‹ Histoire d' AngleterreChapitre 113 sur 307 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

on résolut de faire des lois d'une rigueur encore plus grande contre les personnes qui professaient l'ancienne croyance.- On appela les maîtres d'écoles, des lieux les plus éloignés, pour répondre à des interrogatoires sur leurs propres sentiments et ceux de leurs élèves; et chaque membre de la chambre fut invité à son tour a dénoncer toute personne en charge qui, à sa connaissance, serait suspecte, ou dont la femme ou les enfants seraient suspects d'un penchant secret pour la religion catholique ((). On rédigea une accusation contre le docteur Montague, devant la chambre des lords. Il s'était rendu coupable du crime odieux de reconnaître l'Église de Rome comme la véritable Église , et de soutenir que les articles en discussion entre elle et l'Église d'Angleterre étaient d'une faible importance. Le roi, malgré les instances de l'évéque Laud , résolut d'abandonner le théologien coupable à son sort. Il fut sauvé par la survenance d'affaires plus graves et par la dissolution soudaine du parlement (2). Le comité des griefs, après une fastidieuse investigation, dénonça à la chambre seize abus, comme subversifs des libertés du peuple. Au nombre de ces abus, les plus remarquables étaient l'usage de percevoir des impositions, qui avaient été l'objet d'un si vif débat sous le dernier règoe; le droit de pourvoyance , par lequel les officiers de la maison du roi achetaient les provisions à un prix fixé, dans un rayon de 60 milles de la cour; et la conduite illégale du lord trésorier, qui continuait à lever les droits de tonnage et de pondage sans I autorisation du parlement. On répondit, pour sa justification, que, pendant des siècles, ces droits avaient fait partie du revenu annuel de la couronne. Mais l'opposition répliqua que si le roi pouvait, en vertu de sa prérogative, imposer une seule taxe, il pouvait également les imposer toutes; que l'assentiment des parlements n'était plus nécessaire, et que le souverain pouvait disposer arbitrairement de la propriété de ses sujets (3).

Charles, qui observait celte marche avec

(1) Journ., 15 et 21 février , 7 et 0 mars , 3 . 11 et 23 mai , et 6 juin , 1626.

(2) Ibid., 17, 10, 20 mara, 14 juin. 0 (3j Journ , 27 avril, 24 mai, 28 juin.

impatience, rappela à la chambre ses besoins. La chambre lui répondit par la promesse de trois subsides et quinzièmes, dès qu'il aurait donné une réponse favorable à leur pétition pour le redressement des griefs. Son orgueil s'indigna delà condition. Il les engagea à se hâter et à augmenter ses moyens, «autrement, l'affaire tournerait mal pour eux-mêmes. » Il répéta celte menace, écrivit au président, et réprimanda la chambre, en présence des lords, et enfin il arracha le vote d'un subside supplémentaire. Mais, dans le même temps, le comité des maux, causes, et remèdes, découvrit que le duc était la cause réelle des malheurs de la nation, et que son châtiment devait en être le grand remède. On prit, sous l'influence de celle opinion , la résolution de l'accuser, devant la chambre des lords, de plusieurs grands crimes et malversations (I).

Tandis que le roi était en guerre ouverte avec les communes, il provoquait capricieusement et prolongeait sans raison une querelle inutile avec l'autre chambre, conduite qui dénotait un défaut peu commun de prudence, et une dangereuse opiniâtreté de caraclère. Le lecteur n'a pas oublié qu'il était déjà blessé de la conduite du comte maréchal. Lord Maltravers , fils de ce seigneur , s'était marié secrètement avec la fille du duc de Lennox. Le consentement du roi n'avait pas été demandé. Il ne voulut point recevoir l'excuse du comte, qui prétendait que le mariage avait été clandestinement concerté par les mères des deux époux. Arundel fut arrêté en vertu d'un ordre royal, et conduit à la Tour. Le roi s'applaudit de la bonne fortune qui lui permettait d'exclure du parlement, dans cette circonstance, un pair dont l'inimitié pour son favori était connue, et qui , ayant au moins six représentants, comme ses ayants droit, pouvait devenir un adversaire des plus dangereux. Mais, à sa surprise et à sa confusion, les lords déclarèrent que l'emprisonnement du comte, pendant la session, était une infraction à leurs privilèges, et ils présentèrent adresses sur adresses pour obtenir sa délivrance immédiate. Charles donna des réponses évasives, il envoya le procureur gé-

(1) Journ., 10, 20 et 27 mar», 13 et 20 avril , 2 et 8 mai. Ruahwortb, 1,218-230

néral plaider en faveur de sa prérogative. Il représenta la conduite du maréchal comme personnellement offensante pour lui-même, et dangereuse pour l'État. Mais les lords refusèrent de céder. Ils prirent la résolution de suspendre toute discussion jusqu'à ce que leur collègue eût repris sa place ; et , après une contestation de trois mois, ils triomphèrent de l'orgueil et de la répugnance du roi. Arundel fut mis en liberté, et reprit son siège au milieu des bruyantes félicitations de la chambre (1).

