CHAPITRE IX
honneur du lit de leur souverain. Cependant le duc n'y renonça pas : deux autres tentatives furent faites; mais la répugnance de Louis ne put être vaincue ni par la persuasion ni par l'adresse, et la guerre qui suivit a eu5 attribuée, par les écrivains anglais, au ressentiment de l'amant déçu dans son attente, et, par la confidente d'Anne, à son espoir d'être employé comme ambassadeur, pour réconcilier les deux couronnes. Toutefois, il est certain que, quels qu'aient été les motifs secrets de Buckingham, il a dn en alléguer de très-différents, pour justifier un parti dont les conséquences paraissaient devoir être si préjudiciables aux intérêts de son propre souverain (1).
lorsque Henriette arriva en Angleterre, elle fit observer au roi qu'elle était jeune, sans expérience, et étrangère aux usages du pays: elle le pria , si elle commettait des fautes contre ces usages, de les lui faire remarquer en particulier, et de ne pas publier ses erreurs. Néanmoins, leur bonlicurdomestique fut bientôt troublé par des querelles , légères à la vérité , mais fatigantes par leur fréquence. Le roi se plaignit des caprices et de la pétulance de sa femme ; la reine, de l'humeur triste et anti-française de «on époux. Le roi attribuait cette mésintelligence au mécontentement des Français de la traite. La reine et ses amis en accusaient les suggestions intéressées de Buckingham (2). Il est hors de doute que la patience des personnes de sa maison dut être souvent mise à l'épreuve. Elles occupaient la place des Anglais, et se trouvaient ainsi exposées aux attaques de tous ceux qui pouvaient profiter de leur éloignement. Il était naturel aussi que la reine prit leur défense, et elle insista sur la stricte exécution de
(1) Carte ( 17. 132) a cherché à nier celte anecdote, d'après le* dates du Mercure français; main on ne peut douter que le fond n'en mu vrai. Elle est racontée par madame de Motte» ille dan» ses Mémoire» (vol. i), et confirmée par le trmoignane de Clarcndon (Hi*i., i,3K), par le» «lance» célèbres de Voiture , adressées à Anne ellemême (Motieville , i , 231 \ et par les lettres de llolland a Buckingham ( Cabala , 252, 253 ). Pour comprendre ces lettres , le tecteur doit savoir que l'image d'une couronne désigne le roi de France, celle d'une ancre le duc de Buckingham , grand amiral , et celle d'un cœur, sa m.illrr*«e, la reine de France. Voyez aussi la trad. des Mémoires du cardinal de Retz , tv, 185.
(2; Motieville, i. Cabala, 2,32.
son contrat de mariage. Six mois n'étaient pas encore écoulés, que Charles avait résolu de renvoyer tous ces importuns eu France (1). U songeait à éviter le fardeau d'un établissement aussi coûteux , dans un moment où le trésor était réduit au dernier shilling, et d'ailleurs, il n'éfait pas sans vraise mblance que le nombre des chapelains, la pompe avec laquelle ils accomplissaient le service, leurs manières indiscrètes et hardies , au milieu d'adversaires religieux, ne dussent causer, ou du moins exciter l'oppnsition des communes aux mesures de l'administration. Il annonça ses intentions à la cour de France, et Blainville se rendit en Angleterre pour négocier un accommodement entre le roi et la reine ; mais Charles considéra l'intervention de l'ambassadeur comme une insulte, et les outrages de la populace mirent sa vie en danger. Après plusieurs délais, le roi exécuta son projet ( 1er juin ). Prenant la reine par la main , il la conduisit dans un appartement séparé , et l'ayant informée de son projet , il la mena à son palais de Nonsuch. En même temps, le secrétaire d Ktal Conway lut aux personnes de sa suite l'ordre royal qui prescrivait leur départ immédiat pour Somerset- llousc. Les yeomen de la {;arde (gardes à pied ) , avec leurs hallebardes, les forcèrent de partir (lerjuillct). On paya leurs ap|R)intemenls. on y ajouta même des gratifications, et après beaucoup d'objections et de délais, tout le corps, moitié par persuasion, moitié par contrainte, consentit à s'embarquer, cl arriva heureusement cnFrance (2). Trois prêtres indigènes furent nommés chapelains, et six femmes, dont quatre
(t; Mss. Harléien», 6088. Il y a deux lettres a Buckingham , de la numie date, 20 novembre. L'une a souvent été ciiée pour prouver que le roi était mécontent du duc, parce qu'il cherchait à le dissuader de congédier le» serviteurs de la reine ; nuis l'autre lettre démontre que Ut I première n'était qu'un artifice, afin que BuckiMgbain, I lorsqu'il serait a Paris , put produire quelque pièce pour sa défense contre les accusai ions d'Henriette. Méuioues de Uaid., u, 1,2; EH», ni, 216.
