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CHAPITRE IX

S leurs opinions : Us combattaient pour la religion véritable et pour la liberté civile; s'opposer à eux, c'était s'attirer l'imputation de superstition et de bassesse. D'après cela, les vrais partisans de la couronne n'osaient les combattre ouvertement : ils semblaient croire à la droiture de leurs intentions, ils déclaraient avoir le désir d'arriver au même but ; ils affectaient de regarder leur opposition comme tenant plutôt à la forme qu'au fond, et cherchaient à ralentir le progrès de la réformation, en élevant des difficultés sans nombre, et en prédisant des maux à venir tout à fait imaginaires.

Il est vrai que Charles s'était acquis la faveur du dernier parlement ; mais après la prorogation, sa popularité avait rapidement décliné. S'il avait refusé une princesse papiste, il l'avait remplacée par une autre; s'il avait juré de n'accorder à son épouse future que l'exercice privé de sa religion, il avait violé, peu de mois après, son serment, en promettant en faveur de la nouvelle reine la tolérance à tous les catholiques de ses États. Aussi, prétendait-on que le roi n'avait par lui-même aucune volonté, qu'il n'était qu'un instrument dans les mains de liuckingham, qui avait pris le masque du patriotisme, l'année précédente, dans la seule intention de satisfaire son ressentiment contre la maison d'Espagne.

U roi prononça, à l'ouverture de la session, un discours plein de bienveillance : mais, quoique la coutume fût d'ajouter foi aux promesses d'un nouveau souverain, on n'entendit, dans la chambre des communes, que les reproches du fanatisme et les murmures de la méfiance (18 juin). Le roi, à la demande des deux chambres, avait désigné un jour d'humiliation publique, de jeûnes, et de prières. Ils l'avancèrent d'une semaine (21 juin), afin de donner l'exemple au reste de la nation. Us s'assemblèrent dans l'église de Sainte-Marguerite, écoutèrent avec la patience la plus édifiante quatre longs sermons, pleins de sentiments exaltés, et revinrent en corps le jour suivant, pour recevoir le sacrement. Le premier fruit de leur dévotion fut ce qu'ils appelèrent «une pétition pieuse,» dans laquelle ils conjurèrent le roi, puisqu'il avait a cœur l'avancement de la vraie religion , puisqu'il désapprouvait l'idolâtrie et la super

stition, de mettre immédiatement à exécution toutes les lois existantes contre les réfractaires et les missionnaires catholiques. En aucun temps, une telle adresse ne pouvait blesser davantage ses sentiments. Il venait d'épouser une princesse catholique ; il s'était engagé par un traité à tolérer ceux qui professaient la même religion, et son palais était rempli d'une foule de seipneurs français catholiques, qu'il avait invités à venir, par leur présence, faire honneur à ses noces; cependant la prudence lui conseillant de cacher son mécontentement, il fit une réponse gracieuse et satisfaisante (1).

La chambre des communes tourna ensuite son attention vers les ouvrages théologiques du docteur Montagne. Un comité prétendit y découvrir (7 juill.) plusieurs points opposés aux articles et aux homélies; son « Appel à César c fut déclaré une insulte faite à la chambre, et le malheureux théologien fut remis à la garde d'un sergent d'armes. Charles n'osa témoigner son ressentiment de ce qu'il regardait comme une usurpation sur sa suprématie ecclésiastique; il condescendit même à demander que, puisque Montague était attaché à son service, et l'un de ses chapelains ordinaires , on s'en rapportât à lut pour la punition du délit. Mais on lui refusa cette faveur, et le prisonnier donna caution d'une somme de 2,000 liv. pour sa comparution (2).

Le troisième objet de leur examen fut l'état des finances du roi. Celui-ci montra que les dépenses d'équipements de la flotte seule, s'étaient élevées à 300,000 liv.; cependant ils refusèrent de lui accorder plus de deux subsides, environ la moitié de cette somme , pour subvenir à toute la dépense de la guerre. Ses prédécesseurs, depuis le règne de Henri VI , avaient toujours reçu pour la vie les droits de tonnage et de pondage ; ils ne lui accordèrent les mômes droits qu'en en limitant la durée à la première année de son règne. Charles reçut cette nouvelle avec surprise cl indignation ; mais il était trop tard pour rappeler leur attention sur cet objet , p!us de 1200 personnes étaient mortes de la maladie contagieuse dans la der-

(l: Journaux des tordu, \T>. 111, 118. ICO. Journaux d<* l.i chambre de* commune* , '1\ juin , 0 , 8 et 9 juik-l . (2) Journ., 7 cl 0 juillet. Bibl oih-ra rrg'ii . m

HISTOIRE D'AÎSGLETERRF..

nière semaine, et le parlement fut ajourné, par commission, pour se réunir de nouveau, après un court délai, dans la ville d'Oxford (11 juillet).

