‹ Histoire d' AngleterreChapitre 110 sur 307 · II.MnVIII.t6u luuuvrul X · texte numérisé non relu

II.MnVIII.t6u luuuvrul X

Sf.innm' du roi. — Son premier parlement. — Expédition malheureuse contre Cadix. — Second parlement.

— Accusations de Bristol et de Ruckingham. - Guerre a vida France. - Malheureuse expédition de l'Ile de Hlié. — Troisième parlement. — Péiilioci de droit.

— Assassinat de Buclingham. — Mini très. — Ijud , ev^ue de Lo; dres. — Expédient* pour lever de I argent. — Paix avec h France et l'E*pagiie. — Démarche» co faveur du prince palatin.

Charles était dans sa vingt-cinquième année lorsqu'il monta sur le trône. Sou avènement n'amena aucun changement important dans le» membres du conseil ni dans la politique du gcuivcrnenicul. On avait rarement vu le même individu se concilier la faveur de deux monarques successifs; mais Buckingham posséda la confiance du fils d'une manière aussi durable qu'il avait possédé celle du père. La mort de Jacques lui fut n.è:ne favorable : le vieux roi avait commencé à éprouver quelque gène sous sa tutelle ; mais Charles écoutait ses conseils avec la crédulité d'un jeune homme, et lui était attaché avec toute l'ardente obstination de son âge.

La première question qui réclama l'attention du nouveau monarque fut l'union déjà conclue avec la maison de F rance (l(J2ô, 30 mars). Trois jours après la mort de son père, il ratifia, comme roi, le traité auquel il avait jadis souscrit comme prince. Le duc de Chevreuse, son parent par la maison de Cuise, fut nommé pour la seconde fois son représentant. cardiual de La Rochefoucauld accomplit la cérémonie du mariage sur une plate forme ,'élcvée devant la grande porte de la cathédrale de

Paris ^1), et le duo de Biickinghain se rendit dans celte capitale, accompagné d'une suite nombreuse, afin de conduire en Angleterre la royulc*épouse. Sept jours entiers furent consacrés à des réjouissances, à l'occasion d'un événement qui allait, supposait-on , cimenter une union éternelle entre les deux couronnes. Les reines Marie de Médicis et Anne d'Autriche accompagnèrent Henriette, à son départ de la cour de son frère (2). Charles vint la recevoir à Douvres, a la tète de la noblesse anglaise; la cérémonie du mariage fut renouvelée publiquement dans la grande salle de Cantèrbury; et le couple royal se rendit sans délais au palais d llamptou-Court ;3). L'entrée solennelle dans la capitale u'eut pas lieu , a cause des ravages d'une maladie contagieuse, la plus funeste qui eût existé de mémoire d'homme (4).

Charles avait eu le loisir de s'occuper de sa jeune épouse. Le lendemain de leur arrivée, il convoqua pour la première fois le parlement, et lui soumit l'état de ses finances. Le subside accordé à son père n'avait pas couvert la moitié des charges pour lesquelles on l'avait voté : Jacques avait légué à son successeur des dettes personnelles, montant à la somme de 700,000 liv. ; et l'avènement au tronc et le mariage du nouveau roi l'avaient engagé dans des dépenses extraordinaires, mais nécessaires. C'était

(I] Voyez la relation française de la cérémonie djns tes Traités de Soracrs , iv, 9.5.

(2) La reine mère avait l'intention d'accompagner «a fille en Angleterre. Sa sauté ne le permit pas; elle écrivit a Cbarles , de la ville d'Amiens , ce qui suit : • J'estime ma fille heureuze , puisqu'elle sera le lien et le ciment de l'union de ce» deux couronnes ; et je l'estime doublement heureuze, non-seulement pour ce qu'elle épouse un grand roi , mais une personne comme la vôtre. Je vous la recommande corne la créature du monde qui m'est aussi chère , et prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous bénisse tous deux.» Kynwrr, xvni, 116.

(3) Les catholiques et les protestants regardant également le mariage comme un sacrement religieux , les premiers eussent été mécontents si Henriette l'eut reçu d'un ministre protestant; les seconds, si Charles l'eût reni d'un ministre catholique. Le lecteur observera que, par l'arrangement adopté , on évita les deux inconvénient*.