(2) Le l** juillet , • il les vit à Somerset- House , et leur dit que quelques-uns d'eutre eux avaient tellement abusé de sa patience, qu'il ne pouvait ni ne voulait les supporter plus longtemps.» Bibl. reg., 218. Cependant ils ne partirent pas, et le 7 août, il écrivit a Buckingham: « Forcez -les, poussez -les, chassez-les comme de» béirs sauvages, «que U diable les accompagne. • fcllis, m, 22 1.
HISTOIRK D'AiNGLKTF.HRê.
étaient protestantes , dames de la chambre particulière de la reine (1).
Le roi de France ressentit comme un affront personnel ce violeut renvoi de la maison de la reine. H refusa de recevoir le secrétaire d'État Carleton , que Charles avait envoyé pour excuser ou justifier sa conduite. Il parla même de se faire justice par la force, ainsi qu'à sa sœur. Mais ce .projet de guerre fut détourné par la prudence de Bassompicrre , qui vint en Angleterre en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Il trouva le roi et la reine exaspérés au dernier degré l'un contre l'autre. Par ses raisonnements et ses instances , il les amena tous deux â céder. On forma un nouvel établissement , composé de quelques Français, mais d'un plus grand nombre d'Anglais (26 nov.). On y admit unévéque, un confesseur et son adjoint, et dix prêtres qui ne devaient être ni jésuites ni oratoriens; et il fut décidé qu'outre la chapelle, originairement préparée pour l'infante à Saint -James, on en construirait une autre pour Tubage delarcine,àSomerset-IIouse. Cet arrangement rétablit l'harmonie entre les deux époux. Charles se félicita de la conduite soumise et affectueuse de sa femme , et Henriette obtint bientôt une grande influence sur le cœur et même sur le jugement de son mari (2).
De l'éloignement des serviteurs de la reine, Bassompicrre passa au traitement des calholi-
(1) Fllis.m, 238-217.
(2} Mémoire* de Bassompicrre, m, 288-315. Mémoire* de Uardwicke, u, 14. Une des principales charges contre les prêtres qui entouraient la reine éuil qu'ils l'obligeaient d'aller en procession a Tyburn, el d'jr prier sur la place où les conspirateurs des poudre* avaient élé exécutés, (.barles, dans ses instructions a Carleloo, dit Reniement : • Ils la roui aller à Tyburn en dévotion pour prier » Bibl. rog., 2l9. Le conseil , dans sa réponse a Bassnmpie'rre , dit • qu'ils lui fout faire uu long chemin pour aller dérotemeul dans un lieu où il était d'usage d'exécuter les criminels. » Mém. de Bassomp., App., 138. Le lecteur sera surptis d'apprendre que cette accusation, faite arec tant d'assurance, est démentie d'une manière absolue par l'ambassadeur, et que, de plus, il affirme que les tords qui Taraient mise en arant ne doutaient pas de sa fausseté. • Je sais assurément , messieurs , que vous ne croyez pas ce que tous publie! aux autres pour le leur faire croire, • etc. Le fait , dit-il , est que la reine, sur le soir d'un jour très-chaud, avait pris avec sa suite le vaémt chemin par Saint-James- Part et Hyde-Park, qu'elle prenait sourent arec le roi. Quant k la procession , k l'approche des gibets , aux prières , etc. , ce ne sont que des fictions inventées par ses ennemi». Ibid., 115, 140.
ques anglais. Charles s'était engagé à leur accorder toute la tolérance qui serait en son pouvoir, et cependant, il avait déchaîné contre eux les poursuivants, et donné plus de rigueur aux lois pénales. Louis avait droit de se plaindre de cette conduite comme d'une infraction au traité. Mais le roi, dont l'orgueil se refusait à avouer son motif réel, la nécessité de céder aux préventions religieuses de ses sujets, soulenaiftjuc ce traité était « un traité politique et non religieux, »ct qu'on y avait inséré la promesse d'indulgence simplement comme matière de forme, « pour satisfaire le pape et les catholiques de France, » mais sans entendre d'aucune façon qu'elle dût nécessairement recevoir son exécution. Il consentit cependant à défendre à l'avenir l'usage des poursuivants, et à remettre entre les mains de Bassompicrre tous les prêtres, au nombre de 70, renfermés dans les prisons de la métropole. L'ambassadeur témoigna sa satisfaction de cette concession (1).
