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CHAPITRE IX

intercepter la communication entre nie et le continent. Mats les soldats trouvèrent sur leur route des caves remplies de vin, et en burent avec excès. Leur insubordination alarma l'esprit faible du commandant; et, quoique 1 ennemi n'eût pas encore paru, il les ramena précipitamment à la flotte. Le dernier article de ses instructions lui ordonnait d'intercepter un riche convoi de vaisseaux marchands espagnols qui revenaient des Indes occidentales. 11 le laissa passer durant la nuit, sans l'apercevoir ; et après une croisière infructueuse de soixante et dix jours (8déc.), la flotte revint à Plymouth, après avoir perdu plusde 1 ,000 hommes, non par le fer de l'ennemi , Ton n'en avait pas aperçu un seul, mais par les ravages d'une maladie pestilentielle qui n'épargna pas un navire. Charles , qui s'était livré a des rêves de victoires et de butin, trouva dans ce malheureux résultat une source de violents chagrins. Il ordonna une enquête: le conseil interrogea le commandant en chef et les officiers subalternes ; mais leurs rapports varièrent, leurs plaintes furent réciproques, et, après une longue recherche , on trouva convenable de laisser toute celte affaire dans le silence (1).

Si Buckinftham gouvernait le roi, il était gouverné à son tour par le lord Kensingion, créé récemment comtede Holland. Accompagné de ce seigneur, il se rendit à La Haye, emportant avec lui la vaisselle et les joyaux de la couronne, sur lesquels on espérait trouver un emprunt de 300,000 livres (2). Un traité offensif et défensif avait déjà été conclu avec les États. Il en négocia un second avec le roi de Danemark, qui, à raison d'un subside mensuel payé par Charles, et d'un autre par les Provinces Unies, s'engagea à entretenir en campagne une armée de 36,000 hommes. Buckingham se préparait à se rendre à Paris, lorsqu'il en fut détourné par un message peu flatteur de Riche- Ci) Rushwortb, i, 195. Lettres de Howell, 185. VVbitelock , 2. Wnnbledon dit qu'il n'accepta le commandement qu'arec répugnance; qu'il préroyaitl'érénemeni, et qu'il avait agi contre sa propre volonté , et seulement par obéissance aux ordres du roi. Cabala , 404-406.

(2) Rym., ivm.236, 240. Mém. de Straff., i, 28. Mém. do Sydney, u , 369. « Nilord Holland gouverne n ii lord Buckinohaoi, et ainsi le roi. • Comte de Pembroke, ibid., 361.

Heu, qui lui annonçait que sa présence n'y serait pas tolérée. Holland et sir Dudley Garleton le remplacèrent , et la teneur de leurs instructions démontre que le nouveau mariage n'avait pas établi des sentiments d'amitié bien réels entre les deux cours. Ils reçurent l'ordre de demander la remise de certains vaisseaux prêtés précédemment au roi de France, et de servir de médiateurs pour la paix entre lui et ses sujets révoltés , les protestants. Si l'on proposait une nouvelle alliance, ils ne devaient ni l'accepter ni la rejeter. Mais, en même temps, ils étaient chargés d'entretenir des communications secrètes avec les protestants armés , de les assurer au besoin de la protection de l'Angleterre , et de s'informer des forces qu'ils pourraient lever, si Charles était dans la nécessité de faire la guerre pour leur cause. Il est évident que le roi méditait déjà des hostilités contre la France; mais ce projet échoua contre la politique de Richelieu , qui fit la paix avec les insurgés, promit de rendre les vaisseaux qu'on avait empruntés, et offrit d'envoyer une armée en Allemagne , pourvu que le monarque anglais en voulut faire autant (1).

A l'intérieur, le roi était lui-même fort embarrassé sur la conduite qu'il devait tenir avec ses sujets catholiques. Le traité secret qu'il avait juré en leur faveur, à son mariage, était en contradiction avec ses protestations antérieures et sa dernière réponse au parlement. Mais Charles était toujours dominé par le besoin du moment, et, comme moindre mal, il se décida à violer le traité. Il fut enjoint aux magistrats de veiller à la stricte exécution des lois pénales; on nomma une commission pour lever les amendes dues par les catholiques, et les appliquer aux charges de la guerre. Des proclamations successives ordonnèrent aux parents cl tuteurs de rappeler les enfants et les pupilles qui se trouveraient dans les collèges ou séminaires du conlinent ; à tous les prêtres catholiques de vider le royaume au jour fixé ; aux réfractaires de déposer leurs armes, et de se renfermer dans un rayon de 6 milles, à partir de leurs demeures respectives. Le roi de

(1) Mém. de Clareodon, i, 23. Rymer, nu, 256. Dumout.T, 478-482. Journaux, 18 avril 1626. Mém. de Hardwicke, u, 0.

HISTOIRE I) AÎNGLEÏERRE.

France fit faire des représentations par un ambassadeur extraordinaire. Il insista sur l'observation fidèle des traités. Mais Charles avait engagé sa parole de convoquer un parlement après Noël , et il n'osait tenir tète à ses adversaires, jusqu'à ce que l'objet de leur pétition eût été rempli (I).

