‹ Histoire d' AngleterreChapitre 114 sur 307 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

sa conduite ne pouvait supporter l'investigation (1).

L'accusation de trahison portée par le roi contre Bristol , une fois dépouillée des paroles redondantes dont l'avait enflée le procureur général, tomba, comparativement à l'autre, Jans l'insignifiance absolue. Elle établissait que te comte (6 mai), au mépris de ses devoirs d'ambassadeur, avait faussement assuré le feu monarque de la sincérité du cabinet espagnol ; qu'il avait, au moins indirectement , concouru au projet de faire changer ce prince de religion ; qu'il avait essayé de lui imposer ce mariage , en cherchant à remettre la procuration à Philippe; et que, dans sa lettre aux lords, il avait donné un démenti à son roi, en taxant de fausseté un fait que Charles avait déclaré vrai. Ces accusations donnèrent à Bristol (19 mai) l'occasion qu'il attendait depuis longtemps de justifier sa conduite. Sa justification, enregistrée dans les journaux de la chambre, parait complète et satisfaisante (*2).

Buckingham attribua les délais qu'il mettait à s'occuper des faits allégués contre lui par le comte, à la nécessité de répondre à des charges d'une tout autre importance. Au mépris de la défense royale , les communes l'avaient accusé devant les lords, et avaient classé ses délits sous treize chefs: qu'il avait acquis, pour de l'argent, et réuni sur sa personne plusieurs des emplois les plus élevés du royaume; qu'il avait détourné à son profit le revenu de la couronne; qu'il avait élevé de pauvres parents aux richesses et aux honneurs; que sa négligence avait perdu le commerce du pays ; qu'il avait provoqué le roi de France à user de représailles sur les négociants, en confisquant injustement un vaisseau français à son profit; qu'il avait extorqué 10,000 livres à la compagnie des Indes orientales; qu'il avait prêté une escadre anglaise pour agir contre les protestants français ; et avait eu la présomption d'administrer une médecine au feu roi , sans l'approba-

(1) Journ., 576, G69. Bristol produisit aussi des faits contre lord Conway, qu'il représentait comme la créature de Buckinr.bam. H l'accusait d'actes oppressif*. Conway répondit que tout ce qu il avait fait l avait été par ordre du roi. Ibid., 676.

(2) Ibid., 58*2, 632.

tion des médecins (1). Sir Dudley Digges commença l'accusation ; elle fut continuée par six autres membres ; et sir John Elliot, après avoir comparé Buckingham à Séjan en débauche, rapacité, et ambition, conclut par cette exclamation : a Milords, vous voyez l'homme : de lui viennent tous ces maux ; en lui vous trouvez la cause; sur lui vous trouverez le remède » (2)1 On rapport a à Charles que les deux directeurs de l'accusation, faisant allusion au dernier article, avaient insinué que Buckingham n'était qu'un agent inférieur, et qu'un plus illustre personnage avait été le chef de la conspiration contre la vie du feu roi. Dans le transport de sa colère, il ordonna (11 mai) que Digges et Elliot fussent conduits à la Tour. Il s'empressa de se rendre à la chambre des lords , et la il leur demanda de venger le caractère et les privilèges de leur souverain. 11 avait supporté patiemment les imputations contre le duc, bien qu'il put lui-même témoigner de son innocence sur tous les faits dont il était accusé; mais il ne souffrirait pas que l'insinuation d'avoir coopéré lui-même à la mort du feu roi restât impunie. Les communes, de leur côté, demandèrent justice de l'emprisonnement des deux membres, et refusèrent de s'occuper d'aucune affaire jusqu'à ce qu'ils fussent mis en liberté. \a colère du roi s'apaisa en peu de jours: on lui persuada de céder, et les deux chambres déclarèrent qu'elles n'avaient entendu aucun des propos dont le rapport avait donné l'idée d'un délit aussi odieux (3).

Mais , dans le même temps , la mort du comte de Suffolk vint fournir à Charles une occasion de triompher des eunemis de son favori. La

(1) Ce fait fut présenté par les ennemis du duc comme la cause de la mort du rot ; ruais, si nous devons le croire, il s'est passé de cette manière : te roi . ayant appris que le médecin du comte de Warwick avait prescrit pour Buckincbam , malade de la fièvre , un emplâtre et un posset , ordonna à John Baker , un des domestique* du duc , de lui procurer des remèdes semblables. On les apporta au roi pendant que le duc était absent. A son retour , Jacques demanda le powelà boire, et cela en présence des médecins, qui ne s'y opposèrent pas. Journaux des lords. 662.

(2) Journaux des lords ,618.

(3) Ibid., 592, 627. Communes , 12, 13, 15, 16, 17, 19 et 20 mai. Lettre de Carleton , xxifii. Rusnwortb, i ,

chancellerie de l'université de Cambridge devint vacante. IJn mésange royal proposa Buckingham pour successeur de Suffolk. Leschcfc promirent obéissance (28 mai) ; mais les plus jeunes membres portèrent !e comte de Berkshire. Après une forte opposition, le duc l'emporta, à la faible majorité de trois voix. Les communes déclarèrent que c'était une insulte faite à leur chambre. Elles résolurent d'ordonner une enquête sur cette élection. Elles avaient déjà préparé une réponse a la proposition faite par le roi , lorsque la dispute se termina inopinément par la dissolution du parlement {1}.

