CHAPITRE IX
multipliaient chaque jour 1rs demandes de ses alliés du Danemark et de l'Allemagne. Il avait menacé les communes de suivre de « nouveaux conseils.» La nécessité le força à exécuter cette menace. 1° Le tonnage et pondage, comprenant tous les droits levés sur les importations et les exportations, formaient la partie principale du revenu annuel. Aucun bill n'avait été passé pour autoriser ces droits: néanmoins, il ordonna aux officiers des douaues de les lever de la même manière qu'on avait fait sous le règne de son père : non, à la vérité, qu'ils lui appartinssent de droit, mais sous le prétexte que le parlement les aurait nécessairement accordés, s'il n'avait été prématurément dissous. 2° Il nomma une commission pour augmenter le revenu provenant des terres de la couronne, avec autorisation d'accorder, sous condition de payement immédiat d'une finance considérable , des baux longs et avantageux, d'éteindre les services les plus onéreux attachés aux tenures féodales , et de convertir les terres tenues en vassalité (copyright) en fiefs perpétuels pour un certain cens annuel- 3° D'autres commissaires furent chargés de connaître de l'arriéré , des sommes dues pour délits religieux, et d'en assurer le payement annuel pour l'avenir. Leurs instructions distinguaient les réfraclaires pauvres des plus opulents. Afin de ne pas réduire les premiers à une misère absolue , on leur permettait d'entrer en composition pour leurs amendes. Quant aux seconds, lçs commissaires avaient ordre de saisir les deux tiers de leurs terres et de les donner à bail au plus offrant, et, daus ce cas, au possesseur lui-même, quoique ce fût contraire à la loi. 4° On adressa des mandats sous sceau privé, pour un emprunt, à des seigneurs, des gentilshommes, des négociants d'une fortune connue. On exigea impérieusement de la cité de Londres l'avance immédiate de 120,000 livres. 6° Sous le prétexte de protéger le commerce dans les petites mers, on força les différents ports de fournir et de maintenir, pendant trois mois, un certain nombre de vaisseaux armés. En même temps, les lords lieutenants des comtés reçurent l'ordre de passer la revue des habitants, de les exercer au maniement des armes , et de les employer , au besoin , pour réprimer les désordres intérieurs, ou m.
pour repousser l'invasion des étrangers (l).
Des actes d'une nature aussi arbitraire excitaient la surprise et l'indignation publique, lorsqu'une fatale nouvelle vint répandre dans tout le royaume une sombre tristesse. Une grande et sanglante bataille s'était livrée à Luttern, entre les impériaux, commandés par le comte Tilly, et les alliés de Charles, sous les ordres du roi de Danemark. Les derniers avaient fui jusqu'au delà de l'Elbe. Leur artillerie et leurs bagages étaient tombés au pouvoir du vainqueur, et tout le cercle de ta basse Saxe restait abandonné sans défense, à la merci de Ferdinand. U cause du prince palatin paraissait désespérée, et l'existence du protestantisme en Allemagne, compromise. Charles saisit le moment favorable pour l'exécution d'une mesure qu'il avait longtemps méditée, sans oser l'effectuer. 11 résolut de lever un emprunt forcé, de sa propre autorité : dans ce but, il nomma, dans chaque comté, des commissaires (5 févr.), qui furent chargés de prendre pour guide le registre du dernier subside, et qui reçurent le pouvoir d'exiger de chaque individu l'avance d'une somme d'argent , fixée sur les évaluations précédentes, dans la proportion de cent pour cent sur les terres, et du marc par livre sur le revenu personnel. Cette demande était d'elle-même suffisamment despotique; mais le pouvoir inquisitorial dont les commissaires étaient armés la rendit plus intolérable encore. En effet, il leur était ordonné d'interroger, sous serment, les récalcitrants ; d'exiger d'eux l'aveu des motifs de leur désobéissance, et la déclaration des noms de ceux qui 1rs avaient conseillés; et enfin, de leur imposer, sur leur allégeance, le secret le plus absolu relativement à leurs réponses aux questions qu'on leur aurait faites (2).
Le roi, pour engager ses sujets à la soumission, fit publier une proclamation très-étudiée, dans laquelle il établissait que l'exigence du moment l'avait obligé de prendre cette mesure extraordinaire, et qu'il n'avait pas eu le temps de consulter son parlement. Il promettait de faire rembourser jusqu'au dernier farthing
(1) Voyei Rym.,iTin, 730,79,41, 55,71, 86; et Ru*b.. j ,417-421.
(2) Rush , 1,422. Rym , xvm , 835 812.