Il est évident que, dans ces circonstances, le roi de France était la partie lésée, et pour se rendre raison de la guerre, il faut chercher si quelque provocation de sa part a pu le faire considérer, à tort ou à raison, comme agresseur. Quand Charles sollicita la main d'Henriette, il vit clairement qu'en épousant une princesse catholique, il risquait de perdre toute la popularité qu'il avait acquise en refusant la première. ' Mais il espérait réduire au silence ceux qui blâmaient cette alliance, en amenant Louis à se joindre à lui pour combattre la maison d'Autriche, et parvenir à faire restituer le Palatiuat à son infortuné beau-frère. Cest dans ce butque les négociateurs anglais avaient insisté pour qu'un traité d'alliance défensive et offensive accompagnât le contrat de mariage. Mais ils furent
(I) Bassomp., App., 139, 151. Rymer, «rtn, 801. L'excuse principale pour la non -exécution de l'article en faveur des catholiques , c est qu'il avait élé signé uniquement pour la forme et pour en imposer au pape. 11 est vrai que cela fut dit dans le commencement des négociations pour le mariage. Mais il résulte évidemment d'une lettre des comtes de Carliste et de Holland , du 0 novembre, qu'avant que la signature du roi fut apposée 1 < l'écril secret, » le 12 décembre, on était convenu que cet article serait obligatoire. Mémoire* de Clarendon, u, App., xv. Charles lui-même le ratifia deux mois après son mariage, le 18 juillet , quand il n'y avait plus aucune nécessité d'en imposer au pape. Mémoires de Bassomp.. App , 133.
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joués par les artifices et la duplicité du ministre i français: et quand la discussion fut reprise, ' après la cérémonie des noces, leur proposition, d'abord éludée, fut enfin péremptoirement écartée. Le roi se trouva ainsi dépouillé des avantages qu'il avait espérés de cette union, et les actes du parlement le convainquirent qu'il avait attiré sur son favori , comme sur lui-même, les dangers qu'il redoutait. Piqué de ce mécompte, et jaloux de recouvrer sa popularité, il se détermina à donner des preuves de son attachement aux intérêts du protestantisme , en se déclarant le protecteur des protestants de France , en opposilion avec leur souverain. Le lecteur a déjà vu que ce projet avait échoué , par le rétablissement de la paix entre Louis et ses sujets révoltés. Cependant Charles parut comme médiateur, bien que le cabinet français eût décliné son intervention : il promit aux protestants de veiller à l'exécution du traité , et les assura qu'il emploierait, au besoin, toutes les forces de son royaume pour la conservation de leur liberté, qui était intimement liée avec les intérêts de ses propres États.
Dans les deux années suivantes , les embarras du roi se multiplièrent à l'infini, ainsi que le I lecteur a pu le remarquer. Ses besoius étaient accrus, l'obstination du parlement augmentée, les plans pour reconquérir le Palalinat déjoués par les revers de ses alliés. Dans son opinion , la cause originaire de tous ces maux provenait de la perfidie du cabinet français. Son refus de l'alliance promise l'avait privé de la confiance de la nation , et forcé à sacrifier plus d'un million en numéraire, et plus de 10,000 de ses sujets, en subsides et en expéditions sans utilité (1). Dans celte disposition d'esprit, il prêta une oreille attentive aux suggestions intéressées d'un abbé, l'émissaire du parti mécontent en France : on envoya Devic et Montague en mission auprès des protestants de ce royaume, et Soubise et Brancas furent reçus en Angleterre comme leurs agents accrédités. Le résultat de leurs conseils combinés fut que Charles enverrait une armée à La Rochelle, et que Rohan l'y joindrait avec 4,000 hommes ; qtre le roi annoncerait sa détermination de défendre j
(!) Voyez la réplique des commissaires 5 Fhssompierre, «tons 1rs Mémoires anglai». Àpp , 141.