En permettant une session aussi longue, Charles avait eu en vue de laisser à Buekingham le loisir de préparer sa réponse, avec l'assistance de sir Nicolas Hydc. Il divisa les charges en trois classes (8 juin) : il affirma que les unes n'étaient pas fondées en fait, et qu'on ne pouvait les considérer que comme des calomnies de ses ennemis ; que d'autres se rapportaient à des actes personnels du roi défunt et du roi actuel , et conséquemment ne le concernaient pas; que d'autres, enfin, trouveraient une justification suffisante dans les ordres du souverain et dans l'avis des juges. Il se reconnut coupable sur un seul chef, l'achat de la place de gouverneur des cinq ports; mais il pensait que le motif d'utilité publique devait le justifier. Quant à la délivrance des vaisseaux aux officiers du roi de France, il pourrait paraître en faute, non qu'il fut en peine de prouver l'innocence de sa conduite, mais parce qu'il jugeait imprudent de dévoiler les secrets de l'État ('2). Celte réponse était calculée pour

(1) F.ltis, m, 228-235. Journaux , 5, 6 et 7 juin. Ribl. regia , 295.

(2) L'exposé" mirant de cette affaire extraordinaire est celui qui m'a paru devoir élre préféré. Le* Espagnols, j pour »e venger du cabinet français, qui avait prêté ton appui aux protestant* de* Pays-Ras contre eux. mirèrent, en octobre 1624 , dam un traité secret avec le duc de Roban et le prince de Soubise, chefs du parti protestant en France contre le roi Soubise. ayant fa t voile à l'improviste de La Rochelle, surprit l'Ile de Rbé, et captura à Rlavet un vaisseau de 80 canons. louis s'adressa aussitôt au roi d'Anglrtene et aux Pays-Ras, pour réclamer des secourt maritimes; et les deux puissances consenliient a fournir le nombie de vaisseaux auquel elles t'étaient engagées par les traités : le roi , 8, les Hollandais, 20. Pour remplir son engagement, Charles requit 7 vaisseaux marchands pour *on service , et les mit tous les

faire une profonde impression sur l'esprit des lords. Elle plaçait la conduite du duc sous un jour plus favorable, et le représentait comme un serviteur fidèle, mais outragé, victime de calomnies et de soupçons sans fondement. Les communes annoncèrent l'intention de répliquer; mais le roi refusa de leur accorder cette faculté. Prévenues de sa volonté, elles préparèrent à la hâte une remontrance longue et énergique, dans laquelle elles répétaient leurs accusations contre le favori, et demandaient qu'il fût éloigné de la cour. Mais Charles, avant qu'elle fût présentée, signa une commission pour la dissolution du parlement; et sur l'instance des lords, qui sollicitaient un court délai, il répondit avec impatience : «Non! non! pas une minute !• Les comtes d'Arundcl et de Bristol furent mis sur-le-champ en prison: le premier dans sa propre maison, le second à la Tour(l).

Les travaux de cette session avaient tenu le roi dans un état d'irritation continuelle, et lorsque le parlement fut dissous, il eut à se débattre contre des difficultés pécuniaires, que

ordres de Pcnnington, qui montait V Avant-garde , vaisseau de guerre. Ils passèrent ensuite, par uue convention , au service eu France. Mais les équipages , ayant eu connaissance à Dieppe qu'on voulait les employer dans une expédition contre La Rochelle, refusèrent de combattre, et retournèrent aux Dune» Deux foison les renvoya, et Penuington reçut l'ordre de couler lias tout bâtiment qui tenterait de s'ccbap^r. Un seul s'évada; les autres, moulés par des Français , furent employé* et rendus à la fin de 13 guerre. Le délit reproché au duc était dator, comme graud amiral, prêté des vaisseaux anglais pour combattre les protestants. Ses amis et lui même répondaient qu'il avait été trompé , amsi que le roi ; qu'ils ne savaient pas l'usageque le cabinet français voulait faire de ces vaisseaux , et qu'ils les avaient crus destinés contre Gènes. \a fausseté de cette allégation est prouvée par toutes les circonstances de cette affaire, parla répugnance du duc à donner des explications, par un passage de sa lettre datée de Paris, 30 mai 1825: . La paix avec ceux de la religion dépend du succès de rate floue, que les François oui obtenue de Votre Majesté et des Pays- Ras, . Mém. de Clarend., u , App., xxv ; et par un autre passage dans les instructions qui lui furent données le 17 octobre : ■ Nous espérons que l'ouvrage que les va sseaux étaient chargés d accomplir, la destruction de Soubise, e*t achevé.. Rym., xviii,20>. Voyez le traité de 1610, conârmé en 1720. Rym., xvi, 090. Archa?ologia, xvn . 12. Pnnne, OEuvrcs cachées, 85. Rush., i, 178. Journ., 603,008,601.

(1) Journ., 592, 655, 682.

Page 1