui soupçonner les habitudes les plus infâmes. Mais une accusation aussi odieuse exige des preuves plus positives qu'une allusion obscure dans une pétition, et que les noires insinuations d'un libelle diffamatoire ( I ).
Jacques avait retenu de Buchanan , son précepteur, la maxime «qu'un souverain devait être l'homme le plus instruit de son royaume. » Il nous a laissé des preuves nombreuses de ses connaissances ; mais son orgueil littéraire et sa suffisance, son habitude d'interroger les autres afin de découvrir l'étendue de leur savoir, l'étalage ridicule qu'il faisait continuellement de son instruction , bien qu'ils lui valussent les flatteries de ses servi teurset de ses courtisans, lui attiraient le mépris et la dérision des véritables savants. Il regardait la théologie comme la premièredes sciences, à cause de son objet, et de sa haute importance pour lui-même, en qualité de chef de l'Église et de défenseur de la foi. Mais quoiqu'il restât toujours orthodoxe , sa croyance ne fut pas exempte de variations. Ses opinions conservèrent pendant plusieurs années une teinte de calvinisme, qui s'effaça insensiblement par la conversation de Laud et de Montague, et autres gens d'église élevés en dignité; et avant la fin de son régne, il avait adopté les doctrines plus douces, mais toutes différentes d Armintus. Dans ses dernières années, il s'appliqua à l'étude de la théologie, à la révision des ouvrages d'institution religieuse, aux directions à donuer aux prédicateurs, et à la réfutation des hérésies des théologiens étrangers. Telles furent les objets qui occupèrent l'aftentiou, et qui partagèrent les soins du souverain des trois royaumes (2).
( I ) Voyez la note , dans l'édit. de Scot , de* Traites de .Soincrs, 11, 488.
(2) ban» l'automne de 1621, l'archevêque d'Embrun vint eu Angleterre par ordre du roi de France , el eut plusieurs conférences avec Jacques cl buikiugtiam , louchant le traité de mariage. Dans l'uue d'elle», le roi assura le prélat qu'il n'avait rien de plus à cœur que d'établir d us ses Étals la liberté de coascieuce, el qu'à ce sujet il
Outre la théologie, il y avait une autre science dans laquelle il était également versé, cille de la démonologie. Il démontrait, en faisant parade d'un grand savoir, l'existence des sorciers et des malheurs qui résultaient de la sorcellerie, contre les objections de Scot et de Wier; il découvrit même une solution satisfaisante à cette question obscure , mais intéressante, « pourquoi le diable communiquait beaucoup plus avec les vieilles femmes qu'avec les autres, d l-cs vieilles femmes n'eurent pas lieu de se féliciter de la sagacité de leur souverain. La sorcellerie, à sa sollicitation , fut mise au nombre des grands crimes ; et, depuis le commencement de son règne, il se passa à peine une année sans que l'on condamnât quelque vieille femme à expier sur le gibet ses relations imaginaires avec le mauvais esprit.
Si Jacques eût été destiné à la vie privée, c'eût été un très-respectable gentilhomme de campagne : l'élévation du trône exposa ses faiblesses aux regards du public , et cela à une époque où l'esprit croissant de liberté, et l'étude générale des sciences , rendaient les hommes moins indulgents pour les prétentions de leurs supérieurs et plus portés à censurer leurs défauts. Avec tout son savoir et toute son éloquence, il ne put acquérir l'amour et l'estime de ses sujets; et quoiqu'il n'ait pas mérité les reproches faits à sa mémoire par les écrivains révolutionnaires du règne suivant et de ceux qui lui succédèrent , la postérité l'a classé parmi les rois faibles et prodigues , et les pédants vaniteux et bavards.
avait songé a une assemblée de théologiens anglais et étrangers (probablement français), qui pourrait se tenir a Douvres ou à Boulogne , el dan» laquelle on déclarerait sur quelle bave on fonderait une concession aussi importante. Je pense que c'est tout ce que l'on peut raisonnablement conclure des paroles du roi , telles qu'elles sont rapportées par l'archevêque , quoiqu'il en iuférat que Jacques désirait effectuer une réuukra entre les deux Églises, el ordonner cette assemblée de théologiens comme une mesure préparatoire. Voyez la relation de M. l'archevêque d'Embrun , ajoutée aux Mémoires de Deageant, 327-377.
CHANTRK IX.
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