(liard) avancé par ses fidèles sujets, sur les subsides prochains. En même temps, il écrivit au clergé, lui recommandant de faire tous ses efforts pour le soutien des intérêts protestants, de prêcher la concorde et l'obéissance, et d'imprimer dans les esprits des paroissiens combien il était de leur devoir d'aider leur souverain dans ses nécessités (I). Les ordres du roi, et les exhortations des ministres, trouvèrent néanmoins beaucoup d'opposition. Les commissaires fireul connaître les noms des récalcitrants. On appela les plus riches devant le conseil : les uns furent mis en prisou, d'aatres furent confinés dans des maisons particulières à de grandes distances de leur habitation et de leur famille. Quant aux pauvres, « qui pouvaient servir de leur personne, s'ils refusaient de servir de leur bourse, » on les enrôla forcément dans l'armée ou dans la marine {'!). Charles ne voulut montrer aucune indulgence. On avait souvent répété qu'il était gouverné par Buckingham : maintenant que le favori était absent, il était résolu à prouver, par des actes de vigueur, ou plutôt de despotisme, qu'il n'avait pas ce caractère souple et facile que ses adversaires lui imputaient.
La mksion dont le duc était chargé avait pour objt-l d'armer les protestants de France contre leur souverain, et de faire uncdc*ceuie sur les tôles de ce royaume. Mais, dans ce moment, où, aux yeux de tout homme sensé, il ne restait au roi que deux moyens d'échapper aux difficultés qui le pressaient, la paix avec l'Espagne, ou une réconciliation avec son parlement, ou se demande quels motifs pouvaient l'engager ou le contraindre à négliger l'un et l'autre, j augmeuter ses embarras, en provoquant une guerre avec un monarque dont il avait recherché l'alliance et épousé la sœur? Les causes de cette téméraire entreprise n'ont jamais été publiquement avouées; le lecteur les découvrira peut-être, s'il veut réfléchir sur les circonstances dont nous allons l'entretenir.
Lorsque Buckingbam était venu à Paris, deux ans auparavant, chargé par Charles de conduire la princesse française en Angleterre ,
(1) Fymer, itiii, 764. Bibliotbeca recia, 21)8-305. Wilkiu», Cooc, i», 471.
(2) Ku»bvortb, i,4^6. Mémoires de Slrafford, i, 30-41.
il avait ébloui tous les yeux par l'éclat de ses vêteraeuts et la magnificence de sa nombreuse suite (1). Le galant Anglais devint l'objet de l'admiration générale des dames de la cour; mais une seule fixa ses atteulious : ce fut la jeune reine Anne d'Autriche, sœur ainéede l'infante d'Espagne. Buckingbam eut assez de présomption pour l'aimer, et pour s'imaginer qu'il était payé de retour; mais ses démarches étaient surveillées, et des avertissements donnés à propos sur les dangers qu'il pouvait courir l'obligèrent a se renfermer dans les limites des convenances. Quand il prit congé d'Anne, à sou départ d'Amiens, on remarqua que ses yeux étaient remplis de larmes. Dès qu'il eut atteint Boulogne, il laissa Henriette au soin de sa suite, et, retournant à Amiens sous le prétexte d'une affaire importante, il pénétra hardiment, et sans se faire annouccr, dans la chambre à coucher de la reine. Anne n'avait auprès d'elle que deux de ses filles d'honneur: elle écouta, avec une colère apparente, les protestations d'attachement que son amant lui adressait à genoux, et lui ordonna de sortir, avec un ton de sévérité dont son biographe femelle a soupçonné la sincérité (2.ï. La présomption du duc ne put r»sicr secrète, et Louis ordonna de renvojcr sur-lechamp plusieurs des serviteurs de la reine. Buckingham, à sou retour en Angleterre, continua de nourrir celte extravagante passion, et mit tout en œuvre pour revenir à la cour de France. Le lecteur a vu qu'il y avait été nommé ambassadeur, mais que le cardinal de Richelieu avait refusé de le recevoir. Son confident, le comte de Holland, qui s'était rendu à Paris, travailla vainement à lever tes obstacles, et les courtisans français avouèrent hautement leur intention de verser le sang du mignon étranger qui avait l'insolence de méditer le dés- Ci) «Il emporta avec lui une riche pièce de satin blanc velouté , non coupé . laquelle , ainsi que l'Iiabil ci le manteau , était parsemé de diamant» djnt la valeur ne peut être estimée à moins de 80,000 liv. ; en outre, une plume faite avec de gros diamants ; l'épée et le ceinturon , le cordon du chapeau , le* éperons , étaient aussi eoriebis de diamants, t'est *ous cet ajustement que sa grâce se propou d'entrer à Paris. Il avait vingt-sept autres habillements, tous aussi riches d'intention que de façon.» Mémoires de Hardwtcke, i , 57 1 . Kl lu , m , 189.
CD Vny 1rs Mémoires de madame de MotteTille. ï ~ —