Mais le duc avait un antre ennemi à craindre, ennemi qui, s'il ne pouvait se flatter d'une influence égale à celle du comte maréchal, pouvait imprimer à son caractère une tache ineffaçable. Le lecteur se rappelle les assertions mensongères au moyen desquelles Buckingham, le prince assis près de lui , avait amené les deux chambres à rompre le traité espagnol. Dès ce moment, il avait vécu dans la crainte continuelle des révélations qui pourraient être faites, un jour ou l'autre , par le comte de Bristol. Quand celui-ci revint d'Espagne, il fut placé dans un état complétée contrainte. On lui défendit de paraître a la cour, et de remplir son devoir au parlement. Le déplaisir royal s'étendit même à tous ceux qui lui rendirent une visite accidentelle dans sa retraite de Sherburne (2). Toutefois Bristol n'était pas d'un caractère à plier sous l'oppression : il refusa de signer l'acte de soumission qui lui fut proposé par le favori; il observait, avec patience, le mécontentement croissant de la nation; et, quand il fut assuré des forces de l'opposition dans les deux chambres , il se plaignit aux pairs de ce que, au mépris de leur privilège commun, sa lettre de convocation avait été injustement soustraite. Charles ordonna que la lettre fût immédiatement envoyée. Mais, avec cette lettre, Bristol en reçut une autre qui lui défendait de s'en servir , sous peine d'encourir la disgrâce royale. 11 adressa cette dernière à la chambre, en sollicitant son avis sur un cas dans lequel tout

(1) Journ , 520, 528, 552, 558. 562, 561, 56C, 580. 581, 594, 630 . 646 , GM, 655. Le lecteur peut juger par ce grand nombre de renvoi* du caractère et de la persévérance de» lord». Le privilège qu'il* réclamaient était de nejjouvoir être arrête», bon le» ca» de félonie et de

(2) Voyn le» Mémoire» de Sydney, u , 360 364.

autre pair pourrait se trouver par la suite, et la permission d'accuser, de sa place, de crimes d'État et de malversations , l'homme qui , pour éluder le châtiment qu'il avait mérité, en privait un autre de sa liberté et de ses droits. Cette démarche hardie alarma le duc et le roi. On adopta un nouvel expédient pour faire tomber l'accusation, et, le jonr suivant, le procureur général accusa Bristol de haute trahison, à la barre de la chambre, tas lords virent l'artifice et le ruinèrent. Ils ordonnèrent que les deux causes seraient examinées successivement, et que l'accusation contre le lord Bristol ne pourrait empêcher , affaiblir ou invalider son témoignage (I).

Les faits qu'il allégua contre Buckingham, et qu'il s'obligea à prouver par des documents écrits et par des témoignages incontestables , n'attaquaient pas moins le caractère moral que le caractère politique de ce seigneur. Il l'accusait d'avoir conspiré, avec Gondomar, pour attirer le prince en Espagne, par de fausses informations , afin qu'il pût y changer de religion avant son mariage avec l'infante; d'avoir, pendant son séjour en Espagne, déshonoré , lui-même , et son pays , par son mépris de toute décence, et la corruption de ses mœurs (2); d'avoir rompu le traité de mariage uniquement par esprit de vengeance, parce que le conseil d'Espagne, mécontent de sa conduite, avait refusé de continuer la négociation avec un ministre aussi dissolu ; enfin , d'avoir, à son retour, trompé son souverain et le parlement par des mensonges et des faux rapports. Nous ignorons quelle réponse Buckingham aurait pu faire à ces accusations. l e parlement fut dissous avant qu'il eût essayé de se défendre lui-même ; mais, comme il n'en fit aucune mention dans les journaux, on put en conclure qu'il avait lui-même le sentiment que

(1) Journ., 537, 544, 563, 567, 578.

(2) Voici le» terme» de l'accusation : «Quant au scandale donné par sa conduite privée et a l'emploi de son influence pour obtenir de» faveur» du roi d'Espagne, qu'il donnait ensuite 5 des personne» indigne* , comme prix de se» débauches, ce sont des chose» qu'il ne convient pas a lord Bristol de raconter , ni a la chambre d'entendre , et il laisse) la sagesse de vos teigneuries de juger juaqu'où elles doivent porter leur examen à cet égard. • Journaux,

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