(4) Dans les lettres de Mead a Sluteville, le nombre des nions par semaine augmente à Londres d'une manière effrayanle : de 640 a 912, 1222 , 3,383 , le 30 juillet. Ellis, m, 203 , 205 , 207, 209. Le non. lire des mnrls a tondre» et a Westminster, pendant l'aunée, fut d* 63,001, dont 41,313 de la peste

cependant avec confiance qu'il s'en remettait à la générosité de ses sujets. Les objections qu'on n'avait cessé d'opposer aux demandes pécuniaires du dernier roi ne pouvaient être reproduites. On ne pouvait dire de lui qu'il se fût tellement plongé dans un abtmc de dettes, qu'il eût prodigué à ses mignons les revenus de la couronne, ou qu'il eût éveillé la jalousie du peuple en prêchant sans cesse sur les droits de la prérogative; l'argent qu'il demandait était destiné à mettre à exécution le vote du dernier parlement; ceux qui avaient conseillé la guerre ne pouvaient raisonnablement refuser les fonds, sans lesquels on ne pouvait la soutenir.

L'esprit public était cependant disposé de manière à réduire les grandes espérances qu'avait courues le roi. Dans la chambre haute , il n'exis'ail à la vérité aucune opposition formelle contre la cour; mais plusieurs des lords voyaient d'un œil mécontent l'influence de Buckingham , et ils étaient prêts à voter pour toute mesure qui, en embarrassant le gouvernement, pourrait hâter la ruine du favori. Leur chef véritable, mais non avoué, était le comte de Pembroke; et l'on se formera peut-être une exacle idée de la force des deux partis, en comptant le nombre des députés dévoués à leurs chefs. Si Buckingham en avait treize, Pembroke pouvait se vanter d'en avoir dix (1).

Dans la chambre des communes, les saints, ou les zealots , formaient la phalange la plus puissante. Austères pour eux-mêmes, intolérants pour les autres, ils cherchaient à réformer également l'Église et l'Etat, suivant les notions particulières qu'ils avaient de la doctrine et de la pratique des Écritures. Ils regardaient comme le premier de leurs devoirs d'extirper le papisme, qui, comme un fantôme, obsédait jour et nuit leur imagination: de quelque côté qu'ils se tournassent, il était toujours devant eux; ils l'apercevaient mime dans les réjouissances et les fêtes de la cour, dans la distinction des rangs de la hiérarchie, dans les cérémonies de l'Église, et dans l'existence de la pluralité des bénéfices parmi le clergé. Leur zèle, constamment actif, avait été dernièrement porté jusqu'à l'exaspéra lion, par les publica-

(1; .Journaux , m , ttl

lions du docteur Montague, l'un des chapelain» du roi. Montague, dans une controverse contre un missionnaire catholique, avait désavoué plusieurs des doctrines qui lui étaient imputées* par ses adversaires. C'étaient, disait-il, les doctrines de Calvin, et non celles de l'Église établie. La distinction parut très-blessante : Yates et Ward,dcux ministres puritains, préparèrent contre Montague une accusation qu'ils voulaient soumettre au parlement, et Montague a en appela à César, » dans un traité dédié au roi. Ce procédé excita l'indignation de ses ennemis au plus haut degré: ils déclarèrent qu'il n'était qu'un papiste caché, dont le but était d'introduire le papisme; ils soupçonnèrent qu'il était encouragé par des promesses d'appui de plusieurs prélats, peut-être de Charles luimême, et ils demandèrent sa punition avec autant d'ardeur et d'opiniâtreté que si de celte punition seule eût dépendu l'existence de la foi réformée.

Les zélateurs combattaient généralement sous la même bannière que les membres du parti patriotique, et faisaient sur la plupart des questions cause commune avec eux; ceux-ci, quels que fussent leurs sentiments religieux, déclaraient qu'ils tendaient à la réforme des abus qui s'étaient glissés dans l'exercice de la prérogative, et à la conservation des libertés du peuple. Le conflit perpétuel entre l'autorité et la conscience, durant les derniers règnes, entretenu par le progrès plus général et plus rapide de la science politique, avait encouragé plusieurs personnes à préférer le principe au précédent, à contester la validité des usages que l'on ne défendait que parce qu'ils existaient, et à condamner, comme une. usurpation de la couronne, tout ce qui semblait incompatible avec les droits du peuple. Les avocats de celte doclrine parvinrent aisément à siéger dans la chambre basse; et comme l'expérience avait démontré que leur force réelle tenait au pouvoir de contrôler les finances publiques, ils avaient pris la résolution de s'opposer à toutes les concessions d'argent faites au souverain , si elles n'étaient accompagnées de l'abolition de quelque fardeau national, ou de la renonciation a quelque prétention arbitraire et oppressive.

Ce qui rendait l'union des deux partis plus redoutable, c itait la couleur spécieuse donnée

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