Le peu de jours qu'il y siéga se passa endispules et en récriminations mutuelles (1er août). Des accusations de perfidie furent échangées entre les opposants et les partisans de la cour. Le roi , disaient les uns, avait promis de mettre à exécution les lois pénales contre les catholiques, et cependant, en face, pour ainsi dire, de cette promesse, il avait fait grâce à onze prêlrcs poursuivis pour des délits capitaux (,1). Les deux chambres, répliquait l'autre parti, avaient donné leur parole d'aider par des subsides le dernier monarque, s'il voulait rompre le traité fait avec l'Espagne, et maintenant elles refusaient les secours promis par leurs propres votes. Charles demanda d'abord deux subsides et quiiuièmes; puis il se rabattit à la misérable somme de 40,000 liv. ; mais la chambre des communes répondit que, quoiqu'elle eût beaucoup entendu parler de la guerre, elle ignorait encore qui était l'ennemi ; qu'accorder des subsides, qu'on devait lever dans les années subséquentes, c'était imposer à d'autres le fardeau que ses membres seuls devraient supporter; et que si 40,000 liv. suffisaient pour les besoins actuels, on pouvait aisément recueillir celle somme parun emprunt, sans recourir au parlement. Buckingham essaya, dans une conférence entre les deux chambres, d'expliquer les demandes et les intentions du roi ; mais il ne fit qu'exciter la malveillance de ses propres ennemis, qui censurèrent sa jeunesse et son inexpérience, l'accusèrent de négliger ses devoirs de lord amiral, et se plaignirent de l'ambition qui le portait à accumuler tant d'emplois élevés, dont les obligations étaient incompatibles entre elles. Charles prit beaucoup plus à cœur les intérêts de son favori que les siens. L'épidémie avait gagné Oxford; et, afin de sauver le duc d'un

(1) On répondit que le pardon avait été promis auparavant, quoiqu'il n'eut été signé qu'après l'ajournenuml , et comme une sorte de satisfaction , le roi ordonna que la pétition des deux rbambre s . avec sa réponse annexée , serait transcrite sur les récures du parlement. Journal , 477, 479.

acte d'accusation , il se servit de ce prétexte pour dissoudre le parlement ( 1 ).

Il n'était pas dans le caractère du roi de renoncer à ses desseins et de plier devant la résistance. Il n'avait pas encore déclaré la guerre: le but de ses préparatifs militaires était resté caché, et, puisqu'il ne pouvait obtenir de secours pécuniaires de ses sujets , il était encore libre de rester en paix avec ses voisins. Mais aussitôt après la dissolution du parlement, Buckingham se rendit à Plymoulh pour hâîer l'expédition, tandis queCharlcs entreprenait de lever l'argent nécessaire. Il consacra à ce projet jusqu'au dernier shelling qu'il put se procurer par crainte, par prière, ou par économie : on leva des droits sur les marchandises, quoique le bill n'eût point passé a la chambre des pairs (2) ; on envoya des mandats, sous le sceau privé , aux familles les plus riches de la noblesse et de la bourgeoisie ; on suspendit le payement de lous les émoluments et de tous les gages, et la maison du roi fut réduite à un tel état de détresse, qu'afin de se procurer des provisions pour sa table, Charles fut obligé d'emprunter 3,000 livres des corporations de Salisbury et de Soulhampton, sur la caution réunie du lord trésorier cl du chancelier de l'échiquier (3\

Enfin , au mois d'octobre, cette expédition mystérieuse, consistant en 90 vaisseaux, et ayant à bord une armée de 10,000 hommes, quitta le port de Plymoulh, sous le commandement d'Édouard Cecil , créé alors lord Wirabledon, officier général qui, bien qu'il eût vieilli au service des Étals de Hollande, fut déclaré, par la voix publique, incapable de remplir un poste aussi important. L'expédilion était destinée à attaquer la ville de Cadix, et si elle eût été dirigée par un officier d un caractère plus décisif, clic aurait pu surprendre tous les vaisseaux dans le port. Les troupes débarquèrent; le fort de Punlal capitula, et l'on marcha rapidemenl par le pont deSuazzo,pour

(1) Journ., 467-489 Chambre des communes, 5 amïr, 12 aoot.

(2) Il fut lu une première fois (Journ. , 463) , et ensuite négligé. Le roi ne voulait pas accepter les droits pour une année seulement , et le lord garde des sceaux Williams eneinpécba la seconde lecture Hitktt, n, 17.

(3) Mémo?iys de Sydney, u, 363. Rymer , xvni, 181. Rusliworth, i, m. 197.

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