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plus grande, si j'étais une femme d'un rang inférieur a celui de reine d'Ecosse. • l-e silence continuant toujours, elle reprit avec véhémence : « Ne suis-je plus la cousine de votre reine, issue du sang royal de Henri VII, reine de France par mariage , et sacrée reine d'Ecosse ? » Ces paroles ébranlèrent le fanatisme du comte de Kent, et Ton résolut défaire entrer quatre di s hommes de sa maison et deux de ses femmes. Elle choisit son intendant, son médecin , son pharmacien et son chirurgien, ainsi que ses femmes de chambre, Kennedy et Curie.
Alors le cortéges'avança. Il était conduit par le shérif et ses officiers : derrière eux venaient Paulet et Drury, et les comtes de Shrewsbury et de Kent; enfin parut la reine d'Ecosse , suivie de Melville, qui portait son manteau. Elle avait revêtu le plus riche de ses habillements, le plus convenable â son rang de reine douai- I rière (1). Sa démarche était ferme et sa contenance assurée. Elle soutint, sans faiblesse, les regards des spectateurs et la vue de l'échafaud, du billot et de l'exécuteur, et s'avança dans la salle avec cette grâce et cette majesté qu'en des jours plus heureux elle avait si souvent déployées dans le palais de ses pères. Pour l'aider à monter sur l'échafaud, Paulct lui offrit son bras, o Je vous remercie, sir, dit Marie, c'est la dernière peine que je vous donnerai, et le plus agréable service que vous m'ayez jamais rendu. »
La reine s'assit sur un tabouret qo'on lui avait préparé; â sa droite se tenaient lès deux comtes, à sa gauche le shérif et Beal, secré-
(I) Voici la description de «on costume. Sa coiffure était de fine batiste, garnie de dentelles, avec un voile de dentelle, rejeté en arrière, et tombant jusqu'à terre. Elle portait un manteau de satin noir imprimé, doublé en taffetas noir, et garni , par devant , de zibeline avec une longue queue , et des manche* pendantes jusqu'à terre. Le* boulon* étaient de jais, en forme de gland*, et entourés de perles , le collet a l'italienne. Son pourpoint était de satin noir façonné; et par-dessous elle avait un corset , délacé par derrière , en satin cramoisi , bordé de velours de même couleur. Une chaîne de boules odorantes, avec une croix d'or, descendait de son cou, et deux rosaire* étaient suspendus â sa ceinture. L'exécuteur réclama tous ces objet* , comme lui revenant par son droit, mais il fut obligé de les rendre pour une somme d'argent. Celte description de son vêtement est tirée de Jebb., n, 307. 610, et du récit de R. W. dan» la préface de Camdeu d<* Hearne, rxvi, comparé avec une copie inamwci itc.
HISTOIRE I>A!\GLETERRE.
i<iire du conseil ; en race l'exécuteur de la Tour, en habit de velours noir, accompagné de ses aides, également vêtus de noir (1). On fit lecture de la sentence, et Marie, d une voix sonore, harangua rassemblée. Elle avait à leur rappeler, dit-elle, qu'elle était princesse souveraine, non sujette à la juridiction du parlement d'Angleterre, mais entraînée dans ces lieux , pour y tomber victime de l'injustice et de la violence. Toutefois, elle remerciait son Dieu de lui avoir donné cette occasion de faire publiquement sa profession de foi, et de déclarer, comme elle l'avait déjà fait souvent, qu'elle n'avait jamais inventé, encouragé ni approuvé aucun complot contre la vie de la reine d'Angleterre, a laquelle elle n'avait jamais songé à faire aucun tort. Beaucoup de choses qui semblaient alors plongées dans les ténèbres reparaîtraient à la lumière après sa mort. Mais elle pardonnait de tout son cœur à ses ennemis . et sa bouche ne prononcerait aucune parole qui pùt leur causer du préjudice. Ici elle fut interrompue par le docteur Kletcher, doyen de Peterborough , qui, ayant attiré ses regards, commença a la prêcher : cl, sous le prétexte du zèle, peut-être réel, qui l'animait, n'eut pas honte d'insulter aux sentiments de l'infortunée princesse. Il lui déclara que sa raaltrese, quoique forcée à se faire justice sur sa personue, était remplie de sollicitude pour le salut de son âme; qu'elle l'avait envoyé vers elle, pour la ramener dans la véritable voie du Christ ; que, hors la communion de cette Église, elle serait damnée, qu'elle pouvait cependant trouver miséricorde devant Dieu, si elle se repeulait de sa perversité, si elle reconnaissait la justice de son châtiment, et témoignait sa reconnaissance des faveurs qu'elle avait reçues d'Élisabeth. Marie le pria plusieurs fois de ne pas se fatiguer ainsi à la tourmenter. 11 persista , et elle se mit alors de côté : il fit le tour de l'échafaud, et s'adressa de nouveau à elle, en face. Le comte de Shrewsbury mit fin à cette scène extraordinaire, en lui ordonnant de prier. Sa prière fut l'écho de son sermon; mais Marie ne Pécou tait pas. Elle achevait alors ses dévotions, répétant à haute voix , et en langue latine, de longs
passages du livre des psaumes (I). Quand elle eut fini , elle pria en anglais, pour l'Église persécutée du Christ, pour son fils Jacques et pour la reine Elisabeth. Elle protesta alors de son innocence, renonçant, en présence de Dieu, â toute espérance de salut, si jamais elle avait conspiré la mort de la reine ou donné consentement, conseil ou secours à aucun conspirateur ( >). En terminant , elle éleva le crucifix , et s'écria : ■ Ainsi que les bras, ô mon Dieu ! furent étendus sur la croix , reçois-moi dans ceux de la miséricorde, et pardonne-moi mes péchés. » Madame, lui dit le comte de Kent, vous feriez mieux d'abandonner toutes ces Farces papistes, et de le porter en effel dans votre cœur, c Je ne puis tenir dans mes mains, répondit elle, la représentation de ses souffrances, mais toujours je le porte dans mon cœur. »
Lorsque ses femmes , baignées de larmes, commencèrent à déshabiller leur mailresse , les bourreaux, craignant de perdre leurs droits accoutumés, se hâtèrent d'intervenir. I.a reine fit de vives objections; mais se soumettant immédiatement â leur rudesse, elle fit observer aux comtes , avec un sourire, qu'elle n'était point habituée â se servir de pareils valets, et à se déshabiller en si nombreuse compagnie. Ses domestiques , â la vue de leur souveraine dans un si déplorable état , ne purent commander à leur émotion-, mais Marie, posant son doigt sur ses lèvres , leur ordonna le silence , leur donna sa bénédiction et sollicita leurs prières. Alors elle s'assit. Kennedy, prenant un mouchoir brodé d'or, lui en couvrit les yeux : les bourreaux la saisissant par les bras , la conduisirent vers le billot , et la reine , s'agenouillant, répéta plusieurs fois d'une voix ferme : • O Seigneur! je remets mon esprit entre tes mains. » Mais les sanglots et les gémissements des spectateurs troublèrent le bourreau. Il trembla, manqua son coup , et ne lui fit qu'une profonde blessure. La reine resta sans mouvement, et au troisième coup sa tète fut séparée
(1) C'étaient des passage» de» paumes SI, 51, 91, comme on te» compte dans le» bibles réformées.
(2) Voici ses propres parole» : * Je lujr supplie que mon âme soit perpétuellement privée de la participation de votre miséricorde et flrâe* et du fruit qu'elle espère ci attend de la mort ei passion de votre trts-cher (ils ! • Col- \k rt , M»».. 18.