Comme cette époque approchait, le roi travaillait à diviser les forces de l'opposition dans les deux chambres. Le comte de Pcmbrokese soumit, par l'ordre du roi, à tenter une réconciliation avec le favori. La réception dédaigneuse et hautaine du souverain avertit le comte maréchal de l'offense qu'il lui avait faite, et le lord garde des sceaux eut ordre de remettre le grand sceau , qui fut confié au procureur général, sir Thomas Covenlry. Ce n'est pas que Williams eût manqué de servilité ou négligé les protestations d'attachement; mais on n'avait pas oublié sa première offense : la découverte de ses intrigues avec le parti des provinces effaçait le mérite de ses services actuels. On crut prudent de priver du pouvoir de nuire un homme dont les talents étaient également appréciés et redoutés, en l'éloignant de son poste, et en le marquant comme l'objet de la vengeance future (2).

C'est avec une intention semblable que le roi adopta un expédient extraordinaire, pour exclure de la chambre des communes les membres les plus influents de l'opposition. Quand les juges lui présentèrent la liste des shérifs pour l'année suivante, il effaça plusieurs noms, et mit à leur place ceux de sept individus qui s'étaient fait remarquer par leur inimitié pour Buckiogham, dans les parlements précédents( 3).

(1) Rym., iviii , 179, 228 , 267. Mémoire» de Sydney, il . 305. Mémoire» de Sirafford , i , 28. Mémoires de Ilardwicke, pap. h, 4,7. Kushwortb, 196, 198 , 202. Voyez aussi les lettre» du roi aux archevêques, celles des archevêques aux évéques, el leur» circulaire» aux chancelier» et archidiacres, dan» lesquelles ils leur ordonnent de procéder eoiitre les réfractaires dans les cour» »pirituelle», et de donner au chancelier les nom» de tous U s réfracuires de chaque diocèse. Bill» reg., 12-1(5.

(2) Mémoires de Strafford , i, 28 Mém. de Sydney, n. 36t. 365. Ilaeket, ii, 16<I8.

(3) C'étaient sir Edouard Coke. »ir Thomas Wcntworth, sir Francis Scymour, sir Robrrt Philip», sir Grey Palmer. sir Williams Pleehvood et F.douard Alford. Coke embarrassa beaucoup le roi par sa connaissance des lois; il t (fusa de jurer, ei propos aux jngr» quatre exception»

L'artifice était trop grossier pour ne pas être aperçu, et il n'eut d'autre résultat que d'accélérer l'accusation que le roi cherchait à prévenir. Les nouveaux shérifs ne purent à la vérité siéger à la chambre, mais leurs amis regardèrent leur exclusion comme un abus de pouvoir impardonnable, et cherchèrent ardemment l'occasion de s'en venger, sur la tète de l'homme aux conseils duquel on l'attribuait

A la Chandeleur, le roi fut couronné (1), et quatre jours après, il ouvrit le nouveau parlement. Le premier soin des communes fut de nommer un comité de religion ; un second , de griefs; et on troisième, de malheurs / causes et remèdes : comités dont les noms seuls trahissaient les dispositions et le but des membres dirigeants. Le comité de religion reprit l'affaire du papisme et des opinions religieuses du docteur Montague. Sous le prétexte que la plupart des calamités sous lesquelles la nation gémissait étaient dues à la propagation du papisme,

contre le serment du shérif. Trot» furent écartée* corn m? frivoles; on admit la quatrième, parce que la clause obligeait le shérif à détruire et à faire cesser toute* hérésies et erreurs , appelées communément lollardisnic dan» sou bailliage, ce qui était en opposition arec les statuts portant établissement de la religion réformée, puisque plusieurs de ses doctrines étaient le» mêmes que celles des Loi lards Mais Charles ordonna que la clause fût supprimée, et Coke prêta le serment (Rush., i, 201, 202;. On mit en avant , ensuite, que bien que les shérifs ne pussent être élus dan» leurs comtés respectifs, il» pouvaient cependant siéger comme représentants d'autres comtés ou bourgs. Wentworih ne voulut pas adopter un expédient qui pouvait le mettre aux prises avec l'autorité royale ( Mém. de Straf., t , 30) ; mai» Coke fut moins timoré : il accepta de siéger pour le comté de [Norfolk , et la question de son éligibilité fut souvent disentée dans la chambre des commune». L'autorité des précédent» paraissait contre lui ; mais ses amis eurent assez d'influence pour prévenir une décision défavorable. Il n'occupa pas son siège ; mais on lui permit de jouir de tous les privilèges d'un membre de la chambre. Journ., tO et 27 février, Ojuin. 1626.

(lj II faut remarquer deux choses en cette circonstance. Quand le peuple fut invité a témoigner par une acclamation générale son consentement à l'avènement de Charles, il resta silencieux jusqu'au moment où le comte maréchal lui ordonna de crier. 2° A6n qu'on ne pût voir la cérémonie de l'onction , elle fut faite derrière une cloison par l'archevêque Abbot, et comme l'absolution donnée à ce dernier par le roi Jacques ne parut pas à plusieurs personnes pouvoir anéantir la sentence d'irrégularité qu'il avait encourue, il s'éleva beaucoup de doutes sur la validité du couronnement. Vovei la lettre d'Ewe» damEilis.tii.211.

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